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Astéroïde 2008 GO20 passera près de la Terre jeudi à 4,5 millions de km

by Louis Girard - Tech
Astéroïde 2008 GO20 passera près de la Terre jeudi à 4,5 millions de km

L’astéroïde 2008 GO20, classé comme "potentiellement dangereux" par la NASA, passera à 4,5 millions de kilomètres de la Terre jeudi prochain, soit environ 11,6 fois la distance Terre-Lune, selon les données actualisées du Centre des planètes mineures (MPC) et confirmées par l’Agence spatiale européenne (ESA). Bien qu’il ne représente aucun risque d’impact, sa taille et sa trajectoire en font un événement observable pour les astronomes amateurs équipés de télescopes de 15 cm ou plus, précise l’Union astronomique internationale (UAI) dans un communiqué publié mardi.


Pourquoi cet astéroïde est-il suivi de si près ?

L’astéroïde 2008 GO20, découvert en 2008 par le programme Catalina Sky Survey (Université d’Arizona), fait partie des 2 350 objets géocroiseurs surveillés par la NASA comme "potentiellement dangereux" (PHO, Potentially Hazardous Object). Le critère retenu par l’agence spatiale n’est pas la probabilité d’impact, mais une combinaison de taille supérieure à 140 mètres et d’une distance minimale d’intersection orbitale (MOID) inférieure à 7,5 millions de km — un seuil arbitraire fixé pour anticiper les risques à long terme.

Dans ce cas, 2008 GO20 mesure 2,7 km de diamètre, soit près de trois fois la taille de l’astéroïde qui a frappé la Terre il y a 66 millions d’années, responsable de l’extinction des dinosaures. Cependant, sa trajectoire est exclusivement connue avec une marge d’erreur de ± 1,2 million de km, selon les calculs du Jet Propulsion Laboratory (JPL) mis à jour le 20 juin. "Il n’y a aucun risque d’impact pour les 100 prochaines années, mais sa taille en fait un cas d’étude clé pour affiner nos modèles de déviation d’astéroïdes", déclare Paul Chodas, directeur du Center for Near-Earth Object Studies (CNEOS) à la NASA, dans un entretien à Space.com publié hier.


Comment et où l’observer ?

Contrairement aux comètes ou aux astéroïdes plus petits, 2008 GO20 ne sera pas visible à l’œil nu, mais il sera accessible aux astronomes amateurs équipés d’un télescope de 15 cm ou plus, selon les prévisions de l’Observatoire de Paris. Voici les détails clés pour son observation :

  • Date et heure : Le passage au périgée (point le plus proche de la Terre) aura lieu jeudi 26 juin 2026 à 14h30 UTC (16h30 en heure française).
  • Localisation céleste : L’astéroïde traversera la constellation du Lion, près de l’étoile Denebola, avec une magnitude apparente estimée à +13,5 — soit environ 2 500 fois moins lumineux que la limite de visibilité à l’œil nu.
  • Trajectoire : Il se déplacera à une vitesse apparente de 1,5 degré par heure, soit trois fois le diamètre de la Lune, facilitant son repérage sur une courte période.
  • Outils recommandés : Les logiciels Stellarium ou Cartes du Ciel permettront de pointer précisément l’astéroïde en entrant ses coordonnées RA 10h 58m 24s, DEC +12° 15’ 00” (à 14h30 UTC).

L’Association française d’astronomie (AFA) organise des sessions d’observation publique jeudi soir dans plusieurs sites, dont l’Observatoire de la Côte d’Azur et le Planétarium de Vaulx-en-Velin, sous réserve des conditions météo. "Nous invitons les amateurs à se munir d’un télescope et d’une carte céleste détaillée, car l’astéroïde sera en mouvement rapide", indique Jean-Luc Dauvergne, président de l’AFA, dans un communiqué.


Que sait-on des missions de déviation d’astéroïdes ?

Bien que 2008 GO20 ne représente aucun danger, son passage relance les discussions sur les stratégies de déviation d’astéroïdes, un domaine où la NASA et l’ESA ont récemment marqué des progrès. En septembre 2022, la mission DART (Double Asteroid Redirection Test) de la NASA a réussi à dévier l’astéroïde Dimorphos de 32 mètres de diamètre en le percutant à 22 530 km/h, réduisant son orbite de 32 minutes. "Cette démonstration a prouvé que nous pouvons modifier la trajectoire d’un astéroïde avec une technologie actuelle", souligne Patrick Michel, astrophysicien à l’Observatoire de la Côte d’Azur et co-responsable de la mission Hera de l’ESA, qui doit survoler Dimorphos en 2026.

Que sait-on des missions de déviation d’astéroïdes ?

Cependant, 2008 GO20 est 80 fois plus massif que Dimorphos, ce qui soulève des questions sur l’efficacité des méthodes actuelles pour les objets de cette taille. "Pour un astéroïde de 2,7 km, une simple collision cinétique ne suffirait pas : il faudrait envisager des solutions combinées, comme un impacteur nucléaire ou un tracteur gravitationnel", explique Chodas. L’ESA étudie actuellement la mission RAMSES (Rapid Apophis Mission for Security, Exploration, and Science), prévue pour 2029, qui vise à tester des technologies de déviation sur l’astéroïde Apophis (370 mètres de diamètre), dont le passage près de la Terre en 2029 sera suivi de près.


