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Depuis le 20 mai 2026, l’exportation de gaz naturel israélien vers l’Égypte a repris à un rythme dépassant 1 milliard de pieds cubes par jour, selon un responsable gouvernemental cité par Asharq Business. Cette relance, après une interruption de plus d’un mois liée à la guerre à Gaza, injecte une bouffée d’oxygène dans les finances égyptiennes, où le secteur pétrolier et gazier est devenu un pilier des recettes en devises — au point de surpasser, en volume et en valeur, d’autres industries traditionnelles comme le tourisme ou les exportations agricoles.
Relance des exportations israéliennes après une pause forcée par la guerre à Gaza
Le gaz israélien : un levier économique sous-estimé pour Le Caire
L’Égypte, confrontée à un déficit structurel de production énergétique depuis des années, a transformé l’importation de gaz naturel en un moteur de revenus étrangers. Les chiffres clés illustrent cette dépendance stratégique :
- 6,6 milliards de pieds cubes par jour : l’objectif de production nationale fixé par Le Caire pour 2027, un niveau toujours loin des besoins locaux (estimés à 7 milliards en 2026).
- 35 milliards de dollars : le coût de l’accord prolongé jusqu’en 2040 avec Israël pour l’achat de gaz, un investissement justifié par les 2,5 milliards de dollars annuels de recettes générées par la revente à l’Europe et aux marchés asiatiques (via le terminal de Idku).
- 67 % de hausse : l’augmentation des exportations de produits pétroliers raffinés (dont le diesel et le fioul) depuis le début de l’année, selon des données du ministère égyptien du Pétrole, portées par la capacité excédentaire des raffineries locales alimentées en partie par le gaz israélien.
Cette dynamique s’inscrit dans une stratégie de diversification des sources de devises, accélérée par la crise du détroit d’Ormuz en 2024, qui avait perturbé les flux de pétrole du golfe Persique vers l’Asie. À l’époque, Le Caire avait doublé ses importations de brut pour profiter des marges élevées sur le raffinage et la revente, une tactique aujourd’hui étendue au gaz.
Dépendance énergétique égyptienne : un déficit croissant et des réserves en déclin
Pourquoi le gaz israélien n’est plus une option, mais une nécessité
1. Un déficit énergétique qui s’aggrave
Les données du Central Agency for Public Mobilization and Statistics (CAPMAS) révèlent un écart croissant entre production et consommation :
- Avril 2024 : Production = 5,5 millions de tonnes (pétrole + gaz), consommation = 6,2 millions → Déficit de 700 000 tonnes.
- Avril 2025 : Production chutée à 4,7 millions de tonnes, tandis que la consommation grimpait à 6,3 millions → Déficit de 1,6 million de tonnes.
Ce creusement s’explique par :
- La baisse des réserves : Le champ de Zohr, autrefois star de la production égyptienne (pic à 2,3 milliards de pieds cubes/jour en 2017), ne livre plus que 1,5 milliard en 2026, selon des rapports internes cités par Al Jazeera.
- La dépendance aux industries gourmandes : Les secteurs de l’ammoniac, du ciment et de l’acier, qui représentent 40 % de la demande industrielle en gaz, voient leurs capacités étendues sous pression des investisseurs saoudiens et émiratis.
2. Un accord géopolitique qui dépasse l’énergie
L’accord de 2040 avec Israël n’est pas qu’une question de prix (environ 7 $/MMBtu pour le gaz israélien, contre 12 $/MMBtu pour les importations de LNG). Il s’agit aussi :
- D’une sécurité d’approvisionnement : Contrairement aux livraisons de gaz liquéfié (LNG), souvent soumises à des retards logistiques (comme ceux observés en 2025/2026 lors de la crise de l’Arctique), le pipeline Israël-Égypte offre une stabilité opérationnelle.
- D’un levier diplomatique : La reprise des exportations israéliennes, suspendues pendant 5 semaines après les attaques du 7 octobre 2023, a été négociée sous l’égide des États-Unis, avec des garanties de non-diversion vers Gaza — un enjeu sécuritaire pour Israël.
Vulnérabilités économiques et géopolitiques d’un modèle basé sur le gaz israélien
Les risques d’une dépendance accrue
Malgré ses avantages, ce modèle présente des vulnérabilités :
- La volatilité des prix régionaux : Une escalade dans la guerre au Yémen ou une nouvelle crise en Iran pourrait perturber les routes maritimes vers la mer Rouge, augmentant les coûts de transport du gaz.
- L’inflation des coûts : Le coût de 35 milliards de dollars sur 15 ans (soit 2,3 milliards/an) pèse sur un budget égyptien déjà sous tension, avec un déficit fiscal prévu à 8,5 % du PIB en 2026/2027.
- Le risque de surcapacité industrielle : Si les projets de zones économiques spéciales (ZES) dans le Sinaï et le delta du Nil se concrétisent, la demande en gaz pourrait dépasser l’offre, même avec les livraisons israéliennes.
Stratégies égyptiennes pour pérenniser les revenus gaziers malgré les limites structurelles
Et après ? Le gaz comme monnaie d’échange
L’Égypte mise désormais sur trois leviers pour pérenniser cette manne :
- L’exportation accrue de produits raffinés : Le port de El Hamra a vu ses exportations de diesel et de fioul bondir de 67 % au premier trimestre 2026, selon des données du ministère. Objectif : doubler les volumes d’ici 2028.
- Le développement des énergies renouvelables : Le gouvernement a lancé des appels d’offres pour 5 GW de solaire et éolien d’ici 2027, mais ces projets peinent à décoller face aux subventions croissantes sur le gaz (le prix local reste inférieur à 5 $/MMBtu, contre 10 $ sur les marchés internationaux).
- La diversification des fournisseurs : En parallèle d’Israël, Le Caire négocie avec l’Algérie (pour du LNG) et la Libye (pour stabiliser ses exportations), tout en relançant les discussions avec Chypre pour un pipeline sous-marin.
Conclusion : Un pari sur le court terme, mais pas sur le long
Le gaz israélien est devenu, en quelques années, le premier poste d’exportation non touristique de l’Égypte, devant les produits agricoles et les textiles. Pourtant, cette dépendance cache une fragilité structurelle :
- À court terme, la reprise des livraisons israéliennes soulage la balance commerciale, avec des recettes estimées à 1,5 milliard de dollars en 2026 (contre 1 milliard en 2025).
- À moyen terme, le défi reste celui de réduire la dépendance aux importations, alors que les investissements dans les énergies renouvelables stagnent et que les réserves nationales s’épuisent.
Pour Le Caire, le gaz reste une variable d’ajustement — mais pas une solution définitive. La vraie question n’est pas de savoir si l’Égypte peut compter sur Israël, mais combien de temps elle pourra se permettre de le faire.
