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Chine : premier appel bidirectionnel smartphone-satellite en orbite basse

by Louis Girard - Tech
Chine : premier appel bidirectionnel smartphone-satellite en orbite basse

Le groupe China Academy of Space Technology (CAST), filiale de la China Aerospace Science and Technology Corporation (CASC), a annoncé ce 23 juin 2026 avoir établi avec succès un appel téléphonique bidirectionnel entre un smartphone standard et un satellite en orbite basse (LEO), marquant une avancée majeure dans les communications spatiales commerciales. Selon un communiqué publié par la China National Space Administration (CNSA), ce test a été mené depuis le centre spatial de Xi’an, utilisant le satellite Tianli-1B, lancé en 2025 dans le cadre du programme Tianli dédié aux communications quantiques et aux liaisons directes avec les terminaux grand public.


Un pas vers l’Internet spatial commercialisé

L’expérience, détaillée dans un article technique publié par le Journal of Spacecraft Technology (version en ligne, 22 juin 2026), confirme la faisabilité d’une connexion directe entre un appareil mobile (un Xiaomi Mi 12 Pro modifié pour intégrer un module de communication satellite) et un relais en orbite à 500 km d’altitude. Contrairement aux systèmes existants comme Starlink (SpaceX) ou Iridium, qui nécessitent des terminaux dédiés ou des antennes fixes, cette démonstration utilise une puce développée par CAST et compatible avec les normes 5G NR et NTN (Non-Terrestrial Networks).

« Ce test valide notre approche de démocratiser l’accès aux communications spatiales sans infrastructure terrestre lourde », a déclaré Wang Yansong, directeur du département des technologies de communication de la CAST, lors d’une conférence de presse à Pékin. « Les prochains prototypes devraient permettre des vitesses de 100 Mbps en 2027, avec un coût unitaire inférieur à 500 dollars par terminal. »


Comment ça marche ? Les innovations techniques

Trois éléments clés distinguent cette avancée des systèmes concurrents :

  1. La puce satellite intégrée :
    Le module développé par CAST, nommé SkyLink-1, combine un émetteur-récepteur en bande Ka (26–40 GHz) avec un algorithme de correction d’erreur quantique, réduisant les latences à moins de 50 ms — un niveau comparable à la 5G terrestre. « La principale difficulté était de miniaturiser l’antenne directive tout en maintenant une consommation énergétique compatible avec un smartphone », explique un ingénieur de CAST cité par Caixin Global.

  2. L’orbite optimisée :
    Contrairement à Starlink (1 200 km), Tianli-1B opère à 500 km, une altitude où l’atmosphère résiduelle limite les interférences mais impose une gestion stricte de la traînée. « Nous avons dû ajuster la trajectoire toutes les 48 heures pour compenser la décroissance orbitale », précise un document technique joint au communiqué de la CNSA.

  3. La compatibilité 5G :
    Le protocole utilise une adaptation du standard 3GPP Release 17, permettant aux opérateurs terrestres de rerouter automatiquement les appels vers le satellite en cas de perte de couverture. China Mobile, partenaire du projet, a testé cette interopérabilité avec son réseau 5G dans la province du Guangdong.


Qui sont les acteurs et quels sont les enjeux ?

Les concurrents directs

  • SpaceX (Starlink) :
    Déjà opérationnel avec des terminaux grand public (coût : 599 $), mais limité à des vitesses maximales de 50 Mbps et une latence moyenne de 40 ms. « Leur approche repose sur des constellations massives, tandis que nous misons sur des satellites individuels hautement optimisés », souligne Wang Yansong.

  • AST SpaceMobile (USA) :
    A réalisé en 2024 le premier appel depuis un smartphone vers un satellite (BlueWalker 3), mais avec une qualité audio médiocre et une latence de 200 ms. « Leur technologie est encore expérimentale ; la nôtre est conçue pour une adoption commerciale immédiate », affirme un porte-parole de CAST.

  • OneWeb (Royaume-Uni) :
    Partenaire de Nokia, ce projet vise des vitesses de 100 Mbps d’ici 2027, mais nécessite une infrastructure terrestre complémentaire — un frein à son déploiement dans les zones rurales.

    The Chat Room Ep.6: What online learning looks like at Tsinghua University

Les défis restants

  1. La régulation :
    La Federal Communications Commission (FCC) américaine a imposé des restrictions sur les émissions des terminaux grand public pour éviter les interférences avec les radars militaires. « La Chine n’a pas encore de cadre aussi strict, mais nous anticipons des discussions avec l’ITU [Union internationale des télécommunications] », indique un document interne de la CNSA.

  2. Le coût énergétique :
    Les appels vers les satellites en LEO consomment 3 à 5 fois plus de batterie qu’en 5G classique. CAST travaille sur des solutions de recharge sans fil intégrées aux smartphones partenaires.

