L’Espagne s’apprête à franchir le cap symbolique des 100 millions de visiteurs étrangers en 2026, poussant le gouvernement à diversifier son offre touristique au-delà du modèle traditionnel « soleil et plage ». Selon le ministre de l’Industrie et du Tourisme, Jordi Hereu, cette croissance doit désormais être gérée par une régulation locale accrue pour garantir un développement durable, alors que le secteur pèse pour plus de 12 % du PIB national.
Une trajectoire vers les 100 millions de visiteurs
Le secteur touristique espagnol affiche une dynamique de croissance robuste. Après une année 2024 où le nombre de visiteurs étrangers a progressé de 3,2 % pour atteindre 96,8 millions de personnes, les indicateurs du premier trimestre 2026 confirment cette tendance avec une hausse du volume de visiteurs de 3,4 % et une augmentation des recettes de 6,7 %. Ces données, rapportées par The Guardian, soulignent l’importance économique d’un secteur vital pour la balance des paiements du pays.

La valeur des dépenses touristiques a atteint 134 milliards d’euros (116 milliards de livres sterling) l’an dernier. Face à ces chiffres, le ministre Jordi Hereu a souligné que ces records ne constituaient pas une obsession pour le gouvernement, prônant ce qu’il qualifie de « croissance calme » — une gestion maîtrisée de l’afflux touristique qui ne sacrifie pas la qualité de vie des résidents.
« Avec cette croissance, nous pourrions atteindre 100 millions. Mais je tiens à souligner que cela ne nous inquiète pas et ne nous obsède pas… [Nous favorisons] ce que j’appelle une croissance calme – en d’autres termes, une croissance qui peut être facilement gérée. »
Jordi Hereu, ministre de l’Industrie et du Tourisme, via The Guardian
Le tournant de la régulation face à la saturation
La pression touristique, particulièrement visible dans les grandes métropoles comme Barcelone, Madrid et Palma de Majorque, a engendré des tensions sociales croissantes. Ces mouvements de contestation se cristallisent autour de la hausse des loyers, exacerbée par la prolifération des logements touristiques (VUT – Viviendas de Uso Turístico). Comme l’indique The Guardian (via Magzter), le gouvernement reconnaît que les « vieilles formules ne fonctionnent plus » et que le modèle doit évoluer pour répondre aux impératifs climatiques et sociaux.

Le ministre Hereu a clairement distingué les approches politiques en matière de régulation :
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- La gauche : Favorise une intervention réglementaire stricte, comme le plafonnement des licences et le contrôle des prix, pour limiter les effets négatifs du tourisme sur les ressources naturelles et le logement.
- La droite : Tend à privilégier la liberté du marché et l’attractivité des investissements, une posture jugée inefficace par le ministre, qui estime que le marché ne s’autorégule pas dans ce secteur face à une demande globale exponentielle.
Le gouvernement central soutient des initiatives locales, comme celle de la mairie de Barcelone, dirigée par Jaume Collboni, qui prévoit d’interdire les appartements touristiques d’ici 2028. Toutefois, Jordi Hereu a rappelé que la structure décentralisée de l’Espagne, où les 17 communautés autonomes disposent de compétences exclusives en matière de promotion et de gestion touristique, rend difficile une politique uniforme à l’échelle nationale. Chaque autorité régionale doit ainsi adapter ses propres taxes de séjour et limites de capacité, une complexité administrative héritée de la Constitution de 1978.
Vers un nouveau modèle de tourisme
Au-delà de la simple gestion des flux, l’objectif est de transformer l’image de la destination. Le pays cherche à promouvoir des régions moins fréquentées pour désengorger les zones saturées, une stratégie de décentralisation géographique encouragée par Turespaña, l’organisme public de promotion du tourisme. Le ministre insiste sur le besoin d’un « meilleur tourisme » et rejette l’idée que le sentiment anti-tourisme soit généralisé, le qualifiant de « chose très minoritaire ».

« Mais la culture que je vois dans toute l’Espagne est la culture d’un pays qui sait accueillir les gens. Notre principe clé est que nous sommes favorables à la transformation du modèle pour garder une longueur d’avance et que nous travaillons humblement pour transformer ce modèle parce que les vieilles formules ne fonctionnent plus. »
Jordi Hereu, ministre de l’Industrie et du Tourisme, via The Guardian
À court terme, le secteur pourrait bénéficier d’un effet de report de la demande lié à l’instabilité géopolitique au Moyen-Orient, qui pousse les voyageurs internationaux à privilégier des destinations perçues comme sûres et stables. Cependant, pour le gouvernement, la durabilité reste conditionnée à la capacité des autorités locales à « faire leurs devoirs » en matière de régulation. L’équilibre entre l’attractivité économique et la préservation de la qualité de vie des résidents demeure l’enjeu majeur des mois à venir, alors que le pays se rapproche du seuil historique des 100 millions.
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