Les poussins aussi ressentent le “bouba-kiki” : une découverte sur les origines du langage
PARIS – On pensait que l’association intuitive entre les sons et les formes, le fameux effet “bouba-kiki”, était une spécificité humaine. Une nouvelle étude publiée dans la revue Science révèle que les poussins réagissent de la même manière, suggérant que cette capacité pourrait être enracinée dans l’évolution des vertébrés et pourrait avoir joué un rôle dans l’émergence du langage.
L’effet “bouba-kiki” se manifeste lorsque les gens, quelle que soit leur culture, associent spontanément le mot “bouba” à une forme arrondie et “kiki” à une forme anguleuse. Des chercheurs de l’Université de Padoue en Italie ont voulu savoir si cette association était innée ou acquise. Pour le découvrir, ils ont mené des expériences avec des poussins de quelques jours seulement.
“Nous avons été surpris par les résultats”, explique Maria Loconsole, chercheuse impliquée dans l’étude. “Si on m’avait demandé si des poussins pouvaient présenter cet effet, j’aurais probablement dit non.”
L’équipe a d’abord entraîné les poussins à rechercher de la nourriture derrière des panneaux décorés de formes combinées, rondes et pointues. Une fois qu’ils avaient appris à associer les panneaux à la récompense, les chercheurs ont présenté aux poussins deux panneaux distincts, un rond et un pointu, tout en diffusant alternativement les sons “bouba” et “kiki”. Les poussins ont systématiquement préféré se diriger vers le panneau rond lorsqu’ils entendaient “bouba” et vers le panneau pointu lorsqu’ils entendaient “kiki”.
Des expériences supplémentaires, utilisant des écrans affichant des formes en mouvement, ont confirmé ces résultats, même avec des poussins d’un jour à peine sortis de l’œuf. Cela suggère que l’association entre les sons et les formes est présente dès la naissance et n’est pas le fruit de l’apprentissage.
Marcus Perlman, chercheur en linguistique et communication à l’Université de Birmingham au Royaume-Uni, qui n’a pas participé à l’étude, souligne l’importance de cette découverte. “Cela montre que les systèmes sensoriels des vertébrés sont prédisposés à percevoir certaines régularités dans le monde”, dit-il.
Cette découverte relance le débat sur les origines du langage. L’effet “bouba-kiki” a longtemps été considéré comme un indice de la manière dont les premiers humains ont pu associer des sons à des concepts, jetant ainsi les bases de la communication verbale. Si cette capacité est présente chez des espèces aussi éloignées de nous que les oiseaux, cela suggère qu’elle pourrait être beaucoup plus ancienne et fondamentale qu’on ne le pensait.
D’autres études ont montré que des associations similaires existent entre les sons et d’autres sensations. Par exemple, des recherches récentes ont révélé que les gens associent un “r” roulé à une surface rugueuse plutôt qu’à une surface lisse.
Mais ce qui distingue véritablement l’homme, selon Perlman, est sa capacité à créer des symboles nouveaux et à communiquer de manière créative, par exemple à travers le langage des signes ou le dessin. “Nous sommes particulièrement doués pour le charade”, plaisante-t-il. “C’est une capacité créative qui pourrait s’appuyer sur ces associations innées.”
Cette recherche ouvre de nouvelles perspectives sur l’évolution du langage et sur la manière dont notre cerveau perçoit et interprète le monde qui nous entoure. Elle rappelle que, malgré nos différences, nous partageons des racines communes avec d’autres espèces animales, et que la clé de notre complexité pourrait se trouver dans des mécanismes sensoriels bien plus anciens que nous ne l’imaginons.
[Intégration potentielle d’une vidéo YouTube expliquant l’effet bouba-kiki, par exemple une vidéo de TED-Ed : lien à insérer ici]
[Intégration potentielle d’un post Instagram illustrant l’effet bouba-kiki avec des exemples visuels : lien à insérer ici]
