Plus d’une centaine de personnalités du monde du spectacle soutiennent la rapporteuse de l’ONU Francesca Albanese, visée par des appels à la démission
PARIS – Plus d’une centaine de figures de proue du monde du divertissement ont signé une lettre ouverte samedi, exprimant leur soutien à Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies pour les territoires palestiniens occupés. Cette manifestation de soutien intervient alors qu’elle fait face à des pressions croissantes pour démissionner en raison de commentaires controversés sur Israël et la guerre à Gaza.
La rapporteuse, nommée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, est accusée d’antisémitisme et de rhétorique extrême envers Israël. Plusieurs nations européennes, dont la France, l’Italie et l’Allemagne, ont publiquement demandé sa démission suite à des déclarations faites la semaine dernière, où elle évoquait un « ennemi commun » qui a permis au Israël de commettre un « génocide » à Gaza – une accusation fermement rejetée par Israël.
Les critiques ont accusé Albanese d’avoir désigné Israël comme cet « ennemi commun », ce qu’elle a nié.
La lettre de soutien, organisée par le groupe Artists for Palestine et partagée par l’Agence France-Presse, compte parmi ses signataires des acteurs de renom tels que Mark Ruffalo et Javier Bardem, la lauréate du prix Nobel Annie Ernaux, ainsi que la musicienne britannique Annie Lennox.
« Nous offrons notre soutien total à Francesca Albanese, une défenseure des droits de l’homme et donc également du droit du peuple palestinien à exister », indique le texte. La lettre conclut en affirmant qu’il existe « infiniment plus d’entre nous, dans tous les coins de la Terre, qui ne veulent plus que la force soit la loi ».
La publication de la lettre, initialement en français sur le site web d’Artists for Palestine, inclut également le verbatim des remarques d’Albanese, prononcées lors d’un forum organisé par la chaîne de télévision Al Jazeera.
Cette affaire intervient dans un contexte de tensions internationales exacerbées concernant le conflit israélo-palestinien. La guerre à Gaza, déclenchée par l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, a fait plus de 35 000 morts dans la bande de Gaza, selon le ministère de la Santé palestinien, et a entraîné une crise humanitaire majeure.
Albanese est l’une des critiques les plus virulentes de la guerre menée par Israël contre le Hamas, la qualifiant de « honte de notre temps » et interrogeant régulièrement les dirigeants mondiaux sur leur inaction.
Cependant, ses déclarations passées ont suscité de vives controverses. En octobre 2023, elle a exprimé des doutes quant aux signalements de violences sexuelles lors de l’attaque du Hamas, suggérant que les États-Unis et Israël utilisaient ces allégations pour intensifier le conflit. Elle a également remis en question le droit d’Israël à l’autodéfense et a appelé à des sanctions internationales contre Israël.
En novembre dernier, elle a publié un dessin animé dénonçant Israël, qui a été interprété par des experts comme véhiculant des tropes antisémites séculaires.
Les critiques envers Albanese ne se limitent pas aux gouvernements européens. Un groupe de députés français a dénoncé ses remarques comme étant « antisémites » et le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a également appelé à sa démission, condamnant ses propos comme étant « scandaleux et répréhensibles ». L’Allemagne, l’Autriche et l’Italie ont également exprimé leur désapprobation.
L’administration Trump avait déjà imposé des sanctions à Albanese en juillet dernier, la qualifiant d’antisémites et accusant son travail d’être biaisé et malveillant.
Le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a pris ses distances avec Albanese, son porte-parole, Stéphane Dujarric, déclarant que l’ONU « n’est pas d’accord avec beaucoup de ce qu’elle dit » et qu’elle ne représente pas les vues de l’organisation.
Les rapporteurs spéciaux de l’ONU, comme Albanese, sont des experts indépendants nommés par le Conseil des droits de l’homme, mais ne parlent pas au nom des Nations unies.
Cette affaire souligne les défis liés à la liberté d’expression et à la critique d’Israël dans le contexte du conflit israélo-palestinien, ainsi que les préoccupations croissantes concernant l’antisémitisme et l’incitation à la haine.
