Chaque année, plus de 830 000 humains meurent des piqûres de moustiques, selon une infographie de Bill Gates citée par Qista. Ce chiffre, bien supérieur aux 6 décès provoqués par les requins en 2015, place l’insecte au premier rang des animaux les plus meurtriers pour l’espèce humaine. Pourtant, en Afrique subsaharienne, où le paludisme frappe le plus durement, cette menace reste largement sous-estimée. Au Nigeria, en République démocratique du Congo (RDC) ou au Burkina Faso, les moustiques tuent davantage que les accidents de la route et les homicides réunis, révèle une étude basée sur les données de l’OMS et de l’ONU, publiée par Atlantico. Alors que les campagnes de prévention se multiplient, la recherche avance à grands pas pour comprendre ces vecteurs de maladies.
Un fléau invisible, mais bien réel
Le moustique, présent sur tous les continents, est une menace universelle. Adulte, enfant, personne âgée – personne n’est à l’abri de ses piqûres, qui peuvent transmettre des maladies mortelles comme le paludisme, la dengue ou la fièvre jaune. Selon Qista, ces insectes sont responsables de 830 000 décès par an, un bilan bien plus lourd que celui des serpents (60 000 morts) ou des scorpions (3 500 morts) en 2015. Pire encore : l’homme lui-même, avec 580 000 morts cette même année, arrive en deuxième position. Pourtant, cette réalité reste souvent éclipsée par d’autres dangers perçus comme plus immédiats.


En Afrique subsaharienne, le paludisme – une maladie transmise par les moustiques – reste la première cause de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans. Les données de l’OMS et de l’ONU, citées par Atlantico, montrent que dans des pays comme le Nigeria, la RDC ou le Burkina Faso, les décès liés aux moustiques dépassent ceux causés par les accidents de la route et les violences combinées. Une situation qui s’explique par l’absence d’infrastructures sanitaires adaptées et par la difficulté à éradiquer ces insectes dans des régions où les conditions climatiques leur sont favorables.
La recherche face à un ennemi insaisissable
Face à cette menace, les scientifiques redoublent d’efforts. Marine Viglietta, entomologiste médicale et virologiste à l’Institut Pasteur, étudie depuis des années les moustiques Aedes aegypti, vecteurs de maladies comme la dengue ou la fièvre jaune. Dans un entretien rapporté par l’Institut Pasteur, elle explique que son travail consiste à comprendre pourquoi certaines régions, comme l’Asie, sont épargnées par la fièvre jaune malgré la présence du moustique vecteur. « Nous manipulons des arbovirus en laboratoire P3 pour trouver des solutions », confie-t-elle, soulignant l’urgence de la recherche.
Les défis sont nombreux : les moustiques mutent, développent des résistances aux insecticides, et leur répartition géographique s’étend avec le réchauffement climatique. En 2022, Marine Viglietta a même travaillé au Cambodge pour étudier les populations de moustiques sur le terrain, collectant des échantillons à Phnom Penh et dans des zones rurales. Ces recherches, bien que prometteuses, peinent à suivre le rythme des épidémies. « Nous n’avons que quelques semaines pour terminer nos expériences avant la rédaction de la thèse », précise-t-elle, illustrant la pression temporelle qui pèse sur les chercheurs.
Pourquoi cette menace reste-t-elle sous-estimée ?
Plusieurs facteurs expliquent pourquoi les moustiques ne suscitent pas la même alarme que d’autres dangers. D’abord, leur impact se fait sentir de manière diffuse : une piqûre peut sembler anodine, mais elle peut déclencher une maladie mortelle des semaines plus tard. Ensuite, les populations les plus touchées – souvent en Afrique subsaharienne – ont moins de moyens pour se protéger ou accéder à des soins. Enfin, les médias et les campagnes de prévention privilégient souvent des menaces plus visibles, comme les accidents de la route ou les violences urbaines.

Pourtant, les données sont sans appel. Selon Qista, les moustiques tuent plus d’humains en 24 heures que les requins n’en tuent en 100 ans. Une comparaison qui rappelle l’ampleur disproportionnée de ce fléau. En Europe, où les cas de paludisme sont rares, les moustiques restent nonetheless responsables de maladies comme la dengue, importées par des voyageurs ou des migrants. Une réalité qui pourrait s’aggraver avec le changement climatique.
Que faire pour inverser la tendance ?
La lutte contre les moustiques passe par plusieurs axes. D’abord, la prévention : l’utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticide, les répulsifs et l’élimination des points d’eau stagnante restent les mesures les plus efficaces. Ensuite, la recherche doit accélérer pour développer de nouveaux insecticides, des vaccins et des méthodes de stérilisation des moustiques. Enfin, une meilleure coordination internationale est nécessaire, notamment pour partager les données épidémiologiques et les ressources entre pays.

Marine Viglietta et son équipe à l’Institut Pasteur travaillent notamment sur des approches innovantes, comme la modification génétique des moustiques pour les rendre incapables de transmettre des maladies. « Nous avons besoin de solutions durables », souligne-t-elle, rappelant que les méthodes actuelles, bien que efficaces, ne suffisent pas à endiguer le fléau. En parallèle, des organisations comme l’OMS et l’ONU multiplient les campagnes de sensibilisation, mais leur impact reste limité dans les régions les plus pauvres.
Et demain ?
Avec le réchauffement climatique, les moustiques devraient étendre leur aire de répartition, augmentant ainsi les risques d’épidémies dans des zones jusqu’ici épargnées. En Europe, par exemple, les cas de dengue et de chikungunya – deux maladies transmises par les moustiques – sont en hausse. Selon l’Institut Pasteur, cette tendance pourrait s’accentuer dans les décennies à venir, rendant la vigilance encore plus cruciale.
Face à cette menace, la mobilisation doit être mondiale. Les gouvernements, les chercheurs et les populations doivent travailler main dans la main pour limiter l’impact des moustiques. Car si ces insectes restent discrets, leur bilan humain est, lui, bien réel – et bien trop souvent ignoré.
Pour aller plus loin :
- Les moustiques, tueurs silencieux en Afrique subsaharienne (Atlantico)
- Les risques sanitaires liés aux moustiques (Qista)
- La recherche contre les maladies vectorielles (Institut Pasteur)
