Une nouvelle recherche menée par la Florida International University auprès de 119 volontaires éclaire les mécanismes olfactifs et microbiens qui poussent les moustiques à cibler certains humains de préférence à d’autres, ouvrant des pistes pour de futurs répulsifs ciblés contre les espèces vectrices de maladies graves.
La question taraude chaque été les vacanciers et les amateurs de soirées en plein air : pourquoi certaines personnes attirent-elles inlassablement les moustiques tandis que d’autres s’en sortent presque indemnes ? L’inconfort des piqûres cache un enjeu sanitaire mondial de premier ordre. Plus de 700 000 décès humains par an sont imputables à ces insectes, vecteurs de pathologies redoutables telles que le paludisme, la dengue ou le virus du Nil occidental, d’après les données relayées par l’analyse de la recherche menée à Miami.
Les préférences olfactives et bactériennes de trois espèces de moustiques
Pour percer ce mystère, une équipe de la Florida International University, dirigée par le neurogénéticien Matthew DeGennaro, a soumis 119 volontaires à un test comportemental. Chaque participant a placé son bras dans un long tube olfactomètre, permettant d’observer l’attrait exercé sur trois espèces distinctes : Aedes aegypti, Aedes albopictus et Culex quinquefasciatus. Les résultats démontrent qu’il n’existe pas un profil humain universellement attractif pour l’ensemble des moustiques.
L’étude s’est penchée sur les composés organiques volatils, ces émanations gazeuses produites lorsque le microbiome de la peau transforme les sécrétions cutanées inodores. Le corps humain émet ainsi entre 300 et 1 000 composés odorants différents. Les analyses ont révélé que Aedes aegypti et Culex quinquefasciatus tendent à éviter certaines signatures chimiques, tandis que Aedes albopictus repère activement les composés odorants perçus comme attractifs.
Le rôle clé du microbiome cutané et des signaux successifs
Au-delà de la diversité des composés organiques volatils, l’analyse microbiologique de la peau des 119 volontaires a permis d’isoler 246 taxons bactériens. Bien qu’une seule espèce bactérienne fût commune à tous les microbiomes, trois souches spécifiques sont apparues de manière récurrente chez les individus les plus attractifs pour les trois espèces de moustiques testées : Co. kefirresidentii, Cu. granulosum et Staphylococcus epidermidis.
Ce ciblage s’inscrit dans une séquence précise de repérage sensoriel documentée par la recherche entomologique. Selon Frédéric Simard, entomologiste médical à l’Institut de recherche pour le développement, l’attractivité varie selon les moments et repose sur une combinaison de signaux progressifs. À plusieurs dizaines de mètres, c’est le dioxyde de carbone expiré qui déclenche le comportement de recherche de l’insecte. À mesure que la distance se réduit, l’odeur corporelle prend le relais, avant que la température et l’humidité de la peau ne désignent la cible finale au contact direct.
Consommation de bière et facteurs physiologiques variables
Certaines idées reçues sur les aimants à moustiques ont été battues en brèche, à l’instar de la prétendue préférence pour certains groupes sanguins ou de l’influence de la couleur de la peau, qui ne reposent sur aucun fondement scientifique solide. En revanche, des facteurs comportementaux et physiologiques modifient bel et bien la donne. La consommation de bière, par exemple, a fait l’objet de protocoles expérimentaux précis. Une étude menée aux Pays-Bas auprès de 465 participants a montré que les personnes ayant bu de la bière dans les 24 heures précédentes se révélaient 1,35 fois plus attractives pour les moustiques du genre Anopheles, en raison d’une élévation de la température corporelle, d’une hausse du dioxyde de carbone expiré et d’une modification de l’odeur cutanée.

De même, les travaux portant sur des molécules spécifiques ont mis en évidence le rôle de certains sous-produits de la dégradation du sébum, comme le 1-octène-3-ol. Les femmes enceintes au deuxième trimestre, parmi les plus sollicitées par les insectes lors de tests en laboratoire, produisaient cette substance en grande quantité. À l’avenir, ces découvertes sur les signatures olfactives et bactériennes pourraient guider la conception de répulsifs de nouvelle génération ou permettre d’intervenir directement sur le microbiome cutané pour réduire l’attractivité individuelle.
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