Panasonic cède du terrain à Skyworth, marquant la fin d’une ère pour l’électronique japonaise
Osaka, Japon – Panasonic va transférer une partie de ses opérations de télévision à Skyworth, un fabricant chinois, signalant un tournant majeur pour l’industrie électronique japonaise. L’accord, annoncé mardi, concerne les ventes, le marketing et la logistique des téléviseurs Panasonic en Europe et aux États-Unis à compter d’avril.
Cette décision intervient après l’annonce, le mois dernier, d’un accord similaire entre Sony et TCL, où ce dernier prendra une participation majoritaire dans une coentreprise contrôlant les activités de téléviseurs et d’audio domestique de Sony, incluant la marque Bravia. Ces mouvements symbolisent la perte de domination des entreprises japonaises sur le marché mondial des téléviseurs, une position qu’elles ont occupée pendant des décennies.
Selon Akira Toyoshima, PDG de Panasonic Entertainment & Communication, ce nouveau modèle d’affaires permettra de combiner l’expertise technique de Panasonic en matière de traitement audiovisuel et de qualité avec la capacité de production à grande échelle de Skyworth.
L’évolution du marché, marquée par le passage des tubes cathodiques aux écrans à cristaux liquides, a entraîné une baisse des marges bénéficiaires. Les fabricants japonais ont été contraints de se concentrer sur les produits haut de gamme, réduisant ainsi leur part de marché globale. Les données de Counterpoint Research indiquent que la part de marché de Sony a chuté à moins de 2 % l’année dernière, exerçant une pression sur les volumes et les marges.
Pour Sony et Panasonic, se désengager de leurs activités de télévision est une étape clé pour restructurer leurs activités et se concentrer sur des secteurs plus rentables. Sony se positionne désormais comme une entreprise de divertissement axée sur la propriété intellectuelle, englobant les jeux vidéo, l’anime, le cinéma et la musique.
Atul Goyal, analyste financier chez Jefferies, souligne l’importance de ces décisions d’un point de vue commercial : "La question n’est pas de pleurer la fin d’une époque, mais de savoir si cela a du sens sur le plan économique." Il ajoute que l’accord avec TCL est pertinent car il s’agit d’une véritable cession d’actifs, sans apport de capital ni de capacité de la part de Sony.
Panasonic, quant à lui, semble avoir une approche plus progressive de sa restructuration, cherchant à se réinventer en tant que fournisseur de batteries pour véhicules électriques et de logiciels de gestion de la chaîne d’approvisionnement. L’entreprise a récemment annoncé un plan de suppression de 10 000 emplois et a invité 12 000 employés à prendre une retraite anticipée.
Contrairement à la vente de l’unité de télévision de Toshiba à Hisense en 2017 ou à la coentreprise Sony-TCL, l’accord entre Panasonic et Skyworth ne prévoit pas de vente ou de cession de capital, mais plutôt un partenariat opérationnel qui confie certaines régions au groupe chinois, ainsi qu’un développement conjoint de modèles OLED haut de gamme. Panasonic continuera à gérer ses activités de télévision au Japon et étudiera le modèle économique approprié pour d’autres marchés.
Pour Panasonic, selon Goyal, la valeur de cet accord reste à évaluer, car il ne s’agit pas d’une cession complète ni d’un abandon des droits mondiaux, mais plutôt d’un partenariat partiel et limité.
