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Ukraine : Crimes de guerre russes et quête de justice

Ukraine : Témoignages glaçants de torture et de crimes de guerre russes, face à une impunité grandissante

Kharkiv, Ukraine – Oleksandr Kovalchuk, un soldat ukrainien de soixante ans, a connu l’enfer entre les mains de ses captors russes. Pris en avril 2022 dans la région de Kharkiv, il a vu sa situation se dégrader drastiquement lorsque ses geôliers ont découvert qu’il était né en Russie et avait servi dans l’armée soviétique. Transformé en « traître à la Mère Russie », il a subi des tortures physiques et psychologiques d’une brutalité inouïe.

« C’est là que l’aventure a commencé », confie M. Kovalchuk, utilisant un euphémisme poignant pour décrire les mauvais traitements qu’il a endurés. Des coups réguliers sont devenus plus fréquents, l’accès à l’air frais s’est transformé en une confrontation traumatisante avec des chiens d’attaque. « Ils m’ont battu avec des matraques jusqu’à ce que mes bras soient noirs », raconte-t-il d’une voix monocorde. « Ils ont mis des fils électriques sous mes ongles et m’ont électrocuté en criant ‘Traître !’ »

Son histoire, poignante et terrifiante, s’ajoute à une liste grandissante de témoignages de crimes de guerre et de violations des droits humains commis par la Russie en Ukraine, avant et pendant l’invasion de février 2022. Le gouvernement ukrainien a enregistré près de 180 000 plaintes et cas vérifiés, allant des exécutions sommaires à Bucha et Izium, en passant par les déportations massives d’enfants ukrainiens et les attaques incessantes contre les infrastructures civiles.

Un bilan macabre et une justice en question

Oleksandr Kovalchuk a survécu, contrairement à de nombreux autres prisonniers, et a été libéré lors d’un échange en juin 2025. De retour à Kharkiv, il collabore désormais avec le Groupe de protection des droits humains de Kharkiv (KHPG) pour documenter son expérience et contribuer à l’établissement des preuves nécessaires à la poursuite des responsables. Il n’est pas seul. Son fils, Dmytro, également ancien prisonnier de guerre, participe à cette démarche.

« Nous voulons établir un dossier précis et espérons un jour voir les auteurs punis », explique M. Kovalchuk.

Le KHPG, comme d’autres organisations ukrainiennes, compile des dossiers de crimes de guerre et offre un soutien psychologique aux victimes. « La meilleure façon d’établir la confiance avec les personnes qui ont vécu des expériences traumatisantes est de leur offrir d’abord une aide psychologique et médicale », souligne Tamila Bespala, avocate et coordinatrice juridique du KHPG. « Ce n’est qu’après que nous pouvons construire leur dossier juridique. »

Violences sexuelles et accusations de génocide

L’attention se porte également sur la recrudescence des violences sexuelles contre les prisonniers de guerre, y compris des cas de castration, soulevant la question de savoir si ces actes constituent un génocide. Oleksii Sivak, un habitant de Kherson, témoigne de la brutalité des forces russes. Arrêté en septembre 2022 pour avoir arboré un drapeau ukrainien, il a subi des coups répétés et a découvert, après sa libération, que la violence sexuelle était une pratique courante dans les prisons russes.

Sivak a fondé une organisation pour sensibiliser à ce problème et dénoncer le manque de services de réhabilitation spécifiques pour les hommes victimes de violences sexuelles. Il dénonce également le manque de reconnaissance de ce problème par le système judiciaire international.

Une impunité croissante et un appel à la justice

Malgré les efforts de l’Ukraine et des organisations de défense des droits humains, la perspective d’une véritable justice semble s’éloigner. La Cour pénale internationale (CPI), déjà critiquée pour son intervention au Moyen-Orient, a émis un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine pour la déportation illégale d’enfants ukrainiens, ce à quoi le Kremlin a répondu par des mandats d’arrêt contre le personnel de la CPI.

Sous l’administration Trump, les États-Unis ont également sanctionné des membres de la CPI, remettant en question l’indépendance de la justice internationale. L’ancien président a même proposé un plan de paix pour l’Ukraine incluant une amnistie générale pour les crimes de guerre.

« Je suis un réaliste », confie M. Kovalchuk. « Je ne suis pas certain que le monde poursuivra les crimes de la Russie de la même manière qu’il a poursuivi les crimes des nazis après la Seconde Guerre mondiale. »

Cette impunité croissante est source de désespoir, mais ne décourage pas les défenseurs des droits humains. « Je sais que le monde d’aujourd’hui ne semble pas se soucier beaucoup des crimes de guerre et des violations des droits humains », reconnaît Bespala. « Mais cela ne signifie pas que notre travail et les personnes que nous aidons ne sont pas importants. »

Un combat pour la mémoire et la justice

Oleksii Sivak, malgré le pessimisme ambiant, reste déterminé à poursuivre son combat. « On m’a dit que j’étais un Don Quichotte pour poursuivre cela dans le monde d’aujourd’hui », dit-il. « Mais je ne pense pas que cela rende la recherche de la justice inutile. »

Le témoignage poignant d’Oleksandr Kovalchuk et de ceux qui l’accompagnent est un rappel brutal des horreurs de la guerre et de la nécessité impérieuse de lutter contre l’impunité. Leur combat pour la mémoire et la justice est un appel à la conscience internationale, un appel à ne pas oublier les victimes et à traduire les responsables en justice.

[Image d’Oleksandr et Dmytro Kovalchuk, avec légende : Oleksandr (à gauche) et Dmytro Kovalchuk travaillent avec le Groupe de protection des droits humains de Kharkiv pour constituer leur dossier contre les captors russes qui, selon eux, les ont soumis à des abus physiques et psychologiques.]

[Image d’une fosse commune à Izium, avec légende : L’Ukraine a porté l’affaire de cette fosse commune à Izium, où elle affirme que les victimes des exécutions de civils et de soldats russes ont été enterrées le 25 mai 2024, à la Cour pénale internationale.]

[Image d’Oleksii Sivak, avec légende : Oleksii Sivak a été détenu pendant l’occupation russe de Kherson en 2022 pour avoir fait flotter un drapeau ukrainien au-dessus de sa maison. Il se trouve au bureau du Groupe de protection des droits humains de Kharkiv à Kharkiv, Kyiv, le 10 décembre 2025, où il raconte son histoire de torture et d’abus pendant ses deux mois de captivité.]

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