Rhumatismes : des douleurs neuropathiques persistent sous traitement

Une étude croisée menée à l’hôpital militaire d’instruction Mohammed V de Rabat entre le 1er janvier et le 1er mars 2026 révèle que des caractéristiques de type neuropathique persistent chez les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde et de spondylarthrite sous thérapies ciblées.

La prise en charge des rhumatismes inflammatoires chroniques se heurte à un constat persistant dans les services de rhumatologie : la douleur ne disparaît pas toujours, même lorsque l’inflammation objective semble maîtrisée. Une étude transversale publiée dans Cureus a analysé un échantillon de 155 patients sous traitements ciblés — dont 78 atteints de polyarthrite rhumatoïde et 77 de spondylarthrite — pour évaluer la prévalence de ces manifestations neuropathiques. Les résultats montrent que les patients continuent de souffrir malgré l’utilisation de traitements modificateurs de la maladie biologiques ou ciblés synthétiques.

Évaluation des symptômes neuropathiques sous traitements ciblés

Pour dépister ces profils douloureux particuliers, les investigateurs ont eu recours à des outils validés, notamment les questionnaires Douleur Neuropathique 4 et painDETECT. Les données recueillies indiquent que le score médian au painDETECT s’établit à 6 pour la polyarthrite rhumatoïde et à 8 pour la spondylarthrite. L’analyse statistique par le test de Mann-Whitney U met en évidence une différence significative entre les deux groupes.

Dans le détail, les catégories du painDETECT répartissent les patients de la manière suivante :

  • Polyarthrite rhumatoïde : 61 patients classés comme douleur neuropathique improbable, 5 dans la zone incertaine, et 12 où la douleur neuropathique est jugée probable.
  • Spondylarthrite : 53 patients sans profil neuropathique clair, 8 cas incertains, et 16 patients classés en tant que douleur neuropathique probable.

L’utilisation du score DN4 permet d’identifier une proportion similaire de positivité, touchant 24,4 % des patients atteints de polyarthrite rhumatoïde et 27,3 % de ceux souffrant de spondylarthrite. Les analyses univariées confirment que l’intensité de la douleur mesurée par échelle visuelle analogique reste le facteur le plus solidement lié à cette positivité dans les deux pathologies.

Comparaison des facteurs associés entre polyarthrite et spondylarthrite

Les modèles multivariés ajustés pour l’activité de la maladie, l’altération fonctionnelle et l’intensité douloureuse révèlent des nuances importantes entre les affections. Pour les patients suivis pour une spondylarthrite, une intensité douloureuse élevée s’associe de manière significative à un score DN4 positif avec un odds ratio ajusté de 1,90. Les liens avec l’indice fonctionnel BASFI atteignent la limite de la signification statistique, tandis que le score d’activité ASDAS-CRP ne montre pas d’association significative.

Du côté de la polyarthrite rhumatoïde, les analyses multivariées confirment également le rôle central de la douleur actuelle dans la positivité du DN4. Les chercheurs soulignent que les associations avec l’activité inflammatoire mesurée par le DAS28-CRP ou le handicap fonctionnel évalué par le HAQ ne conservent pas de signification statistique après ajustement complet.

Groupe de patients Évaluation DN4-positif Facteur associé principal (Modèle multivarié)
Polyarthrite rhumatoïde (n = 78) 19 patients (24,4 %) EVA douleur (aOR 2,77)
Spondylarthrite (n = 77) 21 patients (27,3 %) EVA douleur (aOR 1,90)

La douleur neuropathique persiste malgré les traitements ciblés

Les instruments de mesure comme l’inventaire de la sensibilisation centrale permettent d’objectiver un ensemble de plaintes composites associant fatigue, troubles du sommeil et détresse psychologique chez une part importante des patients.

Comme l’ont souligné les auteurs de l’étude menée au Maroc, d’après Cureus : « La douleur persistante malgré un traitement ciblé reste un défi majeur chez les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde et de spondylarthrite, et des caractéristiques de type douleur neuropathique peuvent contribuer à cette douleur résiduelle. »

L’ensemble de ces travaux souligne la nécessité d’intégrer une évaluation systématique des composantes neuropathiques et nociplastiques lors du suivi des rhumatismes inflammatoires. Les équipes médicales poursuivent leurs investigations pour déterminer si ce dépistage ciblé des caractéristiques neuropathiques permettra d’ajuster les stratégies thérapeutiques face à la persistance de la douleur sous biothérapies.

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