Dimanche 24 mai 2026, l’Ouganda a annoncé trois nouveaux cas confirmés d’Ebola, portant le total à cinq dans le pays, tandis que le Centre africain de contrôle des maladies (Africa CDC) a activé un niveau d’alerte maximal pour dix pays voisins, dont la Tanzanie, la Rwanda, le Burundi et le Kenya. Les autorités ougandaises ont renforcé les mesures sanitaires aux frontières, déployant des équipes mobiles de dépistage et suspendant temporairement les rassemblements culturels et religieux, craignant une transmission transfrontalière depuis la République démocratique du Congo (RDC), où l’épidémie est déjà active depuis au moins six semaines. Selon le ministre ougandais de la Santé, Dr. Jane Aceng, les premiers cas importés ont été identifiés dans le district de Kasese, où des contacts étroits avec des commerçants congolais ont été établis. “Nous savons que cette épidémie pourrait devenir la plus complexe jamais enregistrée en Afrique de l’Est en raison de sa détection tardive et de la circulation d’un variant rare”, a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse tenue samedi à Kampala.
Un variant d’Ebola indétectable par les tests standard retarde la réponse sanitaire en RDC
Les experts de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et du Institut national de recherche biomédicale (INRB) de Kinshasa ont révélé un détail alarmant : les premiers cas en RDC ont été détectés trop tard en raison d’un variant d’Ebola qui a rendu les tests standard inefficaces, même lorsque les patients mouraient. Selon les données officielles de l’OMS, 750 cas suspects et 177 décès ont été enregistrés depuis le début de cette épidémie, qui touche principalement les régions instables de l’est du Congo, frontalières avec l’Ouganda, la RDCongo et la Centrafrique. Le Dr. Matshidiso Moeti, directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, a souligné lors d’une réunion d’urgence vendredi que “les tests habituels donnaient des résultats négatifs alors que les patients présentaient des symptômes graves et décédaient”. Cette situation a conduit à une sous-estimation initiale des cas, retardant la réponse sanitaire.
“Cette situation est sans précédent. Nous avons dû réévaluer nos protocoles de dépistage en urgence après avoir identifié ce variant.”
Identification du variant EBOV/SUD/26 et adaptation des tests de dépistage
Les autorités sanitaires congolaises ont confirmé que le variant en circulation, désormais désigné sous le code EBOV/SUD/26, présente des mutations génétiques qui le rendent indétectable par les tests PCR standard utilisés dans la plupart des centres de santé de la région. Selon le Dr. Peter Salama, sous-directeur général de l’OMS pour les urgences sanitaires, “ce variant a été identifié grâce à une séquence génomique réalisée par le Laboratoire de référence de l’OMS à Johannesburg, après que des échantillons de patients décédés aient été réanalysés”. Les tests de deuxième génération, désormais déployés, permettent une détection fiable, mais leur mise en œuvre a été ralentie par des pénuries d’équipements dans les zones les plus touchées.

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Mobilisation militaire et défiance communautaire en RDC face à l’épidémie
En RDC, la situation reste critique. Le gouvernement provincial du Nord-Kivu, où l’épidémie est la plus active, a déclaré l’état d’urgence sanitaire et mobilisé l’armée pour faciliter l’accès des équipes médicales aux zones isolées. Le général Sylvestre Ilunga, coordonnateur de la réponse militaire, a indiqué que des patrouilles conjointes avec les forces de l’OMS et des ONG comme Médecins Sans Frontières (MSF) ont été déployées pour sécuriser les routes menant aux centres de traitement. Cependant, des tensions persistent avec les communautés locales, comme en témoigne l’attaque et l’incendie d’un centre de traitement à Beni jeudi soir, un événement qui a retardé les opérations de vaccination.
“Nous faisons face à une méfiance généralisée envers les autorités et les organisations internationales. Les rumeurs selon lesquelles Ebola serait une arme biologique se propagent, et cela complique notre travail.”
Impact économique et coordination internationale pour limiter la propagation
En Ouganda, les mesures de confinement ont déjà un impact économique. Le ministère du Commerce a rapporté une baisse de 30 % des échanges transfrontaliers avec la RDC depuis le début du mois, affectant particulièrement les secteurs agricoles et miniers. Le Dr. Aceng a appelé à la vigilance, soulignant que “les marchés informels et les déplacements de population restent les principaux vecteurs de propagation”. Des équipes de l’Organisation mondiale de la Santé et de l’UNICEF sont déployées pour renforcer la sensibilisation dans les zones frontalières, notamment à Bundibugyo et Kabale, où des cas suspects ont été signalés.

Sur le plan international, la Commission de l’Union africaine (UA) a convoqué une réunion d’urgence pour coordonner la réponse régionale. Le président de la Commission, Moussa Faki Mahamat, a appelé à un “plan d’action commun” incluant le partage de ressources et la mobilisation de fonds pour les pays les plus vulnérables. L’OMS, quant à elle, a lancé un appel à dons de 100 millions de dollars pour financer la recherche sur ce nouveau variant et renforcer les capacités de laboratoire en Afrique centrale.
Les autorités sanitaires ougandaises et congolaises insistent sur la nécessité de contenir rapidement l’épidémie avant qu’elle ne s’étende à d’autres pays. Selon le Dr. Atwine, “chaque jour de retard augmente le risque de transmission à grande échelle. Nous devons agir maintenant pour éviter une crise humanitaire majeure.” Les équipes médicales continuent de traquer les contacts des cinq cas confirmés en Ouganda, tandis que des vaccins expérimentaux, comme le rVSV-ZEBOV, sont en cours de distribution dans les zones à haut risque.
La situation reste fluide, et les autorités appellent la population à signaler tout symptôme suspect (fièvre, maux de tête, saignements) et à éviter les déplacements non essentiels vers les zones frontalières. Les derniers développements montrent que la réponse internationale, bien que tardive, se renforce, mais le défi reste immense face à un variant aussi insidieux.
