Une équipe de chercheurs a développé un algorithme d’intelligence artificielle capable de détecter les espèces marines protégées, telles que les hippocampes, les ailerons de requin et les concombres de mer, dans les bagages à rayons X avec une précision de 92 %. Cette technologie vise à renforcer la lutte contre un trafic illégal mondial estimé à des milliards de dollars.
Une technologie d’imagerie pour contrer le trafic de faune
Le trafic d’espèces marines, souvent éclipsé par le commerce illégal de cornes de rhinocéros ou d’ivoire, constitue une menace grave pour la biodiversité. Pour contrer ce phénomène, des scientifiques ont mis au point une méthode utilisant des scanners à tomodensitométrie (CT) existants, déjà déployés dans les aéroports pour la détection d’explosifs. Comme l’explique News.google.com, ces appareils produisent des images tridimensionnelles permettant à un réseau neuronal de reconnaître les formes des animaux dissimulés.
Le système, nommé « Real Time Tomography », a été entraîné sur 298 scans incluant diverses conditions de dissimulation, comme le camouflage dans des jouets ou l’emballage dans du tissu. Les résultats sont probants : l’algorithme affiche un taux de réussite de 95 % pour les ailerons de requin et 96 % pour les hippocampes.
"Le commerce de la faune est cruel et contraire à l’éthique. Pour beaucoup, c’est peut-être la première fois qu’ils entendent parler du trafic illégal d’animaux marins. Nous utilisons cette Journée mondiale des océans pour porter ce problème à la lumière.
L’ampleur cachée du trafic d’hippocampes
Si la technologie offre un nouvel espoir, l’ampleur du problème reste colossale. Une étude récente publiée dans Conservation Biology et relayée par Project Seahorse révèle que près de cinq millions d’hippocampes ont été saisis par les autorités sur une période de dix ans, entre 2010 et 2021. La valeur estimée de ces saisies atteint 29 millions de dollars canadiens, avec une valeur moyenne par individu fixée à environ 7 dollars canadiens.

Dr Sarah Foster, associée de recherche au sein du projet, souligne que ces chiffres ne représentent que la partie émergée de l’iceberg. Les saisies analysées proviennent uniquement de rapports en ligne et de divulgations volontaires. Le trafic, principalement destiné à la médecine traditionnelle, transite désormais par des routes diversifiées impliquant l’Europe et l’Amérique latine, en plus des destinations historiques comme la Chine et Hong Kong.
Les défis de l’application de la loi
L’introduction de l’intelligence artificielle ne signifie pas pour autant la fin des interventions humaines. Comme le souligne The Conversation, l’IA n’est pas une solution miracle. Elle complète les efforts des autorités de douane, mais ne remplace ni les agents de terrain ni les chiens renifleurs.
La complexité est accrue par le fait que les animaux, qu’il s’agisse de reptiles australiens ou d’espèces marines, sont souvent transportés dans des conditions précaires, entraînant déshydratation et mort. Le Dr Teale Phelps Bondaroff, directeur de recherche chez OceansAsia, appelle à une réponse mondiale coordonnée :
"Tous les pays doivent intensifier leurs efforts avec des moyens de dissuasion forts — un travail d’enquête rigoureux, une application déterminée et des peines significatives — pour mettre fin au commerce illégal d’hippocampes. En même temps, nous devons continuer à utiliser des méthodes de recherche et d’investigation innovantes pour découvrir les réseaux cachés et devancer les trafiquants.
Perspectives et enjeux de sécurité
Au-delà de la cruauté envers les animaux, le trafic de faune sauvage pose des risques biosecuritaires majeurs. L’introduction d’espèces exotiques peut perturber les écosystèmes locaux, comme l’a démontré l’impact des crapauds buffles en Australie. Le risque de zoonoses — ces maladies transmises de l’animal à l’homme — est également une préoccupation croissante pour les autorités sanitaires.
Alors que les routes commerciales se diversifient, les efforts de surveillance doivent s’adapter. Les données montrent que si les aéroports sont des points de passage fréquents, les saisies les plus importantes par volume sont réalisées via le fret maritime. La priorité pour les 30 prochains jours et au-delà sera d’intégrer ces outils de détection automatisés dans les infrastructures portuaires et aéroportuaires, tout en harmonisant les sanctions pénales à l’échelle internationale pour garantir que le commerce légal et durable reste la seule option viable.
