La colère monte aux États-Unis : le mouvement pour l’abolition de l’ICE gagne du terrain
Washington D.C. – L’indignation publique face aux abus répétés de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) alimente un mouvement croissant en faveur de l’abolition de l’agence, atteignant un point culminant après la mort tragique de Renee Good, une mère du Minnesota abattue par un agent de l’ICE. Un récent sondage révèle que pour la première fois, le soutien à l’abolition de l’ICE dépasse l’opposition, avec 46% des Américains favorables à cette mesure contre 43%.
L’affaire Good, où un agent de l’ICE a tiré trois fois sur la femme, a mis en lumière les pratiques brutales de l’agence. 76% des personnes interrogées dans une étude menée par Blue Rose Research ont vu les images de la fusillade, et 86% en ont entendu parler. Les électeurs soutiennent massivement des mesures visant à exiger un mandat d’arrêt pour les agents de l’ICE (+29 points) et à interdire le port de masques (+16 points).
“Pendant des années, la relation entre l’ICE et les forces de police locales a été la raison pour laquelle les expulsions ont grimpé en flèche”, explique Silky Shah, directrice exécutive de Detention Watch, une coalition d’organisations plaidant pour la fin de la détention migratoire. “L’ICE s’appuyait sur de petits contrats de prison, des accords avec les services de shérifs et la collaboration avec la police municipale pour acheminer les personnes vers le système.”
Un budget en explosion, une capacité de détention massive
L’évolution de l’ICE, initialement créée en 2003 dans le cadre d’une réorganisation du Département de la Sécurité intérieure, est particulièrement préoccupante. L’agence a consolidé des actions déjà menées par d’autres entités, mais a vu son budget exploser avec l’adoption du “One Big Beautiful Bill” par l’administration Trump. Ce budget, qui passera de 4 à 5 milliards de dollars par an à plus de 16 milliards en 2028, selon les estimations du Center for American Progress, permettra la construction d’un vaste appareil de détention migratoire géré directement par le gouvernement fédéral.
Un document de sollicitation divulgué par The Washington Post révèle un plan visant à établir un “système d’alimentation délibéré” pour distribuer les migrants vers sept entrepôts à grande échelle à travers le pays, avec une capacité potentielle de détenir jusqu’à 80 000 personnes.
Des propositions démocrates jugées insuffisantes
Si l’indignation publique est palpable, les propositions des élus démocrates pour limiter les pouvoirs de l’ICE semblent, pour beaucoup, trop timides. Le représentant Ritchie Torres (D-N.Y.) a été critiqué pour avoir proposé d’introduire un projet de loi exigeant l’affichage de codes QR sur les uniformes des agents, identifiant leur nom, leur matricule et leur agence. D’autres, comme Ro Khanna et Jasmine Crockett, ont présenté une résolution demandant le port de caméras corporelles, une formation à la désescalade et l’interdiction du port de masques.
Ces mesures sont jugées insuffisantes par les défenseurs des droits des migrants, qui estiment qu’une véritable réforme nécessiterait de priver l’agence de ses fonds et de lui interdire d’arrêter et de détenir des individus.
Des appels à l’abolition se multiplient
Le représentant Shri Thanedar (D-Mich.) a franchi une étape supplémentaire en introduisant un projet de loi visant à abolir complètement l’ICE dans les 90 jours suivant son adoption. “Il semble à ce stade que l’ICE soit au-delà de toute réforme”, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.
Cependant, cette proposition se heurte à la résistance de certains think tanks centristes, comme Third Way et Searchlight Institute, qui mettent en garde contre les conséquences politiques d’un tel appel à l’abolition et préconisent une approche plus modérée axée sur la “réforme et la formation” de l’agence.
Un vote crucial au Congrès
L’avenir de l’ICE dépendra en grande partie du vote sur le budget du Département de la Sécurité intérieure. Le chef de file démocrate, Hakeem Jeffries, a déclaré que sa faction ne soutiendrait pas un projet de loi augmentant le financement de l’ICE ou manquant de mesures de responsabilisation. Ce vote, prévu avant le 30 janvier, sera un indicateur clé de l’engagement des démocrates à changer la trajectoire actuelle de l’agence.
Les communautés où de nouvelles installations de l’ICE sont prévues, comme Social Circle, en Géorgie, et Merrimack, dans le New Hampshire, se mobilisent déjà pour s’y opposer. “Une fois que vous commencez à construire ces choses, il est vraiment difficile de les démanteler”, souligne Silky Shah. “Notre travail consiste maintenant à bloquer autant que possible. Ils ont obtenu ce financement, mais nous pouvons encore bloquer ces nouveaux centres de détention.”
L’avenir de l’ICE, et plus largement, la politique d’immigration des États-Unis, est à un tournant. La pression publique, combinée à l’engagement de certains élus, pourrait bien conduire à des changements significatifs dans les mois à venir.
