Home DivertissementNaguib Mahfouz : des archives inédites révèlent une facette méconnue

Naguib Mahfouz : des archives inédites révèlent une facette méconnue

L'autre visage des « harafish » à Alexandrie

À l’approche du vingtième anniversaire du décès de l’écrivain égyptien Naguib Mahfouz, survenu le 30 août 2006, de nouvelles recherches et publications viennent éclairer des aspects méconnus de la vie et de l’œuvre du lauréat du prix Nobel de littérature 1988. Alors que l’image de l’écrivain est souvent associée aux « harafish » (les gens du peuple) du Vieux Caire, des archives et témoignages récents mettent en lumière son attachement profond à une autre ville : Alexandrie.

L’autre visage des « harafish » à Alexandrie

Le journaliste et chercheur en archives, Mohamed Al-Malhi, a récemment publié un ouvrage intitulé *Naguib Mahfouz : Les harafish d’Alexandrie et les contes du censeur*. Ce livre explore un pan de la vie privée de l’écrivain resté longtemps dans l’ombre : son séjour annuel à Alexandrie. Pendant près de 25 ans, de 1972 jusqu’à la tentative d’assassinat dont il fut victime en 1994, Mahfouz passait chaque année environ cinq mois consécutifs dans son appartement alexandrin. L’auteur y documente le « conseil » quotidien que l’écrivain tenait dans les jardins de l’hôtel San Stefano, entouré d’amis éloignés des projecteurs médiatiques qui entouraient habituellement sa « bande » du Caire. L’ouvrage s’appuie sur des correspondances manuscrites rares et des témoignages de proches, tels que le comptable Sayed Qenawy, pour illustrer la fidélité et l’humanité de l’écrivain envers son cercle d’amis alexandrins.

L'autre visage des « harafish » à Alexandrie
Photo: اليوم السابع

Le regard du « censeur » sur le cinéma

Le second volet du livre de Mohamed Al-Malhi se penche sur une période professionnelle méconnue de Mahfouz : son travail au sein des services de censure cinématographique. Mahfouz, qui a lui-même qualifié cette période de « jours que Dieu ne souhaite à personne de revivre », y a laissé des traces sous forme de notes manuscrites sur des scénarios de grands réalisateurs égyptiens, tels que Salah Abu Seif et Hassan El-Imam. Ces documents offrent un regard inédit sur le « censeur » Mahfouz, actif durant ce que les critiques considèrent comme l’âge d’or du cinéma égyptien. Par ailleurs, les recherches soulignent l’influence du réel sur son œuvre. Mahfouz a notamment confié que le personnage du célèbre criminel alexandrin Mahmoud Amin Suleiman avait suscité chez lui une forme d’obsession, inspirant les grandes lignes de son roman *Le Voleur et les Chiens*. Il a également révélé que la construction des personnages de *Miramar* avait nécessité dix années de gestation dans son esprit.

Le regard du « censeur » sur le cinéma
Photo: المصري اليوم

Une vie marquée par l’engagement et la résilience

En parallèle, de nouveaux éléments sur les épreuves personnelles de l’écrivain sont mis en avant. La maison d’édition Dar Risha a annoncé la parution d’une édition révisée et augmentée de l’ouvrage du Dr Mohamed El-Baz, *Jours de douleur : comment avons-nous tué Naguib Mahfouz ?*. Ce livre se concentre sur les conséquences de la tentative d’assassinat de 1994, un événement qui a durablement affecté la capacité d’écriture de l’auteur jusqu’à sa fin de vie. Le parcours de Mahfouz demeure un sujet d’étude constant. Lors d’une récente conférence intitulée « Naguib Mahfouz : Une biographie renouvelée » organisée par la Bibliothèque d’Alexandrie, le critique Tarek El-Taher a souligné que, malgré l’abondance de la littérature consacrée à l’auteur, sa biographie reste « incomplète » et nécessite une exploration continue. Le chercheur Mohamed Shair a, quant à lui, mis en avant l’importance des documents liés à l’activité cinématographique de Mahfouz, notamment la découverte du scénario original du film *Le Choix*.

Naguib Mahfouz. " Impasse des deux palais" Chapitre1

Repères biographiques

Date de naissance 11 décembre 1911
Début de carrière Milieu des années 1930
Prix Nobel de littérature 1988
Date de décès 30 août 2006

Ces nouvelles publications confirment que, deux décennies après sa disparition, Naguib Mahfouz continue d’être perçu non seulement comme le chroniqueur de la rue égyptienne, mais aussi comme un intellectuel dont la trajectoire — du ministère des Waqfs, où il a travaillé 17 ans, à son rôle de témoin privilégié des mutations sociales — continue d’offrir des clés de lecture essentielles sur la condition humaine.

Repères biographiques
Photo: الوطن

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