L’intelligence artificielle n’effraie pas les aînés : une classe à Singapour brise les idées reçues
Singapour – Susanna Lau, 70 ans, a esquissé un sourire en regardant son écran. L’intelligence artificielle avec laquelle elle jouait venait de générer une recette de Hokkien mee, un plat de nouilles sautées dans un bouillon de fruits de mer, qu’elle a qualifié de « extravagant ».
Autour d’elle, quinze retraités, âgés de 60 à 70 ans, étaient penchés sur leurs ordinateurs portables, expérimentant avec des modèles d’IA et réagissant, souvent à voix haute, à leurs possibilités. Cette scène, qui s’est déroulée dans le cadre d’un atelier communautaire à Singapour animé par Asif Saleem, responsable des services financiers chez Google pour le Japon et l’Asie-Pacifique, témoigne d’une réalité surprenante : l’intérêt croissant des seniors pour l’intelligence artificielle.
Loin d’être intimidés, ces participants ont passé plus de quatre heures à poser des questions, à tester des requêtes et à explorer les applications potentielles de l’IA dans leur vie quotidienne. Certains étaient motivés par la peur d’être laissés pour compte, d’autres par le scepticisme, mais tous étaient unis par une volonté d’apprendre et de se perfectionner, prouvant que l’éducation ne s’arrête pas avec l’âge.
La première heure de l’atelier a été consacrée aux bases : qu’est-ce que l’IA, qu’est-ce qu’un grand modèle linguistique et comment fonctionne l’IA multimodale. Les questions ont fusé. Les participants ont interrogé Saleem sur les vidéos d’IA qu’ils avaient vues sur les réseaux sociaux, leur fiabilité et la sécurité de leurs données personnelles lorsqu’elles sont saisies dans un chatbot.
L’atelier a ensuite exploré l’utilisation de l’IA pour des tâches créatives. Les participants ont été invités à générer des images avec Gemini, l’outil de Google, en s’inspirant de leurs loisirs. Au-delà de la simple création d’images, Lau a appris à affiner ses requêtes pour obtenir des recettes complètes, des noms de plats originaux et des suggestions d’ingrédients supplémentaires.
D’autres exercices ont également captivé l’attention des seniors, comme la création de cartes postales de voyage à partir d’images générées par l’IA représentant des lieux qu’ils avaient visités. Ann Seow, 60 ans, a été impressionnée par la capacité de l’IA à « comprendre le langage et à créer une œuvre interprétative, comme une œuvre d’art ».
L’atelier a également abordé des outils plus avancés, comme NotebookLM, qui permet de transformer des rapports en résumés textuels, audio, visuels ou en présentations. Si cet outil est généralement destiné aux étudiants et aux professionnels, les participants ont rapidement compris son utilité pour simplifier des documents complexes et gagner du temps.
« Cela m’aurait fait gagner tellement de temps lorsque je travaillais sur des diapositives PowerPoint », a déclaré Seow.
L’un des moments forts de l’atelier a été la démonstration de la création d’une application web simple grâce au vibe coding avec Google AI Studio. Bien que le temps n’ait pas permis aux participants de s’essayer eux-mêmes, la présentation d’une application du Nouvel An lunaire capable d’identifier le signe du zodiaque a suscité l’enthousiasme.
Au terme de l’atelier, Cindy Ang, une autre participante, a confié être venue avec des « sentiments mitigés », craignant de devenir « inutile » face à l’essor de l’IA. Elle s’inquiétait également du potentiel incontrôlable de cette technologie. Cependant, elle est repartie convaincue que les seniors « doivent s’engager avec l’IA plutôt que de la rejeter ».
« L’IA est là pour rester. Qu’on le veuille ou non, nous devons nous y adapter », a-t-elle déclaré, tout en soulignant l’importance de ne pas perdre de vue son propre jugement et son esprit critique.
Seow a également exprimé une préoccupation concernant le risque d’un « fossé informationnel » entre les générations, soulignant que les seniors n’ont pas grandi avec les technologies numériques et peuvent avoir besoin de plus de temps pour comprendre les nouveaux concepts.
Malgré ces défis, l’atelier a démontré que l’apprentissage de l’IA est non seulement possible pour les seniors, mais aussi bénéfique. Ang a même plaisanté en demandant si elle pourrait utiliser l’IA pour l’aider à rédiger ses réflexions sur l’atelier, illustrant ainsi l’ouverture d’esprit et la curiosité de ces participants face à l’avenir.
