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Quand la nature aide à lutter contre les îlots de chaleur

Quand la nature aide à lutter contre les îlots de chaleur

A deux reprises au printemps 2022, le rafraîchissement des villes s’est infiltré dans les crédits de l’Etat, à hauteur de plusieurs centaines de millions d’euros. Le 28 avril, après les premières alertes à la sécheresse, la nomination du délégué inter ministériel Frédéric Veau envoyait le premier signal. La désimperméabilisation des espaces urbains jalonne sa feuille de route, tracée par les ministres de l’Agriculture, de la Transition écologique, de l’Industrie et de la Biodiversité et financée par l’augmentation des plafonds de dépenses des agences de l’eau de 100 M€ pour l’année en cours. Face à l’urgence climatique, l’agence Rhône Méditerranée Corse, l’une des bénéficiaires pour 22 M€, motive son accompagnement technique et financier par la nécessité de « penser la ville dans la nature ».

Rebelote le 14 juin : à l’issue de son premier Conseil des ministres et avant même les résultats définitifs des élections législatives qui l’ont confirmée à la tête du gouvernement, Elisabeth Borne lançait un fonds de 500 M€ dédié à la renaturation des villes. La quatrième canicule en cours confirme la nécessité de cette action destinée à cofinancer les projets des collectivités, avec l’appui des satellites techniques et financiers de l’Etat : le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema), l’Ademe, l’Office français de la biodiversité (OFB) et la Caisse des dépôts.

De la ville à la cour d’immeuble. Certes, l’ingénierie publique n’a pas attendu les annonces politiques du printemps dernier pour communiquer sur des modèles à suivre, publier des études techniques ou accompagner des projets innovants qui familiarisent les aménageurs avec le b.a.-ba du rafraîchissement urbain. « Tout tourne autour du triptyque eau- sol-végétal », résume Julien Bouyer, chercheur en climatologie urbaine au Cerema. Avec cet été caniculaire, l’accompagnement opérationnel de l’Etat fait espérer qu’aménager avec la nature devienne la norme. A l’échelle de la ville, du quartier et de la cour d’immeuble, trois projets en phase pré-opérationnelle alimentent cette dynamique.

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Avec cet été caniculaire, l’accompagnement opérationnel de l’Etat fait espérer qu’aménager avec la nature devienne la norme

Initiée à la mesure des impacts climatiques de ses aménagements grâce aux études accompagnées par le Cerema sur la place Delille, la Ville de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) change de braquet. Au centre de la métropole et au croisement des deux lignes de bus à haut niveau de service annoncées pour 2026 dans le cadre du projet InspiRe, les avenues brûlantes se métamorphoseront en « allées du Cardo », un investissement de 10 M€ sur 3,2 ha à réaliser entre 2024 et 2026. Sous les 190 arbres prévus par In Situ Paysages et Urbanisme (lire ci-dessus), des graminées et des fleurs locales traceront la continuité végétale le long des circulations douces aménagées sur des sols perméables. Emblème auvergnat des jardins botaniques du XIXe siècle, le parc Lecoq sortira de ses grilles pour déborder sur les allées. Partie prenante du groupement de maîtrise d’œuvre, l’ingénieur fontainier Philippe Carton s’emploie à diffuser l’eau sans la gaspiller, grâce aux émanations humides des fontaines moussues.

La détermination des municipalités semble encourager les promoteurs à suivre ce chemin, comme le montre le projet Bruges II à Dijon (Côte-d’Or). Dès les premières esquisses commandées par Linkcity (filiale de Bouygues Construction) sur un terrain de 4,5 ha, l’architecte et urbaniste Philippe Madec a pris des dispositions – réouverture et élargissement de la rivière Ouche, sanctuarisation de 5 000 m2 pour une activité de maraîchage – respectées par Plages Arrière, concepteur des 32 000 m2 SP à dominante résidentielle, dont une première tranche est en phase de consultation des entreprises. La Ville de Dijon et le promoteur se sont entourés de chercheurs de l’université de Bourgogne-Franche-Comté et du Centre d’excellence en efficacité énergétique et développement durable (C3E2D) pour mesurer les impacts thermiques de cinq facteurs : végétation, perméabilité du sol, eau, vent et couleur des revêtements. « La modélisation permet de gagner en précision », justifiait Virginie Alonzi, directrice prospective de Bouygues Construction, le 4 juillet lors de la dernière édition du Moniteur Innovation Day. « Pour éviter que les ambitions soient revues à la baisse en cours d’opération, nous avons négocié en amont l’égalité de traitement entre le végétal et les infrastructures, comme les conduites de gaz, d’eau, de chaleur ou d’électricité », précise le paysagiste Vincent Mayot.

Dans la ceinture de briques rouges constituée par les habitations à bon marché (HBM) construites entre les deux guerres autour de la capitale, la Régie immobilière de la Ville de Paris (RIVP) pose les jalons d’un archipel de fraîcheur, sous la pression de ses locataires car, constate son directeur technique, Simon Molesin, « désormais, ils se plaignent davantage de la chaleur estivale que du froid ». Dans cette optique, le bailleur a confié en 2021 une étude à la jeune agence d’architecture Fieldwork et examine les conditions d’une opération pilote à la porte d’Orléans (XIVe) avant d’envisager une reproduction à grande échelle. Chemin faisant, il apprendra à décliner le mot climat dans tous les sens : le travail sur la matière vivante promet de nouveaux usages des espaces communs. Végétal rime avec convivial.

« Nous misons de plus en plus sur le sol », Emmanuel Jalbert, P-DG d’In Situ

Mieux vaut creuser des fosses confortables que d’investir dans de grands arbres. Sur les berges du Rhône, à Lyon, les petits sujets ont rapidement doublé les grands. D’un projet à l’autre, nous misons de plus en plus sur le sol, tout en inscrivant la trame végétale dans l’histoire : à Clermont-Ferrand, le sillon de plantations des allées du Cardo reprend les axes romains. L’ancrage local passe aussi par les matériaux, y compris le basalte : la végétation neutralise la réflexion de la chaleur liée à la couleur sombre de cette pierre, comme nous l’avons montré dans les espaces publics requalifiés de Saint-Flour, une autre ville auvergnate. »

« Le design écosystémique guide nos projets », Delphine Luboz, architecte associée

La simulation de l’irradiance solaire construit nos projets centrés sur l’espace extérieur de la ville du XXIe siècle, au croisement de l’environnemental et du social. Avant même la création de l’agence début 2021, notre méthode de design écosystémique s’est forgée lors de la requalification en forêt urbaine du parking d’un foyer de jeunes travailleurs à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) : nous exprimons l’intégralité des potentiels du sol, de l’eau, des plantes et de l’humain, avant de les superposer. Les solutions qui en résultent enrichissent la fonction du végétal : de simple agrément, l’arbre devient un élément d’infrastructure urbaine. »

2022-08-19 10:00:00
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