Paris reçoit le soutien de Berlin sur les prémices d'un budget pour la zone euro

Certaines victoires sont d'abord sémantiques. Les ministres des Finances français et allemands ont présenté lundi à Bruxelles leurs homologues à la proposition conjointe de lancement du budget de la zone euro, qui devrait être opérationnelle à partir de 2021. Pour présenter cette contribution franco-allemande, ont répondu Bruno Le Maire et Olaf Scholz, à côté, aux questions des journalistes. "C'est une avancée majeure pour moi", a déclaré le Français. C'est un progrès, orienté son voisin, "parce que personne ne dit que cela n'arrivera jamais." Un montant indéterminé Personne ne dit non plus que c'est un triomphe pour la France. Paris espérait à l'origine un budget autonome doté de grandes ambitions, capable de résoudre les failles d'une zone euro imparfaite dans sa conception puisqu'il dépossédait l'arme monétaire des États membres. La proposition franco-allemande porte enfin sur un budget lié au cadre budgétaire de l’Union européenne tel qu’il existe déjà, mais en veillant toutefois à ce que sa gouvernance soit assurée par les seuls membres de la zone euro. Une partie du financement proviendrait de nouvelles ressources – suggérant un autre débat compliqué. Et son montant, avant tout, est à ce stade indéfini. Dans ses fonctions, ce budget soutiendrait les investissements publics dans des domaines considérés comme stratégiques pour l'avenir (infrastructures physiques et humaines, soutien à l'innovation). Il pourrait également remplir des fonctions de stabilisation en cas de froid cyclique dans un pays, souhaite Paris. Mais à ce stade, le débat n’est pas décidé entre les trois options proposées. L'un, poussé par Olaf Scholz mais sans le soutien clair d'Angela Merkel, constituerait un mécanisme de réassurance pour les systèmes de chômage nationaux. Cela aiderait à soutenir un pays qui voit ses allocations de chômage augmenter fortement. Une autre consiste à permettre à un pays en récession d'interrompre sa participation au budget commun. Un troisième fonctionnerait selon le principe d'un mécanisme de prêt à ce pays. Validité conceptuelle À Paris, on insiste d’abord sur la victoire conceptuelle. Le propre budget de la zone euro a horrifié de nombreux ministres des Finances européens lorsqu’il a été mis sur la table par la France. À Berlin, en particulier, les esprits ont évolué. De l'avis de tous, la discussion de lundi à Bruxelles était plus pacifique qu'avant. Il faut dire que la proposition franco-allemande offre de sérieuses garanties aux pays les plus réticents, notamment en subordonnant l'accès au financement de ce futur budget au respect des règles européennes en matière de finances publiques. Autant dire que l'Italie aujourd'hui, en pleine dérive de sa trajectoire financière, ne pourrait prétendre à ce type de financement. Sans surprise, Matteo Salvini a également fortement critiqué le projet franco-allemand. Le vice-président du Conseil italien a mis en garde: si cette proposition, "comme cela semble être le cas, nuit à l'Italie, elle n'aura jamais notre soutien" .L'obstacle néerlandais Au fond, c'est surtout le plus fort sur les questions financières peut être réticent. Leur chef informel, le ministre des finances néerlandais, pourrait être insoluble. Tout en affichant un minimum de bonne volonté, Wopke Hoekstra était clair lorsqu'il est arrivé à Bruxelles au sujet d'un éventuel budget de la zone euro: "Est-ce dans l'intérêt des Pays-Bas? Dans l'intérêt des citoyens? Je ne suis pas convaincu". Au-delà d’une divergence idéologique à ce sujet, le ministre sait que la fragile coalition dont elle est issue a gravé dans le marbre, lors de sa fondation, un refus catégorique de tout budget de la zone euro. Preuve que la France a identifié l’obstacle, Bruno Le Maire doit le recevoir, jeudi, à Paris.Gabriel GrésillonBureau de Bruxelles

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