L’administration Trump démantèle les réglementations climatiques, suscitant l’inquiétude des experts
Washington, D.C. – L’administration Trump s’apprête à annoncer un recul majeur dans la lutte contre le changement climatique, en abrogeant la conclusion de l’Agence de protection de l’environnement (EPA) selon laquelle les gaz à effet de serre constituent une menace pour la santé publique et contribuent au réchauffement climatique. Cette décision, qualifiée par certains d’attaque la plus importante contre l’autorité fédérale en matière de climat, pourrait avoir des conséquences considérables sur les efforts nationaux et internationaux pour limiter les émissions de gaz à effet de serre.
L’abrogation de ce que l’on appelle l'”endangerment finding” – une conclusion établie en 2009 sous l’administration Obama – remet en question la base juridique des réglementations existantes sur les émissions de six gaz, dont le dioxyde de carbone et le méthane, provenant de la combustion des combustibles fossiles. Cela pourrait entraîner la suppression des normes d’émissions pour les voitures et les camions, ainsi que des obligations de déclaration pour les centrales électriques et les industries.
Lee Zeldin, secrétaire de l’EPA, a annoncé sur X (anciennement Twitter) que cette initiative représente “le plus grand acte de déréglementation de l’histoire des États-Unis”.
Les critiques craignent que cette décision ne favorise les intérêts de l’industrie des combustibles fossiles au détriment de la santé publique et de l’environnement. Selon le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), il est impératif de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C au-dessus des niveaux préindustriels et éviter les conséquences les plus graves du changement climatique.
Gretchen Goldman, présidente et directrice générale de l’Union of Concerned Scientists, a exprimé son inquiétude face à cette situation. “Les impacts de cette action seront vastes, tant en termes de notre capacité immédiate à protéger les populations contre les effets néfastes du changement climatique, qu’en termes de notre capacité à atteindre les objectifs climatiques américains et mondiaux”, a-t-elle déclaré. Elle a également souligné que cette décision intervient à un moment où l’urgence climatique est de plus en plus pressante, avec une augmentation des événements météorologiques extrêmes à travers le monde.
L’administration Trump avait déjà tenté de minimiser l’importance de l’endangerment finding en commandant un rapport controversé au Département de l’Énergie, rédigé par un groupe de “climatosceptiques”. L’Union of Concerned Scientists et l’Environmental Defense Fund ont contesté ce rapport en justice et ont obtenu gain de cause, forçant l’administration à abandonner cette initiative et à divulguer plus de 100 000 pages de documents.
Cette décision s’inscrit dans une tendance plus large de désengagement des États-Unis dans la lutte contre le changement climatique. Le mois dernier, le président Trump a annoncé le retrait des États-Unis de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), un accord international visant à limiter le réchauffement climatique.
Goldman a mis en évidence les liens entre l’administration Trump et les dirigeants de l’industrie des combustibles fossiles, affirmant que cette décision vise à “offrir des cadeaux aux entreprises de combustibles fossiles et à garantir qu’elles puissent continuer à polluer les communautés à travers le pays”. Elle a également souligné que les communautés noires et brunes sont particulièrement vulnérables aux effets de la pollution de l’air et du changement climatique.
L’abrogation des normes d’émissions pour les véhicules, en particulier, suscite l’inquiétude. Goldman, qui a travaillé au Département des Transports, a rappelé que les normes précédentes avaient permis de réduire la dépendance aux combustibles fossiles, de faire économiser de l’argent aux consommateurs et de réduire la pollution de l’air. Leur suppression pourrait freiner l’innovation et compromettre les efforts de réduction des émissions.
Cette décision intervient alors que les États-Unis sont confrontés à des défis croissants liés au changement climatique, notamment des incendies de forêt dévastateurs, des inondations plus fréquentes et des tempêtes plus intenses. Les experts avertissent que le recul des réglementations climatiques pourrait aggraver ces problèmes et mettre en péril la santé et la sécurité des populations.
