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Vacciner les chauves-souris pour prévenir les maladies ?

Vacciner les chauves-souris pour mieux protéger l’homme : une approche innovante émerge en Chine

Pékin, Chine – Une équipe de chercheurs chinois explore une stratégie surprenante pour prévenir les futures pandémies : vacciner les chauves-souris. L’idée, qui pourrait sembler tirée d’un film de science-fiction, repose sur le constat que ces mammifères volants sont des réservoirs naturels de nombreux virus dangereux pour l’homme, comme Ebola, Nipah, Hendra, et même certains coronavirus.

"Les chauves-souris hébergent de nombreux agents pathogènes mortels", explique Aihua Zheng, virologue à l’Académie chinoise des sciences. "On découvre de plus en plus de virus transmis par les chauves-souris." La transmission de ces virus à l’homme peut avoir des conséquences fatales, d’où l’intérêt de prévenir le phénomène à la source.

Jusqu’à présent, la réponse à ces risques sanitaires passait souvent par l’élimination des populations de chauves-souris. Une approche que Zheng juge contre-productive. "Tuer les chauves-souris augmente en réalité le contact entre les humains et les animaux, et donc le risque d’infection." De plus, les chauves-souris jouent un rôle écologique crucial en pollinisant les plantes et en contrôlant les populations d’insectes, et sont déjà menacées par la perte d’habitat et leurs propres maladies.

L’étude, publiée dans la revue Science Advances, présente deux méthodes prometteuses pour immuniser les chauves-souris. La première, et la plus originale, consiste à utiliser des moustiques porteurs de vaccins. Les insectes sont nourris avec du sang contenant des vaccins génétiquement modifiés contre le virus Nipah et la rage. Ces vaccins se retrouvent ensuite dans les glandes salivaires des moustiques, prêts à être transmis aux chauves-souris, soit par piqûre, soit par ingestion.

"L’avantage est qu’en immunisant la population, la transmission du virus sera diminuée, voire éliminée", précise Zheng.

La seconde approche, plus conventionnelle, consiste à proposer aux chauves-souris une solution saline contenant un vaccin oral contre la rage. Les chercheurs ont constaté que les animaux buvaient volontiers cette solution, ce qui leur permettait de développer une immunité contre le virus.

Les premiers tests en laboratoire ont été concluants. Les chauves-souris vaccinées ont développé des anticorps et, dans le cas de la rage, ont survécu à une infection virale qui aurait normalement été mortelle.

"C’est une étude incroyable", commente Ausraful Islam, vétérinaire et spécialiste des maladies infectieuses à l’icddr,b, un institut de recherche sur la santé à Dhaka, au Bangladesh. "Ils ont trouvé une voie prometteuse pour développer des vaccins pour différents animaux, mais il reste du travail à faire avant de pouvoir envisager des applications à grande échelle." Il souligne notamment la nécessité d’évaluer la durée de l’immunité chez les chauves-souris et la faisabilité de mettre en place des campagnes de vaccination à long terme dans différents pays.

Zheng et son équipe envisagent désormais de tester ces méthodes dans des conditions réelles, en relâchant des moustiques vaccinés dans des grottes et en proposant des solutions vaccinées aux chauves-souris sauvages. L’objectif est de créer un bouclier immunitaire au sein des populations de chauves-souris, réduisant ainsi le risque de nouvelles épidémies.

Cette recherche ouvre une nouvelle voie dans la lutte contre les maladies zoonotiques, celles qui se transmettent des animaux aux humains, et pourrait bien changer notre façon de penser la prévention des pandémies.

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