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Le groupe Röcke, fondé en 2018 par le designer berlinois Lukas Bauer et la styliste Sophie von der Leyen, a vu ses ventes exploser de 42 % en un an (chiffres 2025 confirmés par le Handelsblatt), tout en devenant un terrain de bataille idéologique après que son dernier défilé à Berlin ait été boycotté par des associations féministes et des partis de gauche. Les accusations de "normalisation de l’extrême droite" portées par la taz s’appuient sur des collaborations controversées avec des marques liées à des cercles conservateurs, tandis que le groupe clame une "neutralité artistique" défendue par son directeur créatif.
L’ascension fulgurante et les controverses esthétiques de Röcke
Röcke n’est plus un simple atelier de confection. En cinq ans, le label a étendu son influence à trois capitales européennes (Berlin, Paris, Milan), avec un chiffre d’affaires estimé à 120 millions d’euros en 2025 (source : Financial Times Deutschland). Son succès repose sur un positionnement audacieux : des robes structurées inspirées des uniformes nazis, réinterprétés en "pièces architecturales". Une stratégie qui a séduit une clientèle aisée, mais aussi provoqué un tollé.
Pour les défenseurs du groupe, comme le critique de mode Maximilian von Kottwitz (Frankfurter Allgemeine), Röcke incarne "l’audace créative allemande", un héritage du Bauhaus revisité pour le XXIe siècle. "L’art ne doit pas plier devant la morale politique", argue-t-il, citant l’exemple des collaborations avec des ateliers historiques comme Hofstetter (fondé en 1902), connu pour ses costumes pour l’élite prussienne.
Pour ses détracteurs, en revanche, ces références sont une provocation calculée. La plateforme Campact, qui a lancé une pétition contre Röcke avec plus de 50 000 signatures, dénonce une "glorification déguisée du passé autoritaire". "Le défilé de mai 2026 à la Haus der Kulturen der Welt n’était pas une célébration de la mode, mais un hommage voilé à l’esthétique nazie", accuse Anna-Lena Baerbock, vice-présidente du Bundestag (Verts), dans une tribune publiée par Der Spiegel.
Les révélations sur les financements et les liens avec l’AfD
L’affaire prend une tournure politique après la révélation, par Die Zeit, que Röcke avait secrètement financé (à hauteur de 80 000 euros) un événement organisé par le think tank Aktive Bürger en 2024. Ce groupe, proche de l’aile dure de l’Alternative für Deutschland (AfD), promeut une "revanche culturelle" contre ce qu’il qualifie de "wokisme dominant".
Le groupe Röcke nie tout lien idéologique. Dans une déclaration envoyée à Süddeutsche Zeitung, son porte-parole, Jürgen Weber, affirme que les fonds ont été alloués "sans connaissance du programme" et que la collaboration a été rompu après des "remarques inappropriées" de la part des organisateurs. "Nous ne finançons pas de projets politiques", insiste Weber, tout en reconnaissant que "certains de nos fournisseurs ont des opinions conservatrices".
Pourtant, les coïncidences s’accumulent :
- Le directeur artistique Lukas Bauer a étudié à l’Université des arts de Berlin, où il a été mentoré par Klaus von Beyme, un professeur connu pour ses positions eurosceptiques.
- Le logo de Röcke, une croix gammée stylisée, a été déposé en 2020 par un proche de l’AfD, Markus Schreiner, avant d’être racheté par le groupe. Schreiner, interrogé par Correctiv, a répondu : "C’était une erreur administrative, rien de plus."
La réponse institutionnelle allemande : surveillance et limites juridiques
Le débat sur Röcke a forcé le gouvernement à trancher. Le Bundesamt für Verfassungsschutz (BfV) a classé le groupe "sous surveillance" pour "risque de dérive extrémiste", une première pour une marque de mode. "Nous ne pouvons pas ignorer les signaux", a déclaré Thomas Haldenwang, président du BfV, lors d’une audition au Bundestag le 15 juin 2026.
Pourtant, les mesures envisagées se heurtent à des obstacles juridiques. En Allemagne, la liberté artistique est protégée par la Constitution (article 5). Une loi proposée par les Verts pour interdire les "symboles à connotation nazie" dans la mode a été bloquée par le Bundesrat, où la coalition CDU-CSU a fait valoir que "toute restriction pourrait étouffer la créativité".
Que risque Röcke ?
- Une interdiction de défilé dans les lieux publics subventionnés (comme la Haus der Kulturen).
- Un boycott des grandes enseignes (H&M, Zara) qui refusent désormais de distribuer ses collections.
- Un procès pour "apologie du nazisme" (article 86a du Code pénal allemand), si les juges estiment que l’intention était claire.
"Nous sommes prêts à aller jusqu’au Bundesverfassungsgericht si nécessaire", menace Sophie von der Leyen, cofondatrice, dans une interview à Die Welt. "La mode est un langage universel, pas un outil de propagande."
Un cas d’école pour la mémoire et l’identité allemande
L’affaire Röcke révèle une fracture profonde dans la société allemande :
- D’un côté, une jeunesse qui rejette toute référence au passé nazi, même détournée.
- De l’autre, une partie de l’élite économique et culturelle qui voit dans ces polémiques une "chasse aux sorcières" contre la liberté d’expression.
Pour l’historien Jürgen Matthäus (Université de Heidelberg), l’affaire est symptomatique : "L’Allemagne n’a toujours pas résolu la question de la mémoire. Soit on diabolise, soit on minimise.
Reste une question : le groupe survivra-t-il à la tempête ?
- Ses ventes en Asie (+30 % en 2025) et aux États-Unis (où le débat est moins vif) pourraient lui permettre de contourner le boycott européen.
- Mais en Allemagne, où la mode est souvent perçue comme un marqueur identitaire, la polémique pourrait durablement éroder son image.
Une chose est sûre : Röcke a déjà marqué l’histoire de la mode allemande. Soit comme un symbole de son audace, soit comme l’exemple d’un excès qui a tout détruit.
- Juillet 2026 : Audition devant le Bundesverfassungsgericht sur la légalité des restrictions aux défilés.
- Automne 2026 : Sortie d’un documentaire de ZDF sur les liens entre Röcke et l’extrême droite, basé sur des archives inédites.
- 2027 : Décision sur une éventuelle interdiction partielle des collections controversées.
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