Le milieu littéraire malayalam est secoué par une controverse majeure suite à des allégations de plagiat visant le roman « Kalachi » de K.R. Meera, publié en 2025. L’autrice Haritha Savithri affirme que cet ouvrage présente des similitudes narratives frappantes avec son propre roman, « Sin », paru en 2022, déclenchant un vif débat public.
Une controverse née des similitudes narratives
Au cœur de cette discorde se trouve le récit d’une quête personnelle dans des zones de conflit. Selon les informations rapportées par Janmabhumi, les deux romans partagent une structure de base identique : une femme voyageant vers des régions étrangères instables à la recherche de son amant. Alors que dans le roman de Haritha Savithri, « Sin » — lauréat du prix de la Kerala Sahitya Akademi en 2023 — l’héroïne se rend en Turquie, le personnage de K.R. Meera dans « Kalachi » traverse le Kazakhstan.


Ces trajectoires, marquées par des violences ethniques et des ingérences administratives, ont conduit de nombreux lecteurs et critiques à souligner des correspondances troublantes. Comme le note reporterlive.com, la discussion s’est intensifiée sur les réseaux sociaux, où les amateurs de littérature comparent minutieusement les intrigues des deux œuvres. Le roman « Kalachi », édité par DC Books, a bénéficié d’un lancement promotionnel massif lors de la foire du livre de Kochi en janvier 2025, positionnant l’ouvrage comme l’un des titres phares de la rentrée littéraire au Kerala. En comparaison, « Sin », publié par Mathrubhumi Books en 2022, avait été salué par la critique pour son exploration psychologique des traumatismes liés à l’exil, menant à sa distinction prestigieuse par l’académie littéraire régionale.
La prise de parole de Haritha Savithri
Haritha Savithri a exprimé son trouble face à la découverte de ces ressemblances. Dans une publication sur Facebook, elle a dénoncé, sans citer nommément K.R. Meera, les pratiques de certains auteurs qu’elle qualifie de « stratagèmes vils des plagiaires littéraires du monde entier ». Elle a notamment souligné que si changer les noms des personnages ou le genre n’efface pas l’essence d’une œuvre, l’appropriation demeure indéniable.
« Il est possible d’être une brindille, mais la couleur verte de mes feuilles et mes nouvelles pousses sont à moi, et à moi seul. » Haritha Savithri, autrice de « Sin », via Samakalika Malayalam
Dans son témoignage, relayé par Metro Vaartha, l’écrivaine confie avoir tenté d’ignorer ce sentiment de malaise, pensant initialement qu’il s’agissait d’une impression subjective. Cependant, face à la récurrence des remarques de ses lecteurs, elle a estimé qu’il était devenu nécessaire de briser le silence. Elle décrit une expérience de lecture pénible, où elle a retrouvé dans « Kalachi » des éléments structurels qu’elle considère comme étant les siens : le départ contre l’avis des proches, la difficulté du voyage et l’absence de résolution claire dans la relation amoureuse à la fin du récit. Les critiques littéraires, tels que ceux cités par le portail Kerala Kaumudi, ont noté que la structure narrative en trois actes, propre à « Sin », se retrouve presque calquée dans le découpage des chapitres de « Kalachi », une observation qui a alimenté les demandes d’examen formel de la part de l’Association des Écrivains du Kerala.
Silence et résonance dans le paysage littéraire
Alors que la polémique enfle, K.R. Meera, figure majeure de la littérature contemporaine et récipiendaire du prix Odakkuzhal, n’a pas encore répondu publiquement aux accusations. Selon Asianet News, l’autrice de « Kalachi » a gardé le silence sur ce dossier, malgré l’ampleur prise par le débat dans les cercles littéraires et sur les plateformes numériques. L’agence littéraire représentant Meera n’a pas non plus émis de communiqué officiel pour clarifier les conditions de rédaction du manuscrit, malgré les pressions exercées par des groupes de défense des droits d’auteur basés à Thiruvananthapuram.

L’impact de cette controverse dépasse le cadre privé des deux autrices. Le milieu éditorial malayalam, traditionnellement protecteur de ses figures de proue, se retrouve divisé. Certains éditeurs indépendants ont appelé à une médiation par le biais du Kerala Sahitya Akademi pour éviter que de telles affaires ne nuisent à la crédibilité des œuvres traduites à l’international. Parallèlement, des discussions en ligne sur des plateformes comme Goodreads India ont vu des lecteurs exiger une comparaison ligne à ligne des passages incriminés, une pratique rare qui souligne l’intensité de la mobilisation numérique. K.R. Meera, dont les précédentes œuvres comme « Hangwoman » ont été traduites dans plusieurs langues, fait face à une surveillance accrue : ses fans attendent une déclaration, craignant que cette affaire ne ternisse la réception de son dernier opus, qui était pressenti pour plusieurs nominations aux prix littéraires de fin d’année 2026.
Le cas actuel soulève des questions plus larges sur l’originalité et la réutilisation de thèmes dans la fiction moderne. Pour l’heure, la communauté littéraire reste divisée, certains internautes prenant la défense de la liberté de création tandis que d’autres exigent des explications sur les similitudes structurelles identifiées entre les deux textes. La situation demeure en évolution, alors que le public attend une éventuelle clarification de la part de l’équipe éditoriale ou de l’autrice concernée. Des sources au sein de l’industrie du livre à Kozhikode suggèrent que si aucune réponse n’est apportée avant la prochaine conférence des écrivains prévue en juillet, le débat pourrait se déplacer vers une action juridique, les conseils de Haritha Savithri ayant commencé à évaluer les clauses de protection intellectuelle stipulées dans les contrats de publication standard au Kerala.
