L’Union européenne s’apprête à inscrire les Gardiens de la révolution iraniens sur sa liste d’organisations terroristes
BRUXELLES – Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne devraient approuver jeudi l’inscription des Gardiens de la révolution iraniens (IRGC) sur la liste des organisations terroristes de l’UE, suite à une répression meurtrière des manifestations massives en Iran. Cette décision, qui marquerait un tournant significatif dans la politique européenne à l’égard de Téhéran, est perçue comme un message fort de condamnation des actions de l’IRGC.
“Si vous agissez comme un terroriste, vous devez également être traité comme un terroriste”, a déclaré Kaja Kallas, chef de la politique étrangère de l’UE, aux journalistes en amont de la réunion des ministres à Bruxelles. Elle a estimé qu’il était “probable” que des sanctions soient imposées. L’inscription placerait l’IRGC au même niveau qu’Al-Qaïda, Hamas et l’État islamique, a-t-elle précisé.
Cette initiative symbolique intervient après des mois de protestations en Iran, au cours desquels des milliers de personnes auraient été tuées, selon des rapports. Les autorités iraniennes reconnaissent la mort de plus de 3 000 personnes, affirmant que la majorité étaient des membres des forces de sécurité ou des passants tués par des “émeutiers”. Cependant, ces chiffres sont contestés par les organisations de défense des droits de l’homme et les médias, qui estiment que le bilan pourrait s’élever à des dizaines de milliers de morts, notamment des manifestants abattus par les forces de sécurité, y compris l’IRGC.
L’UE prévoit également d’adopter des interdictions de visa et des gels d’avoirs à l’encontre de 21 entités et responsables iraniens, dont le ministre de l’Intérieur, en raison de la répression brutale.
Cette décision intervient après un revirement de position de la France et de l’Italie, qui étaient auparavant réticentes à inscrire l’IRGC sur la liste noire, craignant des répercussions sur les citoyens européens détenus en Iran et souhaitant maintenir des canaux diplomatiques ouverts. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a souligné la nécessité de traduire en justice les responsables des crimes commis et a appelé à la libération des prisonniers détenus par le régime iranien.
“Il ne peut y avoir d’impunité pour les crimes commis”, a déclaré Barrot aux journalistes à son arrivée à Bruxelles. Il a également exhorté Téhéran à mettre fin à la censure d’Internet et à “redonner au peuple iranien la capacité de choisir son propre avenir”.
Bien que l’IRGC soit déjà soumis à des sanctions de l’UE, l’inscription sur la liste noire des terroristes est considérée comme un geste politique fort. Kallas a toutefois souligné que les canaux diplomatiques resteraient probablement ouverts, même après cette inscription.
Fondée après la révolution islamique de 1979, l’IRGC est une force puissante en Iran, opérant en parallèle de l’armée régulière et jouissant d’une influence considérable dans la politique et l’économie du pays. Son rôle dans la répression des manifestations récentes a été particulièrement mis en évidence, avec des vidéos montrant des membres des forces de sécurité tirant et battant des manifestants.
Les organisations de défense des droits de l’homme estiment que plus de 42 450 personnes ont été arrêtées en Iran depuis le début des protestations. L’accès à l’information reste limité en raison de la censure imposée par les autorités iraniennes, ce qui rend difficile l’évaluation précise de l’ampleur de la répression.
Cette décision de l’UE intervient dans un contexte de tensions croissantes entre l’Iran et la communauté internationale, notamment en raison du programme nucléaire iranien et de son soutien à des groupes armés dans la région. L’UE a déjà imposé des sanctions à plusieurs centaines de responsables et entités iraniens en raison de la répression des protestations précédentes et du soutien de Téhéran à la guerre en Ukraine.
[Image d’illustration : Une photo d’une manifestation en Iran, avec un message anti-américain en arrière-plan. Source : AFP]
[Image d’illustration : Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, arrivant à une réunion de l’UE à Bruxelles. Source : AFP]
[Image d’illustration : Des corps dans des sacs mortuaires devant un centre médico-légal à Téhéran. Source : Réseaux sociaux via Reuters]
Cette action de l’UE souligne l’importance que l’Union accorde aux droits de l’homme et à la nécessité de tenir les responsables des violations de ces droits responsables de leurs actes. Elle envoie également un message clair au régime iranien sur la nécessité de respecter les libertés fondamentales et de répondre aux aspirations de son peuple.
