Le groupe de luxe suisse Richemont et le distributeur américain Signet Jewelers mènent des discussions avancées pour rejoindre le Global Diamond Consortium en vue de racheter le géant diamantaire De Beers à Anglo American, selon des informations publiées le 15 octobre 2026.
La transaction potentielle évalue la participation de 85 % mise en vente par Anglo American à environ un milliard de dollars, tandis que le gouvernement du Botswana détient les 15 % restants du capital. Les négociations, rapportées par l’agence Reuters et initialement révélées par Bloomberg News, s’inscrivent dans un contexte de restructuration profonde de l’industrie minière face à la baisse des prix et à la concurrence des pierres de synthèse.
Les ambitions stratégiques du propriétaire de Cartier
Pour le groupe Richemont, propriétaire de Cartier et de Van Cleef & Arpels, cette démarche vise d’abord à consolider sa position sur le marché des pierres précieuses. La division joaillerie du conglomérat représente environ les trois quarts de ses activités, et son président et actionnaire de contrôle Johann Rupert a publiquement réaffirmé son attachement aux diamants naturels dans la joaillerie haut de gamme.
Disposant d’une solide assise financière avec environ neuf milliards d’euros de trésorerie nette à la fin du mois de juin, le groupe suisse pèse près de 113 milliards de dollars en Bourse. Une telle solidité financière contraste nettement avec la valorisation modeste attribuée au diamantaire.
Nous considérons que la participation potentielle de Richemont revêt une importance stratégique, mais qu’elle relève davantage de l’image de marque et du positionnement à long terme dans le secteur des diamants naturels que d’un événement financier.
Photo : ceotodaymagazine.com
Le défi de la relance de la demande et les risques du marché
Les analystes soulignent que le problème de De Beers au cours de la dernière décennie n’a pas résidé dans ses opérations minières, exécutées sans heurts, mais dans sa capacité à stimuler la demande finale. Contrairement au cuivre ou au fer, les diamants nécessitent un effort constant de séduction auprès des consommateurs.
L’intégration de géants de la vente au détail au sein du Global Diamond Consortium — mené par l’ancien directeur général de De Beers, Gareth Penny — apporterait précisément cette expertise en aval. Aux côtés de Richemont, le géant américain de la bijouterie Signet Jewelers, propriétaire des enseignes Kay Jewelers, Zales et Jared, discute également d’une participation.
Acteur impliqué
Marques ou rôles principaux
Trésorerie ou chiffre d’affaires récent
Richemont
Cartier, Van Cleef & Arpels
Environ 9 milliards d’euros de trésorerie nette
Signet Jewelers
Kay Jewelers, Zales, Jared
6,81 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel
De Beers
Exploration et extraction minière
3,49 milliards de dollars de chiffre d’affaires (2025)
Pourtant, l’investissement comporte des zones d’ombre financières. Le conglomérat diamantaire a affiché un chiffre d’affaires de 3,49 milliards de dollars en 2025, accompagné d’une perte d’EBITDA sous-jacente de 511 millions de dollars, et l’entreprise enregistre des pertes depuis 2023. Cette situation a conduit Anglo American à comptabiliser trois dépréciations d’actifs en trois ans, réduisant la valeur comptable de sa filiale à environ 2,3 milliards de dollars en février 2026.
Toute issue à ce processus dépendra de la décision de l’État botswanais. Détenteur de 15 % du capital de De Beers, le gouvernement dispose d’un droit de préemption sur les parts mises en vente.
Des pourparlers sont en cours entre le consortium et les autorités locales pour éventuellement porter la part du Botswana à environ 25 %. La présidence botswanaise a indiqué par l’intermédiaire d’un porte-parole qu’aucun commentaire ne serait formulé avant la conclusion et la signature officielle d’une transaction, dont l’aboutissement est espéré par les responsables au cours du quatrième trimestre de 2026.