Soudan : 72 mineurs tués dans des frappes à la frontière, selon Emergency Lawyers

Au moins 72 mineurs artisanaux ont péri dans des frappes aériennes le samedi dans la région frontalière du Soudan, selon l’organisation de défense des droits humains Emergency Lawyers.

La région frontalière entre le Soudan et l’Égypte a été le théâtre d’une nouvelle attaque meurtrière ciblant des travailleurs informels de l’or. Le bilan provisoire s’élève à 72 morts, un chiffre qui pourrait s’alourdir face à l’afflux de blessés et aux difficultés d’accès aux secours dans cette zone montagneuse et reculée.

Le déroulement des frappes et les accusations contre l’Égypte

Des aéronefs ont lâché plus de cinq missiles sur des campements et des puits d’excavation situés près du marché d’Al-Ansari, dans l’État soudanais du Nil, une zone également connue sous le nom de mine d’Al-Uqaydat et située dans la région de la vallée du Nord.

L’organisation Emergency Lawyers a ouvertement imputé ces bombardements à l’aviation militaire égyptienne. Des témoins oculaires, à l’instar du mineur Mirghani Malik, ont confirmé que des avions de chasse ont pilonné les sites d’extraction, détruisant les abris provisoires où de nombreux travailleurs se trouvaient encore.

Soudan : 72 mineurs tués dans des frappes à la frontière, selon Emergency Lawyers
Photo : thesudantimes.com

Bien qu’Égypte apporte un soutien politique à l’armée soudanaise face aux Forces de soutien rapide dans le cadre du conflit civil en cours au Soudan, Le Caire considère l’orpaillage illégal, la contrebande d’armes et l’insécurité frontalière comme des menaces majeures pour sa sécurité nationale.

Emergency Lawyers ont déclaré : « Ces actes peuvent constituer des crimes de guerre. »

Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent des corps gisant dans les décombres ainsi que des dépouilles enveloppées de linceuls funéraires.

Les enjeux économiques et les tensions le long de la frontière

Ce drame met en lumière la tension sécuritaire croissante le long de la frontière poreuse de 1 200 kilomètres qui sépare les deux pays. Depuis le déclenchement de la guerre civile au Soudan en avril 2023, la production aurifère artisanale a connu une expansion fulgurante, employant plus de deux millions de personnes et représentant plus de 80 pour cent de la production totale d’or du pays, devenu une source vitale de liquidités pour les populations déplacées.

Cependant, cette activité minière informelle s’exerce souvent sans autorisation dans des zones frontalières disputées où l’or est massivement extrait puis potentiellement acheminé vers l’Égypte via des réseaux de contrebande.

L’incertitude autour des responsabilités et de l’aide humanitaire sur place

Ni l’armée soudanaise ni les autorités de transition n’ont fourni d’explication publique officielle sur les bombardements du 11 octobre. Les autorités égyptiennes n’ont pas non plus répondu aux sollicitations concernant les accusations de violations territoriales formulées par les organisations de défense des droits humains.

Pour aller plus loin