Martin Shkreli relance la bataille pour l’album unique du Wu-Tang Clan, réclamant la propriété des droits d’auteur
NEW YORK (AP) – L’odyssée juridique autour de Once Upon a Time in Shaolin, l’album unique du Wu-Tang Clan vendu à prix d’or, connaît un nouveau rebondissement. Martin Shkreli, l’ancien dirigeant pharmaceutique controversé, a déposé une contre-plainte contre RZA, membre fondateur du groupe légendaire, affirmant qu’il détient toujours la moitié des droits d’auteur de l’album.
Cette nouvelle offensive juridique intervient dans le cadre d’une bataille complexe qui a débuté en 2015, lorsque Shkreli a acquis l’album pour 1,5 million de dollars dans le cadre d’un accord opaque avec RZA et le producteur Cilvaringz. L’album, présenté comme une œuvre d’art unique, était enfermé dans un coffre en nickel-argent gravé, accompagné d’un certificat d’authenticité en feuille d’or et d’un manuscrit détaillé.
L’affaire a pris une tournure dramatique en 2017, lorsque Shkreli a été reconnu coupable de fraude aux valeurs mobilières et condamné à sept ans de prison. Le gouvernement américain a saisi l’album dans le cadre de la procédure de recouvrement des fonds destinés aux victimes de ses escroqueries. En 2021, Once Upon a Time in Shaolin a été vendu aux enchères pour 4 millions de dollars au collectif d’art numérique PleasrDAO, dans le but de rembourser les victimes de Shkreli.
Shkreli conteste désormais la légitimité de cette vente, arguant qu’il avait droit à la moitié des revenus de l’album, et qu’il lui reviendrait l’intégralité des droits d’auteur en 2103. Il accuse RZA et Cilvaringz d’avoir réclamé et revendu illégalement les droits d’auteur sans son consentement, aboutissant à une “double vente” avec PleasrDAO.
PleasrDAO a intenté une action en justice contre Shkreli en juin 2024, l’accusant de conserver illégalement des copies de l’album et de menacer de les diffuser au public. Un juge fédéral a autorisé la poursuite à progresser, estimant que l’album pouvait être considéré comme un secret commercial illégalement détenu par Shkreli.
“M. Shkreli a tout au long de cette affaire cherché à distraire et à retarder, avec des actions que le tribunal a constamment et fermement rejetées”, a déclaré Steven Cooper, l’avocat principal de PleasrDAO, dans un communiqué. “Ces contre-allégations subiront le même sort. Elles sont tardives, non recevables et affirment étrangement que M. Shkreli a conservé des droits sur l’album alors qu’il était soumis à une ordonnance du tribunal lui enjoignant de renoncer à tous ses droits dans le cadre de sa condamnation pénale.”
L’affaire soulève des questions complexes sur la propriété intellectuelle, les droits d’auteur et la valeur de l’art dans un monde de plus en plus numérique. Elle met également en lumière le passé trouble de Martin Shkreli, surnommé le “pharma bro” pour avoir augmenté de manière spectaculaire le prix d’un médicament essentiel pour les patients atteints du VIH et du cancer.
RZA avait exprimé des regrets quant à la vente de l’album dans une interview précédente à Rolling Stone, confessant qu’il aurait aimé pouvoir le conserver dans sa propre maison. “C’était difficile pour moi de vendre cet album parce que je voulais qu’il soit sur ma table de salon”, avait-il déclaré.
PleasrDAO, de son côté, a cherché à partager l’album avec les fans en vendant des NFT (jetons non fongibles), dans le but de démocratiser l’accès à cette œuvre d’art unique. “Cette belle œuvre d’art, cette ultime protestation contre les intermédiaires et les profiteurs de la musique et des artistes, a mal tourné en tombant entre les mains de Martin Shkreli, le méchant ultime d’Internet”, avait déclaré Jamis Johnson, le “Chief Pleasing Officer” de PleasrDAO, en 2021. “Nous voulons que ce soit nous qui ramenions cela au peuple. Nous voulons que les fans participent à cet album à un certain niveau.”
L’issue de cette bataille juridique reste incertaine, mais elle promet de continuer à captiver l’attention du public et des experts du droit de la propriété intellectuelle. L’affaire souligne également l’impact durable des actions de Shkreli, même après sa sortie de prison, et la complexité croissante de la valorisation et de la protection des œuvres d’art à l’ère numérique.
