L’illusion du progrès : un ancien de Facebook remet en question l’optimisme technologique
SILICON VALLEY – Alors que les géants de la technologie promettent un avenir radieux, un ancien cadre de Facebook, Guillaume Hunter-Torricke, tire la sonnette d’alarme. Fort de plus de 15 ans passés au cœur de la Silicon Valley, il dénonce une vision du progrès trop simpliste et déconnectée des réalités du monde.
Hunter-Torricke, qui a travaillé sur des projets stratégiques chez Facebook, se souvient d’un climat où l’idée d’un avenir en constante amélioration était presque une religion. Son ancien patron, par exemple, avait récemment recommandé The Better Angels of Our Nature de Steven Pinker, un ouvrage qui soutient que la violence a diminué au cours de l’histoire, à travers son club de lecture public.
“J’ai argumenté avec Zuckerberg à ce sujet,” confie Hunter-Torricke. “Pour moi, cette vision est basée sur des arguments fragiles.” Il explique avoir souligné la “fragilité profonde” des institutions et des systèmes qui soutiennent la prospérité humaine. Selon lui, l’optimisme béat de la Silicon Valley ignore les signes alarmants : désintégration des États, points de bascule climatiques approchants, stagnation économique et creusement des inégalités.
Cette critique ne l’a pas empêché de continuer à percevoir un salaire chez Facebook. “J’ai calculé qu’il était préférable d’être à l’intérieur du système pour essayer de l’améliorer,” explique-t-il.
Mais l’expérience l’a profondément marqué. Sur le mur de son bureau, Hunter-Torricke avait affiché un article de journal datant de 1849, relatant le Congrès de la Paix de Paris. À l’époque, des intellectuels bourgeois de premier plan affirmaient que la guerre était révolue et que l’humanité s’engageait sur la voie d’un avenir pacifique. L’histoire a prouvé qu’ils avaient tort, les horreurs du XXe siècle étant encore à venir.
Ce document servait de rappel constant : le progrès historique n’est ni linéaire, ni inéluctable. Un avertissement particulièrement pertinent à l’heure où l’intelligence artificielle et les technologies disruptives sont présentées comme des solutions à tous les maux.
L’ONU, dans son rapport sur les Objectifs de Développement Durable de 2023, souligne que le monde est loin de respecter ses engagements en matière de réduction des inégalités, de lutte contre le changement climatique et de promotion de la paix. Selon les données de l’Organisation Mondiale du Commerce, la croissance du commerce mondial a ralenti en 2023, signe d’une économie mondiale fragilisée.
Hunter-Torricke ne prône pas un pessimisme fataliste, mais un réalisme lucide. Il appelle à une remise en question des certitudes technologiques et à une prise de conscience des défis complexes auxquels l’humanité est confrontée. Son témoignage, celui d’un initié, résonne comme un appel à l’humilité et à la prudence dans un monde en pleine mutation.
[Intégration potentielle d’une vidéo YouTube d’une conférence TED sur les risques de l’optimisme technologique, ou d’un post Instagram d’un activiste climatique soulignant les urgences environnementales.]
