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Soudan : 3 ans de guerre font exploser la crise sanitaire, 21M privés d’accès aux soins

Une crise sanitaire sans précédent : les chiffres qui font peur

Trois ans de guerre ont transformé le Soudan en un champ de ruines sanitaires sans précédent. Alors que le conflit entre l’armée soudanaise (SAF) et les Forces de soutien rapide (RSF) entre dans sa quatrième année, le pays fait face à une crise humanitaire d’une ampleur inédite : 34 millions de personnes dépendent désormais de l’aide internationale, tandis que 21 millions sont privés d’accès aux soins de base. Les attaques répétées contre les infrastructures médicales, les pénuries de médicaments et l’effondrement des systèmes de surveillance sanitaire ont transformé des maladies évitables en fléaux mortels, notamment dans les régions où les combats font rage.

Une crise sanitaire sans précédent : les chiffres qui font peur

Les données compilées par ReliefWeb entre le 29 avril et le 12 mai 2026 révèlent une escalade alarmante : 749 attaques contre des structures médicales ont été recensées depuis le début du conflit en avril 2023, faisant 207 morts parmi le personnel soignant, 15 enlèvements et 126 arrestations. Les hôpitaux ont été endommagés à plus de 210 reprises, dont 57 ciblés par des drones armés. Les services de santé maternelle ont été particulièrement visés, avec 51 attaques documentées. Ces chiffres, régulièrement mis à jour, montrent une dégradation continue : entre avril 2023 et avril 2026, les violences contre les acteurs médicaux ont été systématiques, avec une moyenne de 200 incidents par mois.

Sur le terrain, l’impact est dévastateur. Selon Médecins Sans Frontières (MSF), 37 % des centres de santé du pays sont hors service, et les épidémies se propagent sans contrôle. Dans la région du Darfour, où les combats sont les plus intenses, des maladies évitables comme la rougeole, la méningite, la diphtérie et le tétanos néonatal font des ravages parmi les enfants. Javid Abdelmoneim, président international de MSF, a décrit lors d’une visite récente une situation où “les épidémies tuent des enfants parce que ces maladies sont évitables”. Il a ajouté que “la saison des pluies approche, et il serait surprenant de ne pas voir reparaître le choléra”.

Une crise sanitaire sans précédent : les chiffres qui font peur
Une crise sanitaire sans précédent les chiffres

“Il n’y a vraiment pas de volonté politique pour mettre fin à cette guerre de manière pacifique.”

— Javid Abdelmoneim, président international de Médecins Sans Frontières, lors d’un déplacement dans le Darfour en avril 2026.

Les chiffres de la malnutrition aggravent encore la crise. Plus de 4 millions de personnes souffrent de malnutrition aiguë en 2026, selon un rapport de l’IPC cité par Tanzania Insight. Cette situation les rend particulièrement vulnérables aux complications médicales et aux infections. Dans les camps de déplacés comme Tawila, où plus de 400 000 personnes se sont entassées après la prise d’El-Fasher par les RSF en octobre 2025, les pénuries d’eau et de nourriture ont atteint des niveaux critiques. Les témoignages recueillis par MSF décrivent des scènes de désespoir : des mères cherchant désespérément des soins pour des enfants atteints de maladies diarrhéiques, des femmes enceintes livrant leurs bébés sans assistance médicale, et des patients atteints de maladies chroniques abandonnés faute de traitements.

L’effondrement du système de santé : une responsabilité politique

Le diagnostic de MSF est sans appel : la crise sanitaire n’est pas une fatalité, mais le résultat direct d’un “échec politique” à plusieurs niveaux. D’abord, l’incapacité des parties au conflit à mettre un terme aux hostilités. Ensuite, le manque de volonté internationale pour financer une aide humanitaire à la hauteur des besoins. Abdelmoneim a souligné que MSF, qui ne dépend pas des fonds publics, subit tout de même les conséquences du retrait d’autres acteurs : “Nous travaillons dans un écosystème, et quand les acteurs de santé disparaissent les uns après les autres, cela nous affecte aussi.”

L'effondrement du système de santé : une responsabilité politique
cluster (priority): ReliefWeb

Le retrait de financements internationaux a particulièrement frappé les régions les plus touchées. Au Darfour central, 47 centres de santé primaires ont perdu leur financement international le mois dernier, selon MSF. Cette coupure a directement contribué à l’explosion des cas de rougeole et d’autres maladies évitables. Parallèlement, les restrictions imposées par les parties au conflit limitent l’accès des organisations humanitaires aux zones les plus dangereuses. Les convois d’aide sont régulièrement attaqués, et les travailleurs humanitaires font face à des risques accrus. Dans certains États, comme le Kordofan et le Darfour, les déplacements sont si restreints que les équipes médicales doivent parfois abandonner leurs missions.

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“Nous essayons de combler le vide laissé par les gouvernements, mais la situation empire.”

— Javid Abdelmoneim, président international de Médecins Sans Frontières, sur les difficultés croissantes des ONG à opérer au Soudan.

