Trump menace de droits de douane contre ses alliés après avoir relancé son projet d’acquérir le Groenland
NUUK, Groenland – Le président américain Donald Trump a déclenché une vague de critiques internationales en menaçant d’imposer des droits de douane sur huit alliés européens et nord-américains, en représailles à leur opposition à son projet de rachat du Groenland. L’annonce, faite samedi, a provoqué des manifestations au Groenland et au Danemark, ainsi qu’une réunion d’urgence convoquée par l’Union européenne.
Trump a annoncé l’imposition d’un droit de douane de 10 % sur les marchandises provenant du Danemark, de la Norvège, de la Suède, de la France, de l’Allemagne, du Royaume-Uni, des Pays-Bas et de la Finlande, avec une possible augmentation à 25 % si aucun accord n’est trouvé pour l’acquisition du Groenland. Il a affirmé que le territoire danois autonome est crucial pour la sécurité américaine et n’a pas exclu une prise de force.
Les réactions ont été immédiates et virulentes. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a qualifié la démarche de “complètement erronée”, tandis que le président français Emmanuel Macron l’a jugée “inacceptable”. “Les menaces de droits de douane sont inacceptables dans ce contexte… Nous ne serons pas intimidés”, a déclaré Macron.
L’Union européenne a convoqué une réunion d’urgence dimanche après-midi à Bruxelles, réunissant les ambassadeurs des 27 pays membres. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a souligné sur X (anciennement Twitter) que “l’intégrité territoriale et la souveraineté sont des principes fondamentaux du droit international” et que les droits de douane “risquent une spirale dangereuse”.
Des milliers de personnes ont manifesté samedi au Groenland et au Danemark pour s’opposer à l’idée d’une acquisition américaine. À Nuuk, la capitale groenlandaise, le Premier ministre Jens-Frederik Nielsen a rejoint les manifestants brandissant des pancartes proclamant “Le Groenland n’est pas à vendre” et “Nous façonnons notre avenir”. Des manifestations similaires ont eu lieu à Copenhague, avec des pancartes affichant “Les mains hors du Groenland” et “Le Groenland pour les Groenlandais”.
Le Groenland, bien que peu peuplé, est riche en ressources naturelles et sa position stratégique entre l’Amérique du Nord et l’Arctique en fait un lieu idéal pour les systèmes d’alerte précoce en cas d’attaques de missiles et pour la surveillance des navires dans la région.
L’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz, a défendu la position de Trump, affirmant que le Danemark “n’a tout simplement pas les ressources ou la capacité de faire ce qui doit être fait dans la région du Nord”. Il a ajouté que la vie des Groenlandais serait “plus sûre, plus forte et plus prospère sous l’égide des États-Unis”.
Cette escalade intervient après que des responsables américains et danois se soient accordés à mettre en place un groupe de travail de haut niveau pour discuter de l’avenir de l’île. Cet accord avait été perçu comme un compromis potentiel, mais l’annonce des droits de douane a ravivé les tensions.
Gregory Meeks, le principal démocrate de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants américaine, a annoncé qu’il présenterait une résolution pour annuler “immédiatement” ces droits de douane “illégaux et absurdes”. Il a dénoncé une “crise artificielle” créée par Trump, qui “sabote notre alliance la plus étroite”.
Les sondages d’opinion indiquent qu’environ 85 % des Groenlandais s’opposent à l’adhésion de leur territoire aux États-Unis. L’affaire a également soulevé des questions quant à l’avenir de l’accord commercial UE-États-Unis, récemment négocié, qui prévoit des droits de douane réduits sur certains produits. Manfred Weber, chef du groupe PPE au Parlement européen, a déclaré que l’approbation de cet accord n’était “pas possible à ce stade” compte tenu des menaces de Trump.
L’analyste politique Kaja Kallas, chef de la politique étrangère de l’UE, a averti que la Chine et la Russie “passent un excellent moment” face aux divisions entre les alliés. “Ce sont eux qui bénéficient de la situation”, a-t-elle écrit sur X.
[Intégration potentielle d’une vidéo de la BBC expliquant l’importance stratégique du Groenland : https://www.bbc.com/news/world-europe-67844498 ]
L’annonce de Trump, qui a souvent vanté les mérites des droits de douane comme outil de négociation, représente une escalade significative dans sa tentative de racheter le Groenland, malgré l’opposition du territoire et de ses alliés.
