Le gouvernement américain a publié le 13 août un rapport dénonçant les transbordements de marchandises comme un stratagème d’évitement tarifaire, qualifiant Singapour de cible opportuniste. En réponse, le ministère du Commerce et de l’Industrie singapourien rappelle le 15 août que les entreprises doivent déclarer rigoureusement l’origine exacte des produits.
La pratique maritime séculaire du transbordement, qui consiste à importer et réexporter des marchandises, se retrouve au cœur des tensions commerciales internationales. La Maison-Blanche a désigné Singapour – le plus grand pôle de transbordement mondial de conteneurs – parmi des dizaines d’autres économies utilisées par des exportateurs chinois pour contourner les droits de douane américains. Ce document officiel, publié le 13 août, accuse ce réseau occulte de dissimuler la véritable origine géographique des produits importés aux États-Unis.
Le rapport de la Maison-Blanche et la réaction du ministère du Commerce à Singapour
Le document officiel de l’administration américaine, intitulé The Great Transshipment Scam
, estime que ces détournements potentiels de marchandises pourraient représenter entre 40 milliards de dollars et 303 milliards de dollars par an, selon les données de divers organismes. Pour contrer ces pratiques, Washington prévoit d’utiliser un outil frontalier automatisé par intelligence artificielle, baptisé detective border
.
Face à ces accusations, le ministère du Commerce et de l’Industrie (MTI) de Singapour a fermement réagi le 15 août.
Le MTI a également souligné que Singapour n’hésiterait pas non plus à prendre des mesures fermes et décisives à l’encontre de toute violation de ses lois, rappelant que les autorités locales exigent une transparence totale sur l’origine des flux de marchandises.
Les trois niveaux du réseau de transbordement selon Washington
Le rapport de la Maison-Blanche répartit près de 40 économies en trois catégories distinctes selon leur degré d’implication dans ce réseau d’échange transitaire. Le premier niveau rassemble de grandes plateformes d’exportation vers les États-Unis où le risque de transbordement est inhérent au commerce légitime, parmi lesquelles figurent le Canada, l’Union européenne, le Japon, Taïwan, Israël et l’Inde. Le deuxième niveau regroupe des économies fortement intégrées avec la Chine, telles que l’Indonésie, la Malaisie, la Thaïlande, le Vietnam, la Turquie et le Brésil.

Singapour a quant à elle été placée dans le troisième niveau. Ce groupe comprend des territoires qualifiés par le rapport de small opportunistic Chinese target
, c’est-à-dire de petites économies aux volumes de transbordement illégal absolus plus faibles, mais présentant des avantages spécifiques exploités par les circuits chinois, comme des zones franches ou des infrastructures portuaires optimisées.
Le cadre réglementaire et les mesures d’application locales à Singapour
La gestion des marchandises en transit à Singapour est strictement encadrée par la législation nationale. Le MTI a indiqué que le transbordement s’appuie sur la loi sur la réglementation des importations et des exportations de 1995 ainsi que sur la loi sur les biens stratégiques de 2002. En outre, une circulaire émise par les douanes singapouriennes en juin 2025 impose à l’ensemble des négociants et agents déclarants d’indiquer avec exactitude la région ou le pays d’origine lors du dépôt des demandes de permis.

Les entreprises sont tenues de conserver les justificatifs documentaires, incluant les preuves d’origine, pendant une période minimale de cinq ans. Pour illustrer cette rigueur administrative, le MTI a rappelé qu’une entreprise enregistrée à Singapour ainsi que trois individus ont été inculpés le 14 août pour leur implication présumée dans un stratagème visant à fausser les déclarations d’origine de produits de literie destinés au marché américain.
Perspectives pour la plateforme portuaire et le commerce international
Malgré les pressions exercées par la politique tarifaire américaine, l’activité portuaire de la cité-État demeure robuste. Comme le rapporte The Straits Times, le Port de Singapour a atteint un trafic de conteneurs record de 44,66 millions d’unités équivalentes vingt pieds (EVP) en 2025, soit une augmentation de 8,6 pour cent par rapport à 2024. Pour les analystes, cette surveillance accrue de Washington pourrait paradoxalement consolider la position de Singapour en tant que pôle de conformité de premier plan.
Chua Hak Bin, coresponsable de l’équipe de recherche macroéconomique de Maybank, estime que Singapour est bien positionnée pour investir dans les exigences technologiques de traçabilité plus rapidement que d’autres plaques tournantes du commerce. Toutefois, des experts avertissent que de telles restrictions réglementaires risquent de complexifier davantage les chaînes d’approvisionnement mondiales, poussant les entreprises à reconfigurer continuellement leurs schémas logistiques à travers le monde.
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