L’ombre de Sylvia Plath plane sur une nouvelle pièce de théâtre à Los Angeles
LOS ANGELES (AP) – Plus de 60 ans après sa mort tragique, l’aura de Sylvia Plath continue de fasciner et de hanter le monde littéraire. Une nouvelle pièce, « Sylvia Sylvia Sylvia », présentée au Geffen Playhouse de Los Angeles, explore cette fascination, mais avec un succès mitigé, selon les critiques.
La pièce de Beth Hyland entrelace deux époques : 1958, à Boston, où Plath et son mari, le poète Ted Hughes, luttent contre les démons personnels et professionnels qui mèneront à leur séparation, et le présent, où un couple d’écrivains, Sally et Theo, emménagent dans le même appartement, confrontés à leurs propres crises conjugales et créatives.
L’œuvre soulève des questions sur la nature de l’inspiration, l’obsession biographique et le prix de la création artistique. Janet Malcolm, dans The New Yorker, avait déjà dénoncé l’approche intrusive des biographes de Plath, les comparant à des cambrioleurs fouillant dans la vie privée d’une artiste. Cette critique résonne dans la pièce, où Sally, une romancière en panne d’inspiration, est hantée par l’ombre de Plath alors qu’elle tente d’écrire sur le couple mythique.
« Je dois finir le manuscrit », confie Sally à Theo, désespérée. « Si je ne peux pas le faire en vivant dans leur appartement, je devrais honnêtement me tuer. » Cette phrase glaçante souligne la pression écrasante et la fragilité mentale qui imprègnent la pièce.
Cependant, la pièce peine à trouver son rythme. La structure en deux époques, bien qu’ambitieuse, manque de fluidité. Les critiques soulignent que les personnages de Plath et Hughes, interprétés par Marianna Gailus et Cillian O’Sullivan, sont mal écrits et manquent de profondeur. L’accent irlandais d’O’Sullivan est jugé incohérent, et l’interprétation de Gailus est qualifiée de caricature.
En contraste, les scènes entre Sally (Midori Francis) et Theo (Noah Keyishian) sont plus convaincantes, bien que leur dynamique soit souvent tendue. Theo, fraîchement auréolé d’un prix littéraire et en lice pour un poste prestigieux à Columbia University, tente d’être un mari compréhensif, mais Sally, en proie à un deuil récent et à une crise professionnelle, est incapable de trouver le réconfort dont elle a besoin.
La mise en scène, signée Jo Bonney, tente d’ajouter une dimension spectaculaire avec des effets visuels, comme l’apparition de Plath sortant du réfrigérateur et l’utilisation de couleurs vives pour symboliser la spirale descendante de Sally. Cependant, ces artifices ne parviennent pas à masquer les faiblesses du texte.
La pièce aborde des thèmes universels tels que la jalousie, l’ambition, la santé mentale et la complexité des relations amoureuses. Elle rappelle que, malgré les changements de société, les dynamiques de pouvoir au sein des couples restent souvent précaires.
En fin de compte, « Sylvia Sylvia Sylvia » est une œuvre inachevée, qui peine à rendre justice à la complexité de Sylvia Plath et à explorer de manière convaincante les échos de sa vie dans le présent. La pièce, qui se joue jusqu’au 8 mars au Gil Cates Theater du Geffen Playhouse, laisse le spectateur avec un sentiment d’insatisfaction, comme si l’ombre de Plath continuait de se jouer de ceux qui tentent de la capturer.
Informations pratiques :
- Où : Gil Cates Theater au Geffen Playhouse, 10886 Le Conte Ave., L.A.
- Quand : Jusqu’au 8 mars 2024.
- Billets : De 45 à 139 dollars (susceptible de varier).
- Contact : (310) 208-2028 ou www.geffenplayhouse.org
- Durée : 1 heure 45 minutes (sans entracte).
