Venezuela espère attirer les investissements pétroliers après une réforme juridique, mais les perspectives de relance restent incertaines
CARACAS, Venezuela – Le Venezuela a récemment adopté une réforme majeure de sa législation pétrolière, dans une tentative désespérée d’attirer les investissements étrangers et de relancer une industrie en déclin. Cette initiative, saluée par l’administration Trump comme un moyen potentiel de revitaliser l’économie vénézuélienne et de réduire la dépendance de l’Inde au pétrole russe, se heurte à un scepticisme généralisé et à des obstacles considérables.
La réforme, approuvée la semaine dernière, vise à mettre fin à des décennies de “socialisme des ressources” sous les anciens dirigeants Hugo Chávez et Nicolás Maduro, qui ont conduit à la nationalisation des actifs pétroliers et à un effondrement de la production. Le pays, qui détient les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde, espère attirer les compagnies énergétiques internationales en assouplissant les règles relatives aux coentreprises, aux investissements privés et aux redevances.
Cependant, de nombreux experts restent prudents. Graham Kellas, vice-président principal de la recherche fiscale mondiale chez Wood Mackenzie, souligne que la réforme est une “étape importante”, mais que “beaucoup de chemin reste à parcourir avant d’avoir un contrat signable par les entreprises privées, et que les investissements puissent commencer à affluer”. L’histoire du Venezuela est jalonnée d’expropriations d’actifs pétroliers, notamment dans les années 1970 et 2007, ce qui a laissé de nombreuses compagnies méfiantes.
Le PDG d’ExxonMobil, Darren Woods, a qualifié le Venezuela de “non investissable” en janvier, soulignant la nécessité de “protections d’investissement durables” et d’une modification des lois sur les hydrocarbures. Même après la réforme, Woods a insisté sur l’importance d’une transition vers la démocratie pour rétablir la confiance des investisseurs.
L’administration Trump avait initialement envisagé d’utiliser le contrôle de facto de Washington sur l’économie vénézuélienne pour stimuler une renaissance de l’industrie pétrolière et, plus récemment, pour détourner l’Inde du pétrole russe, comme l’a suggéré Donald Trump sur Truth Social. Cependant, ces plans semblent peu susceptibles de se concrétiser à court terme.
L’ironie de la situation réside dans le fait que, alors que le Venezuela cherche à réduire le rôle de l’État dans l’industrie pétrolière, le gouvernement américain s’est positionné comme arbitre, décidant quelles entreprises peuvent opérer au Venezuela et dans quelles conditions. Le Trésor américain a déjà émis deux dérogations aux sanctions limitées concernant le pétrole vénézuélien et envisage d’en émettre une troisième. Ces dérogations permettent aux entreprises américaines de vendre du pétrole vénézuélien sur le marché et d’importer les diluants nécessaires pour rendre le pétrole lourd du Venezuela plus facilement transportable.
La nouvelle loi prévoit de briser le monopole de la compagnie pétrolière nationale, Petróleos de Venezuela (PdVSA), en permettant aux entreprises privées étrangères de conclure des contrats de partage de production avec le gouvernement. Cela s’apparente à la situation de Chevron, qui opère déjà au Venezuela dans ce cadre. L’objectif est d’augmenter la production de pétrole, actuellement d’environ 900 000 barils par jour, à environ 1,2 million de barils par jour.
Cependant, la structure des redevances et des impôts reste une source d’incertitude. Le Venezuela pourrait imposer des redevances de base “jusqu’à” 30 %, plus une taxe-redevance supplémentaire “jusqu’à” 15 %, sans compter l’impôt sur le revenu. Un taux global de 45 % placerait le Venezuela en tête des pays ayant les taux les plus élevés, selon Kellas.
Luis Pacheco, chercheur associé au Baker Center de l’Université Rice, estime que les premières étapes de la réforme pourraient attirer des entreprises plus petites, mais que les grandes compagnies internationales hésiteront à investir des milliards de dollars sans des changements politiques plus importants et des réformes juridiques plus complètes.
L’espoir de remplacer le pétrole russe sur le marché indien semble également improbable. L’Inde importe actuellement environ 1,3 million de barils de pétrole russe par jour, un chiffre qui a considérablement augmenté depuis le début de la guerre en Ukraine. Même dans les scénarios les plus optimistes, la production vénézuélienne ne serait pas suffisante pour compenser cette dépendance, surtout si l’Inde exige des prix du marché pour le pétrole vénézuélien.
La situation souligne la complexité des défis auxquels le Venezuela est confronté pour relancer son industrie pétrolière et rétablir sa position sur le marché mondial de l’énergie. La réforme juridique est un pas dans la bonne direction, mais elle ne garantit pas le succès. La confiance des investisseurs, la stabilité politique et une gouvernance transparente seront essentielles pour attirer les capitaux étrangers nécessaires à une véritable reprise.
