TikTok sous le feu des critiques de l’UE pour ses mécanismes addictifs, Amnesty International appelle à une action rapide
Bruxelles – TikTok est sous le coup d’une enquête de la Commission européenne qui révèle des préoccupations concernant la conception addictive de l’application et son impact potentiel sur le bien-être des utilisateurs, en particulier les enfants et les jeunes. Les conclusions préliminaires, publiées ce jour, s’inscrivent dans le cadre du Digital Services Act (DSA), une législation européenne de pointe visant à créer un environnement numérique plus sûr.
L’enquête de la Commission européenne met en évidence le fait que TikTok n’a pas suffisamment évalué les risques que ses fonctionnalités addictives pourraient poser pour la santé physique et mentale de ses utilisateurs. Elle pointe du doigt des éléments de conception qui encouragent le défilement continu et peuvent plonger les utilisateurs dans un état de “pilote automatique”.
“Depuis des années, TikTok est en tête de la course effrénée des géants de la technologie pour capturer le temps et l’attention des enfants à tout prix”, a déclaré Lisa Dittmer, chercheuse chez Amnesty International sur les droits numériques des enfants et des jeunes. “Cette annonce est une reconnaissance tardive, mais bienvenue, de la conception addictive de TikTok.”
Amnesty International exhorte la Commission européenne à faire preuve de fermeté dans l’application du DSA. “La Commission européenne doit maintenant montrer de toute urgence qu’elle est prête et capable de faire respecter le Digital Services Act pour mettre fin à ces abus et offrir un environnement en ligne plus sûr aux enfants, aux jeunes et aux adultes”, a ajouté Dittmer.
L’organisation de défense des droits humains souligne que la protection des enfants dans le monde numérique ne doit pas se limiter à des restrictions d’accès. “Au milieu des discussions actuelles sur les restrictions à l’accès des enfants aux plateformes de médias sociaux, les gouvernements doivent se rappeler qu’ils ont également le devoir de protéger le droit des enfants à participer au monde numérique”, a précisé Dittmer. “Pour ce faire, ils doivent se concentrer sur la lutte contre la conception toxique des principales plateformes de médias sociaux, notamment en appliquant efficacement des lois telles que le Digital Services Act, plutôt que de restreindre les droits des enfants.”
Les inquiétudes soulevées par Amnesty International ne sont pas nouvelles. Des recherches antérieures ont mis en évidence les risques que TikTok pose pour la santé mentale et physique des enfants et des jeunes. En novembre 2023, Amnesty International a publié des preuves de l’utilisation par TikTok d’éléments de conception addictifs. Plus récemment, en octobre 2025, une étude menée en France a révélé que TikTok continue de diriger les enfants et les jeunes intéressés par des vidéos sur la santé mentale vers des contenus qui glorifient l’automutilation et le suicide, voire présentent des informations sur les méthodes suicidaires.
Ces découvertes interviennent alors que le débat sur la régulation des médias sociaux et la protection des jeunes utilisateurs s’intensifie à l’échelle mondiale. Selon les données de Statista, TikTok comptait plus de 1,677 milliard d’utilisateurs actifs mensuels au premier trimestre 2024, ce qui en fait l’une des plateformes de médias sociaux les plus populaires au monde. Le DSA, entré en vigueur en février 2024, vise à responsabiliser les grandes plateformes en ligne et à les obliger à prendre des mesures pour protéger leurs utilisateurs contre les contenus illégaux et préjudiciables.
L’affaire TikTok met en lumière la nécessité d’une surveillance accrue et d’une application rigoureuse du DSA pour garantir un environnement numérique plus sûr pour tous, en particulier pour les jeunes. La Commission européenne est désormais sous pression pour démontrer sa capacité à faire respecter la loi et à protéger les utilisateurs contre les pratiques potentiellement nuisibles des géants de la technologie.