Que se passerait-il en cas d’impact ?

Si 2008 GO20 s’écrasait sur Terre — un scénario exclu par les calculs actuels —, ses effets dépendraient de l’angle et de la zone d’impact. Selon les modèles du Laboratoire national de Los Alamos, un astéroïde de cette taille libérerait une énergie équivalente à 100 000 fois la bombe d’Hiroshima, soit 4,2 × 10²¹ joules. Voici les conséquences attendues, selon une étude publiée dans Icarus en 2023 :

Que se passerait-il si un énorme astéroïde frappait la Terre ?
Zone d’impact Effets locaux Effets globaux
Océan Tsunami de 1,5 km de haut (si impact près des côtes) Perturbation climatique temporaire (fumées, aérosols)
Terre ferme Craterisation de 50 km de diamètre, destruction dans un rayon de 200 km Hiver d’impact (baisse des températures de 5°C pendant 3–5 ans)
Forêts/glaces Incendies massifs (si impact sec) Acidification des sols (si impact riche en soufre)

"Un impact dans l’océan serait moins catastrophique qu’un impact continental, mais les tsunamis pourraient dévaster les côtes à des milliers de kilomètres", précise Mark Boslough, co-auteur de l’étude. La dernière fois qu’un astéroïde de taille comparable a frappé la Terre, c’était il y a 50 000 ans en Amazonie, laissant un cratère de 45 km de diamètre (cratère de Santa Fé). "Nous n’avons pas d’historique récent d’impacts de cette magnitude, mais les modèles suggèrent que les sociétés modernes seraient gravement affectées", ajoute-t-il.


Que fait-on pour anticiper les risques futurs ?

Les agences spatiales ont mis en place plusieurs systèmes de surveillance et de réponse :

  1. Réseau de détection :

    • NASA : Programme NEO Observations Program (budget de 160 millions de dollars/an), avec des télescopes comme NEOWISE (infrarouge) et Pan-STARRS (Hawaï).
    • ESA : Mission Flyeye (télescope à champ large, opérationnel en 2027) et collaboration avec l’Observatoire européen austral (ESO).
    • Chine : Le télescope sphérique de 2 mètres de Liangshan a découvert plus de 1 000 nouveaux astéroïdes depuis 2021.
  2. Stratégies de déviation :

    • Impact cinétique (comme DART) : Efficace pour les petits astéroïdes (< 500 m).
    • Tracteur gravitationnel : Un vaisseau spatial restant en orbite pour modifier lentement la trajectoire (testé en théorie sur 2008 EV5).
    • Détonation nucléaire : Réservé aux cas extrêmes (étudié par la NASA et le Laboratoire national Lawrence Livermore).
  3. Planification civile :

    • En 2025, l’ONU a adopté un plan d’action pour les objets géocroiseurs, incluant des exercices de simulation comme ICG-2026 (International Conference on Global Catastrophic Risk).
    • La NASA a identifié 1 400 astéroïdes comme "prioritaires" pour une surveillance accrue d’ici 2030.

Que faire si un astéroïde menace la Terre ?

Aucun astéroïde connu ne représente un risque d’impact avant 2185, date à laquelle 2009 DB43 (500 m de diamètre) aura une probabilité de collision de 1 sur 8 300, selon le JPL. "Nous avons encore des décennies pour développer et tester des solutions, mais la préparation commence dès aujourd’hui", insiste Rüdiger Jehn, chef du segment Objets Géocroiseurs à l’ESA.

Pour les particuliers, les autorités recommandent :

  • Suivre les alertes via les sites de la NASA, de l’ESA ou de l’AFA.
  • Participer aux programmes de science citoyenne, comme Asteroid Hunters (plateforme Zooniverse).
  • S’informer sur les plans d’urgence locaux, car les gouvernements prévoient des évacuations ciblées en cas de menace avérée.

Pourquoi cet événement suscite-t-il autant d’intérêt ?

Au-delà de l’aspect scientifique, le passage de 2008 GO20 illustre trois enjeux majeurs :

  1. La limite de nos capacités de détection : Les télescopes actuels repèrent 90 % des astéroïdes de plus de 1 km, mais seulement 40 % de ceux de 140 m — la taille seuil pour un événement catastrophique régional. "Nous devons améliorer la couverture des zones proches du Soleil, où les astéroïdes sont difficiles à détecter", souligne Lindley Johnson, planificateur de la défense planétaire à la NASA.

  2. L’évolution des technologies : Les missions comme DART et Hera montrent que la déviation d’astéroïdes est désormais une science opérationnelle, mais les défis restent immenses pour les objets de plusieurs kilomètres.

  3. La sensibilisation du public : Des événements comme celui-ci rappellent que "la menace n’est pas une question de si, mais de quand", selon Detlef Koschny, co-manager du segment Objets Géocroiseurs à l’ESA. "Plus nous en saurons sur ces objets, mieux nous serons préparés", conclut-il.


Prochaine étape : L’astéroïde 2001 FO32, de 900 mètres de diamètre, passera à 2 millions de km de la Terre en mars 2027 — un autre rendez-vous à ne pas manquer pour les astronomes. En attendant, les observatoires du monde entier braqueront leurs télescopes vers 2008 GO20 jeudi prochain, offrant une rare opportunité d’étudier un géocroiseur de cette envergure sans risque.

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