Des médicaments contre l’obésité pourraient ouvrir une nouvelle voie dans la lutte contre les addictions
Washington – Les médicaments populaires contre l’obésité, tels qu’Ozempic et Wegovy, pourraient offrir un espoir inattendu dans la lutte contre les addictions, selon une étude récente menée par des chercheurs de la Washington University School of Medicine. Publiée dans le BMJ, l’étude révèle que ces médicaments, initialement conçus pour traiter le diabète et favoriser la perte de poids, pourraient réduire à la fois le risque de développer une dépendance et les conséquences néfastes pour ceux qui en souffrent déjà.
L’étude, dirigée par le Dr Ziyad Al-Aly, a analysé les dossiers de santé de plus de 600 000 personnes suivies au sein du système des anciens combattants (Department of Veterans Affairs). Les participants, principalement des hommes atteints de diabète, ont reçu soit un médicament GLP-1 (comme Ozempic ou Mounjaro), soit un autre type de médicament pour le diabète, les inhibiteurs SGLT2 (comme Farxiga ou Jardiance).
Les résultats sont encourageants. Chez les personnes qui n’avaient pas de troubles liés à la toxicomanie au début de l’étude, celles qui prenaient un médicament GLP-1 ont présenté une réduction du risque de développer une dépendance à l’alcool, au cannabis, à la cocaïne, à la nicotine ou aux opioïdes, allant de 14 % à 25 %. La réduction la plus significative a été observée pour la dépendance aux opioïdes, un problème de santé publique majeur à l’échelle mondiale.
Mais les bénéfices ne s’arrêtent pas là. L’étude a également révélé que les médicaments GLP-1 pouvaient atténuer les conséquences négatives de la toxicomanie chez les personnes déjà dépendantes. Les chercheurs ont constaté une diminution de 29 % des visites aux urgences, de 26 % des hospitalisations, de 39 % des overdoses et même de 50 % des décès liés à la drogue chez les patients traités avec des GLP-1.
"Ce qui m’a le plus frappé, c’est que ces médicaments fonctionnent sur différentes substances", explique le Dr Al-Aly. "En médecine des addictions, il existe des traitements spécifiques pour chaque substance – patchs à la nicotine, traitements pour l’alcool et pour les opioïdes. Il n’existe aucun médicament, ni aucun précédent dans notre arsenal thérapeutique, qui possède cette capacité à agir sur différentes addictions."
Le mécanisme d’action précis reste à élucider, mais les chercheurs pensent que les médicaments GLP-1, en agissant sur le cerveau, pourraient supprimer les signaux de récompense qui renforcent les envies et les comportements addictifs. Ces mêmes signaux sont impliqués dans la dépendance alimentaire, ce qui pourrait expliquer pourquoi ces médicaments sont efficaces pour la perte de poids.
Cependant, le Dr Al-Aly souligne la nécessité de mener des recherches supplémentaires avant de recommander l’utilisation de ces médicaments pour traiter les addictions. Il s’inquiète notamment de la possibilité que les envies reviennent avec plus de force si les patients arrêtent de prendre les médicaments. Il est également important de déterminer si le cerveau peut développer une tolérance aux médicaments, réduisant ainsi leur efficacité au fil du temps.
"Je suis enthousiaste face à ces résultats, mais en tant que scientifique, je ne conseillerais pas de prescrire ces médicaments uniquement pour traiter les addictions à ce stade", précise-t-il. "Nous devons d’abord résoudre davantage d’incertitudes et mener des études supplémentaires."
Néanmoins, cette étude ouvre une nouvelle perspective prometteuse dans la lutte contre les addictions, un problème de santé publique qui nécessite des stratégies de prévention et de traitement plus efficaces. Identifier les personnes qui pourraient bénéficier le plus de ces médicaments et comprendre comment les utiliser de manière optimale seront les prochaines étapes essentielles de la recherche. Pour l’instant, le Dr Al-Aly estime que ces médicaments peuvent être bénéfiques pour les personnes atteintes de diabète ou d’obésité qui souhaitent également arrêter de fumer, réduire leur consommation d’alcool ou contrôler leur dépendance aux opioïdes.