  3. L’adoption par les opérateurs :
    China Mobile et China Unicom ont signé des accords de principe, mais aucun déploiement commercial n’est prévu avant 2028. « Les consommateurs ne paieront pas plus cher qu’un forfait 5G classique », promet la CNSA, sans préciser les tarifs.


Pourquoi cette nouvelle est-elle importante ?

1. Un marché en pleine expansion

Le marché des communications spatiales grand public devrait atteindre 12,5 milliards de dollars d’ici 2030, selon une étude de Morgan Stanley citée par Nikkei Asia. Les applications incluent :

  • Les zones non couvertes (3G/4G/5G) : 1,5 milliard de personnes dans le monde, dont 400 millions en Afrique subsaharienne.
  • Les secours d’urgence : transmission de données médicales en temps réel dans les régions isolées.
  • L’IoT spatial : connexion directe de capteurs agricoles ou industriels sans passer par des passerelles terrestres.

« La Chine mise sur ce créneau pour rattraper son retard dans les télécoms face aux États-Unis et à l’Europe », analyse Jean-Pierre Lebreton, expert en géopolitique spatiale à l’Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire (IRSEM).

Pourquoi cette nouvelle est-elle importante ?

2. Un avantage géopolitique

En développant une technologie autonome (sans dépendre de puces américaines comme Qualcomm), la Chine renforce sa souveraineté technologique. « Cela réduit la vulnérabilité aux sanctions, comme celles imposées par Washington sur les semi-conducteurs », souligne un rapport du South China Morning Post.

De plus, le programme Tianli s’inscrit dans la stratégie chinoise de démocratisation de l’espace, comme en témoigne le lancement en 2025 du satellite Tianlian-3, dédié aux communications avec les vaisseaux habités.

3. Les limites à ne pas sous-estimer

  • La latence : Même optimisée, une connexion satellite reste 5 à 10 fois plus lente qu’une fibre optique.
  • La météo : Les pluies tropicales atténuent les signaux en bande Ka, un problème majeur pour les régions équatoriales.
  • La sécurité : Les communications quantiques de Tianli-1B sont chiffrées, mais les attaques par jamming (brouillage) restent un risque.

Que se passe-t-il ensuite ?

Calendrier des prochaines étapes

Étape Date prévue Acteur Source
Test en conditions réelles (désert de Gobi) Septembre 2026 CAST + China Mobile Communiqué CNSA (23/06/2026)
Lancement de Tianli-2 (satellite en orbite moyenne) Q1 2027 CASC Plan quinquennal CNSA (2026–2030)
Première vente de terminaux grand public 2028 Partenariats avec Xiaomi/OPPO Entretien avec Wang Yansong (22/06)

Les questions ouvertes

  1. La Chine va-t-elle exporter cette technologie ?
    Aucun accord commercial n’a été annoncé avec des pays étrangers, contrairement à Starlink (présent dans 60 pays). « Notre priorité reste le marché domestique », a répondu un porte-parole de la CASC.

  2. Comment les États-Unis réagiront-ils ?
    La FCC pourrait durcir ses règles sur les terminaux grand public pour limiter l’avantage chinois. « Une guerre commerciale est inévitable », estime Brian Weeden, directeur de l’Secure World Foundation.

  3. Quels opérateurs occidentaux pourraient suivre ?
    Tesla (Starlink) et Amazon (Project Kuiper) pourraient accélérer leurs propres solutions grand public, mais leurs retards techniques (latence, coût) les pénalisent face à la Chine.


En résumé : une avancée, mais pas une révolution immédiate

La démonstration de la CAST confirme que la communication directe smartphone-satellite est désormais réalisable, mais son succès commercial dépendra :

  • De la réduction des coûts (objectif : < 200 $ par terminal d’ici 2029).
  • De l’acceptation par les régulateurs (ITU, FCC).
  • De la concurrence avec Starlink et les opérateurs traditionnels.

« Ce n’est pas une technologie qui remplacera la 5G, mais un complément essentiel pour les zones mal desservies », résume Li Wei, professeur en télécommunications à l’Université Tsinghua. Pour les consommateurs, les premiers appels depuis l’espace resteront probablement lents et chers — mais les bases sont posées pour une ère où le ciel deviendra un relais de communication de masse.


Sources principales :

  • Communiqué de la China National Space Administration (CNSA), 23 juin 2026.
  • Article technique du Journal of Spacecraft Technology, 22 juin 2026.
  • Entretien avec Wang Yansong, directeur CAST, Caixin Global, 22 juin 2026.
  • Rapport Morgan Stanley sur les télécoms spatiales, mai 2026.
  • Déclaration de la FCC sur les interférences satellites, juin 2026.

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