Ce contexte explique pourquoi, malgré les efforts de MSF et d’autres organisations, la couverture sanitaire reste dérisoire. Dans certaines zones, les hôpitaux fonctionnent à moins de 20 % de leur capacité normale, et les stocks de médicaments essentiels sont épuisés depuis des mois. Les équipes médicales, déjà en sous-effectif, sont confrontées à des choix impossibles : soigner les urgences au détriment des soins chroniques, ou abandonner des patients faute de ressources. La situation est d’autant plus critique que le personnel soignant restant fait face à des menaces directes : entre avril 2023 et avril 2026, 207 professionnels de santé ont été tués, et des centaines d’autres ont dû fuir le pays.

Les maladies évitables deviennent des fléaux : ce que disent les experts

L’une des conséquences les plus tragiques de l’effondrement du système de santé est la résurgence de maladies autrefois maîtrisées. Selon les rapports de MSF, le Soudan fait face à une recrudescence alarmante de maladies infectieuses, toutes liées à des carences en vaccination et en soins de base. La rougeole, par exemple, a connu une “épidémie majeure” dans plusieurs États, touchant principalement les enfants de moins de cinq ans. Les cas de méningite, de diphtérie et de tétanos néonatal se multiplient également, malgré l’existence de vaccins efficaces.

Soudan : trois ans de guerre et 15 millions de déplacés, le point sur la crise • FRANCE 24

Les experts mettent en garde contre une aggravation encore plus grave avec l’arrivée de la saison des pluies. “Il ne serait pas surprenant de voir réapparaître le choléra”, a prévenu Abdelmoneim. Cette maladie, qui se propage rapidement dans les zones où l’accès à l’eau potable est limité, pourrait provoquer une nouvelle vague de morts évitables. Les camps de déplacés, déjà surpeuplés et insalubres, sont des terrains fertiles pour les épidémies. Sans intervention urgente, les projections de MSF indiquent que le nombre de cas pourrait atteindre des niveaux comparables à ceux observés lors des crises humanitaires les plus graves de la décennie.

Les maladies évitables deviennent des fléaux : ce que disent les experts
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  • Rougeole : Épidémie majeure dans plusieurs États, touchant principalement les enfants.
  • Méningite : Résurgence liée à la baisse des vaccinations et à la promiscuité dans les camps.
  • Diphtérie : Réapparition dans des zones où les programmes de vaccination ont été interrompus.
  • Tétanos néonatal : Augmentation des cas chez les nouveau-nés, faute d’accouchement dans des conditions hygiéniques.
  • Choléra : Risque imminent avec l’arrivée de la saison des pluies et la détérioration des conditions sanitaires.

Pour les enfants soudanais, le coût humain est le plus lourd. MSF estime que des milliers de vies pourraient être sauvées chaque année si les programmes de vaccination étaient maintenus et si l’accès aux soins de base était garanti. Pourtant, dans un pays où 37 % des centres de santé sont hors service, cette perspective semble lointaine. Les travailleurs humanitaires décrivent des scènes où des mères supplient en vain pour des sérums contre la rougeole, ou où des nourrissons meurent de déshydratation faute de solutions de réhydratation orale.

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Que faire ? Les scénarios pour éviter le pire

Face à cette crise, plusieurs scénarios se dessinent, mais aucun ne semble réaliste à court terme. La première condition pour améliorer la situation serait un cessez-le-feu immédiat, permettant la réouverture des centres de santé et le rétablissement des chaînes d’approvisionnement. Cependant, les parties au conflit montrent peu d’empressement à négocier. Les pourparlers de paix, lorsqu’ils ont lieu, restent superficiels, et les violences se poursuivent sans interruption.

Sur le plan humanitaire, une augmentation significative des financements internationaux est indispensable. MSF a appelé à un renforcement des budgets alloués à la santé au Soudan, mais les promesses restent rares. Les restrictions imposées par certains donateurs, en raison des tensions géopolitiques régionales (notamment le conflit au Moyen-Orient), ont encore réduit les marges de manœuvre. Sans fonds supplémentaires, les organisations comme MSF ne pourront pas compenser le retrait d’autres acteurs.

Une troisième piste, plus controversée, serait une intervention militaire internationale pour protéger les civils et les infrastructures médicales. Cependant, cette option est politiquement délicate et risquerait d’aggraver les tensions. À ce stade, les Nations unies et les organisations humanitaires privilégient une approche diplomatique, en mettant la pression sur les parties au conflit pour qu’elles respectent le droit international et permettent l’accès humanitaire.

“La meilleure médecine, c’est la paix.”

— Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), cité dans un rapport de l’OMS en avril 2026.

En l’absence de solution politique rapide, le Soudan risque de sombrer dans une crise sanitaire encore plus profonde. Les épidémies se propagent, la malnutrition s’aggrave, et les systèmes de santé s’effondrent. Sans une intervention urgente — qu’elle soit diplomatique, financière ou humanitaire — les conséquences pourraient être catastrophiques, avec des millions de vies en jeu. Pour les Soudanais, l’urgence n’est plus seulement humanitaire : c’est une question de survie.

Les prochaines semaines seront cruciales. Si les combats se poursuivent sans interruption, les projections de MSF indiquent que le nombre de morts évitables pourrait dépasser les 100 000 d’ici la fin de l’année. Une escalade supplémentaire des violences contre les infrastructures médicales pourrait rendre toute réponse humanitaire impossible. Dans ce contexte, chaque jour compte.

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