Le ministre néerlandais du Commerce extérieur, Sjoerd Sjoerdsma, a rejoint en juillet 2026 la coalition internationale Pax Silica pour sécuriser la chaîne d’approvisionnement en semi-conducteurs. Cette adhésion, visant à réduire la dépendance envers la Chine, se heurte toutefois aux pressions américaines sur ASML, alors que La Haye tente de préserver son autonomie stratégique face aux exigences d’exportation.
La stratégie néerlandaise au sein de Pax Silica
Le gouvernement néerlandais a officiellement rejoint la coalition Pax Silica, une initiative lancée fin 2025 par l’administration américaine pour restructurer les flux technologiques mondiaux. Cette alliance regroupe des nations clés telles que le Japon, la Corée du Sud, Israël et l’Australie, avec pour objectif affiché de pallier les vulnérabilités de la chaîne de valeur des puces électroniques. Pour les Pays-Bas, l’enjeu est de taille : le pays abrite des acteurs incontournables comme ASML, ASM International et Besi, dont les machines sont au cœur de la production mondiale de semi-conducteurs avancés.

La participation néerlandaise repose sur un constat pragmatique : aucun pays ne peut plus prétendre à une autosuffisance totale dans ce secteur. Entre les matières premières, les équipements de pointe, les centres de données et le développement de modèles d’intelligence artificielle, l’interdépendance est devenue la norme. Cependant, cette réalité technique est désormais supplantée par des impératifs géopolitiques stricts. Dans le cadre de Pax Silica, les États membres s’engagent à harmoniser leurs régimes de contrôle des exportations pour éviter les contournements, une structure qui rappelle les mécanismes de coordination du Wassenaar Arrangement, bien que la coalition actuelle soit centrée sur une application plus réactive aux évolutions du secteur de l’IA.
Le bras de fer autour de la loi MATCH Act
Si l’adhésion à Pax Silica est vue comme une étape logique, elle ne règle pas la tension croissante avec Washington concernant les activités d’ASML en Chine. Le cœur du conflit réside dans le projet de loi américain connu sous le nom de MATCH Act. Ce texte imposerait aux Pays-Bas d’interdire à ASML de fournir des services de maintenance sur les machines déjà installées chez des clients chinois. Cette disposition marquerait une rupture par rapport aux précédentes restrictions, qui se limitaient principalement à la vente de nouveaux équipements de lithographie par immersion profonde (DUV).
Les autorités américaines menacent d’activer la « foreign direct product rule » (FDPR) si La Haye refuse de se plier à ces nouvelles contraintes. Ce mécanisme permettrait aux États-Unis d’étendre leur juridiction aux produits fabriqués hors de leur sol dès lors qu’ils intègrent une technologie américaine. Historiquement, l’application de la FDPR a été le levier principal utilisé par le Bureau of Industry and Security (BIS) du département du Commerce des États-Unis pour restreindre l’accès des fonderies chinoises à des composants essentiels. Le cabinet néerlandais, par la voix du ministre Sjoerdsma, perçoit cette éventualité comme une ingérence inacceptable dans sa souveraineté nationale, craignant qu’une telle ingérence ne fragilise la confiance des clients internationaux envers les standards de service après-vente de l’industrie néerlandaise.
Un équilibre économique sous haute tension
La position néerlandaise est d’autant plus délicate que le marché chinois représente environ un tiers du chiffre d’affaires d’ASML. Contrairement aux phases précédentes de négociations où les Pays-Bas tendaient à s’aligner rapidement sur les exigences américaines, le gouvernement actuel adopte une posture plus ferme. Comme le souligne l’analyse publiée par Het Financieele Dagblad, la marge de manœuvre de La Haye pour définir sa propre relation commerciale avec la Chine se réduit progressivement face à la pression conjointe des politiciens américains et du lobby des entreprises technologiques, incluant des acteurs comme Micron, qui plaident pour une harmonisation stricte des contrôles afin d’éviter toute distorsion de concurrence sur le marché mondial des mémoires.

Le défi pour les Pays-Bas demeure l’absence d’une stratégie européenne commune en matière d’exportations technologiques. Cette fragmentation laisse les États membres vulnérables, contraints de naviguer individuellement entre les restrictions américaines sur les machines et les contrôles stricts imposés par Pékin sur l’exportation des minerais critiques, tels que le gallium et le germanium, essentiels à la production de semi-conducteurs. Pour La Haye, l’exercice consiste désormais à maintenir sa place dans Pax Silica tout en évitant de fragiliser durablement ses liens économiques vitaux avec l’Asie. Le gouvernement souligne régulièrement que la sécurité nationale doit être équilibrée avec la viabilité à long terme de son écosystème technologique, qui dépend autant de l’accès aux marchés mondiaux que de la protection de sa propriété intellectuelle.
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