“Tout le monde a peur” : la vigilance attise les craintes raciales à Belfast

Irlande du Nord : La peur s’installe à Belfast face à la montée des milices d’extrême droite

Publié le : 23 mai 2024 | Mise à jour : 23 mai 2024

Belfast sous tension : “Belfast Nightwatch” sème l’effroi

Chaque soir, après le coucher du soleil, un groupe autoproclamé “première division Belfast Nightwatch” sème l’inquiétude dans les rues de l’est de Belfast. Ces individus, rassemblés près de CS Lewis Square, parcourent les quartiers dans un climat de fanfaronnade, ciblant spécifiquement les hommes à la peau foncée. Leur méthode ? Exiger des documents d’identité et des explications quant à leur présence, instaurant un climat de peur et de suspicion qui rappelle les heures les plus sombres de l’histoire.

“Hé mon garçon, je ne veux plus te rattraper dans nos parcs”, a récemment lancé un membre du groupe à un homme noir assis paisiblement au bord de la rivière. Les réponses jugées insatisfaisantes entraînent des avertissements explicites : quitter Belfast sous peine de subir des “conséquences”. Ces interrogatoires, souvent filmés et diffusés sur les réseaux sociaux avec une bande sonore agressive, recueillent les éloges d’abonnés, amplifiant ainsi une campagne d’intimidation qui touche de plein fouet les immigrants, les réfugiés et les personnes de couleur.

Des vies bouleversées : L’impact dévastateur de la haine

La situation actuelle est décrite comme “pire que jamais” par Mohammed Idris, un réfugié soudanais de 51 ans. Ayant déjà perdu sa boutique suite à une émeute l’année dernière, il témoigne : “Tout le monde a peur. Vous ne savez pas exactement ce qui se passera le lendemain. Je ne pense pas que je vois un avenir ici.” Ces mots résonnent avec la réalité de nombreuses familles originaires d’Afrique, dont beaucoup travaillent dans le secteur de la santé. Leurs domiciles ont été la cible de vitres brisées et de voitures incendiées dans le comté d’Antrim. Plus récemment, des actes de vandalisme ont visé des maisons de Roms à Ballymena, forçant des centaines de personnes à fuir. Cette semaine encore, des jeunes à Donegall Pass, dans le sud de Belfast, ont lancé des projectiles sur des membres de minorités ethniques.

MO, un autre commerçant préférant garder l’anonymat, constate une normalisation des abus racistes. “Il y a quelques jours, un gars est venu vers moi et m’a dit: ‘Remontez la baise à votre pays.’ Il a insulté tout le monde dans la rue et a giflé un gars.” Ces actes s’inscrivent dans la continuité des émeutes anti-immigrants qui ont secoué l’Angleterre en août dernier, inspirant des mouvements similaires à Belfast et renforçant une vague de xénophobie qui déferle sur l’Irlande du Nord depuis plusieurs années.

Désinformation et haine : Le rôle pernicieux des réseaux sociaux

L’affirmation du groupe “Belfast Nightwatch” de vouloir assurer la “sécurité et la protection de nos enfants et des personnes vulnérables” est qualifiée d'”orwellienne”. Un rapport souligne que près de la moitié des personnes arrêtées pour des troubles à caractère racial à Belfast l’été dernier avaient déjà un historique de violence domestique. Pendant ce temps, la désinformation relayée par les médias sociaux dépeint les immigrants comme des prédateurs, se cachant aux abords des aires de jeux et surveillant les femmes. Ces narratifs toxiques alimentent la peur et le ressentiment.

Les ingénieurs logiciels égyptiens Mohammed, Sherif et Adel, venus à Belfast avec leurs familles pour le secteur technologique en plein essor, témoignent de cette escalade. Depuis avril, ils sont régulièrement abordés, filmés et suivis dans l’espace public. “Chaque fois que nous le rapportons à la police, parce que peut-être que ces gens inventeront des histoires sur nous et diront que nous faisions quelque chose de mal”, explique Sherif. “Nous avons cessé de sortir après 21h. Nous avions l’habitude de sentir que l’Irlande du Nord était à la maison mais de nos jours, non plus. Se sentir en sécurité est la chose la plus importante. Si vous ne vous sentez pas en sécurité, vous ne restez pas.” Les trois hommes envisagent désormais de retourner en Égypte.

En quête de sécurité : Les défis d’une intégration sous pression

Kashif Akram, membre du Belfast Islamic Center, agressé en juin, voit les immigrants utilisés comme boucs émissaires pour des problèmes économiques et sociaux. “Tout cela provient d’une chose, qui est la haine.” Il critique les politiciens qui condamnent les attaques raciales tout en évoquant des pénuries de logements, estimant que cela envoie des signaux contradictoires. Les espoirs reposent désormais sur le “Plan d’action pour la race et l’ethnicité” lancé par la police pour punir et dissuader ces agressions. Les autorités surveillent activement ces groupes et ont procédé à l’arrestation d’un homme de 37 ans, soupçonné d’agression, de vol et de dommages criminels.

À l’est de Belfast, l’opinion est divisée. Une résidente, choquée, parle de “racisme pur”, dénonçant l’ironie de ceux qui prétendent protéger les femmes. D’autres, en revanche, soutiennent ces patrouilles, les qualifiant de “protecteurs de la communauté”. Sidharth Sreekumar, un fonctionnaire indien de 32 ans, apprécie son installations à East Belfast, mais reconnaît que sa taille et sa nationalité anglaise jouent un rôle : “Je pense que les gens réfléchiraient à deux fois avant de jouer avec moi.” Cette déclaration souligne la fragilité du sentiment de sécurité pour les membres des minorités, même ceux qui semblent “intégrés”.

Face à cette montée de l’intolérance, les témoignages affluent, révélant une réalité préoccupante pour les communautés minoritaires en Irlande du Nord. Découvrez comment rester informé et soutenir les initiatives locales en parcourant nos articles sur nouvelles-du-monde.com. Votre engagement fait la différence.

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