Les États-Unis renforcent la défense contre les drones, après un faux-alerte et des inquiétudes croissantes
WASHINGTON – L’administration américaine intensifie ses efforts pour contrer la menace croissante des drones, à la suite d’un incident récent à la frontière américano-mexicaine et d’une prise de conscience accrue des vulnérabilités de l’espace aérien national. L’incident, survenu début février, a vu des forces de la douane et de la protection des frontières (CBP) abattre ce qu’elles pensaient être des drones de cartels de la drogue près de Fort Bliss, au Texas, qui se sont avérés être des ballons de fête métallisés.
Cet événement, bien que finalement anodin, a mis en lumière les défis liés à l’identification et à la neutralisation des drones, ainsi que le manque de coordination entre les agences gouvernementales. Il a également coïncidé avec la publication d’une nouvelle politique du Département de la Défense (DoD) visant à donner aux commandants plus de latitude pour défendre l’espace aérien contre les menaces potentielles.
“L’espace aérien du Département de la Guerre est interdit, et nos commandants sur le terrain ont le pouvoir discrétionnaire de défendre notre espace aérien contre toutes sortes de menaces liées aux UAS,” a déclaré un communiqué du DoD publié le 6 février. La politique vise à remplacer une dizaine de mémorandums obsolètes et à encourager une culture de réactivité face à la prolifération des drones.
La situation souligne une préoccupation croissante au sein des cercles de la sécurité nationale. Selon un rapport de 2023 du Center for Strategic and International Studies (CSIS), le nombre d’incidents impliquant des drones non identifiés a augmenté de manière significative ces dernières années, avec des implications potentielles pour la sécurité des infrastructures critiques, des événements de masse et des forces militaires.
Une menace en évolution
La menace des drones est complexe et en constante évolution. Les drones sont de plus en plus sophistiqués, autonomes et accessibles, ce qui les rend attrayants pour une variété d’acteurs, allant des criminels et des terroristes aux États-nations hostiles.
Un décret exécutif signé par l’ancien président Donald Trump en juin 2025, intitulé “Restaurer la souveraineté de l’espace aérien américain”, a souligné les risques posés par les drones, notamment leur utilisation par les cartels de la drogue pour le trafic de fentanyl et la surveillance des forces de l’ordre. Le décret a appelé à la création d’un centre national de formation pour la lutte contre les drones et à la sécurisation des grands événements nationaux, tels que la Coupe du Monde de la FIFA 2026 et les Jeux Olympiques d’été de 2028.
En réponse, le FBI a établi le National Counter-UAS Training Center (NCUTC) à Redstone Arsenal, en Alabama, en décembre 2025. Le centre forme les forces de l’ordre des États, des collectivités locales, des tribus et des territoires à détecter, identifier et contrer les drones.
Nouvelles technologies et coopération inter-agences
Le gouvernement américain investit également dans de nouvelles technologies pour contrer la menace des drones. Le Département de la Défense a récemment autorisé la CBP à utiliser un système laser à énergie dirigée de 20 kilowatts, connu sous le nom de LOCUST, à Fort Bliss.
La coopération inter-agences est également essentielle. Le Joint Interagency Task Force 401 (JIATF 401), créé en août 2025, est chargé de coordonner les efforts de lutte contre les drones à travers le gouvernement. Récemment, le directeur du JIATF 401, le brigadier général Matt Ross, a rencontré des responsables du FBI au NCUTC pour discuter des préparatifs de sécurité pour la Coupe du Monde de la FIFA.
Restrictions sur les drones étrangers
Les inquiétudes concernant la sécurité nationale ont également conduit à des restrictions sur les drones fabriqués à l’étranger. En décembre dernier, la Commission fédérale des communications (FCC) a mis à jour sa “liste couverte” pour interdire l’importation de drones et de composants de drones fabriqués par des entreprises étrangères considérées comme présentant un risque pour la sécurité nationale. La FCC a souligné que les drones étrangers peuvent être utilisés pour collecter des données sensibles, permettre un accès non autorisé à distance ou être désactivés à distance par le biais de mises à jour logicielles.
Les experts soulignent la difficulté de distinguer les drones hostiles des drones civils, en particulier dans les zones urbaines. BAE Systems, un important entrepreneur de la défense, a souligné dans une brochure que la détection de petits drones peu coûteux est un défi opérationnel persistant, en raison de leur faible signature radar, de leur faible émission de fréquences radio et de leur capacité à voler de manière autonome.
La situation est complexe et nécessite une approche multidimensionnelle, combinant des technologies avancées, une coopération inter-agences renforcée et une réglementation appropriée. La récente série d’événements, du faux-alerte à la frontière à l’intensification des efforts de formation et de développement technologique, témoigne de la détermination du gouvernement américain à relever ce défi croissant.
Source : The Cipher Brief
