Une attaque meurtrière menée par les rebelles houthistes dans le détroit de Bab el-Mandeb a fait six morts, dont quatre membres d’équipage d’un navire marchand. Cet incident en mer Rouge coïncide avec la révélation d’une alliance stratégique entre les insurgés yéménites et les islamistes chebabs en Somalie, menaçant la navigation mondiale et les marchés énergétiques.
La situation sécuritaire en mer Rouge et dans le golfe d’Aden franchit un nouveau cap critique. Le gouvernement yéménite a confirmé qu’un navire marchand a été pris pour cible par les rebelles houthistes dans le détroit de Bab el-Mandeb, coûtant la vie à quatre marins et deux secouristes. Selon les précisions du ministère yéménite des Transports, l’attaque a touché trois marins pakistanais et un marin indonésien, plongeant l’équipage dans l’incapacité de contrôler le navire. L’agence britannique de sécurité maritime l’UKMTO a rapporté qu’un navire avait été atteint par un projectile non-identifié au cours de cet épisode.
La violence s’est poursuivie à l’arrivée des secours. Deux membres issus des Forces de résistance nationale, un groupe armé anti-Houthis, ont péri dans une seconde frappe menée par les miliciens au moment de l’intervention. De leur côté, les Houthis ont affirmé avoir visé un transporteur d’équipements militaires saoudiens sans nommer le bâtiment. Des sources de la sécurité maritime ont indiqué à Reuters qu’un petit cargo battant pavillon égyptien, le Tihamah, avait été pris pour cible en mer Rouge.
L’émergence d’une alliance entre les Houthis et les Chebabs
Cette escalade maritime s’inscrit dans un rapprochement géopolitique inédit entre les insurgés yéménites et la branche somalienne d’Al-Qaida. Les services de renseignement américains documentent depuis plusieurs années des transferts d’armements et de compétences tactiques. Jibril Yahya Ali, surnommé « le Manchot », a été éliminé par une frappe américaine dans le sud-est du Yémen alors qu’il acheminait des armes de type militaire acquises auprès des rebelles zaydites vers les islamistes chebabs en Somalie.
Les deux organisations contrôlent désormais les rives opposées du golfe d’Aden, un point de passage vital pour le commerce mondial. Cette convergence tactique menace désormais de déstabiliser davantage le Moyen-Orient et les marchés énergétiques mondiaux, dans un contexte où les flux maritimes subissent déjà les contrecoups de la fermeture du détroit d’Ormuz.
Stratégies régionales et pressions sur le trafic maritime
Les motivations des deux factions divergent tout en se complétant. Les chebabs cherchent à consolider leurs capacités militaires pour frapper les bases américaines et somaliennes, profitant des formations prodiguées par les rebelles pro-Téhéran au maniement des drones. En retour, les Houthis visent à obtenir une position stratégique dans le sud de la Somalie autour de Jilib. Cette implantation répond à une crainte sécuritaire précise : empêcher que la région sécessionniste du Somaliland et le port de Berbera ne se transforment en base permanente de surveillance et d’attaque pour Israël.

Sur le plan économique, le blocus naval décrété par les Houthis contre l’Arabie saoudite pèse lourdement sur la chaîne d’approvisionnement. Les données de l’analyste Kpler montrent que la moyenne des traversées dans le détroit de Bab el-Mandeb a chuté à 32 navires par semaine, contre environ 50 par jour avant les restrictions imposées par la milice yéménite.
Interventions américaines et tensions au large du Pakistan
Parallèlement aux combats en mer Rouge, l’interventionnisme américain s’étend à d’autres couloirs maritimes. Le Commandement central de l’armée américaine (Centcom) a confirmé avoir tiré deux missiles pour immobiliser le Vela Nova, un cargo battant pavillon panaméen naviguant dans le golfe d’Oman au large du Pakistan. Washington applique ainsi une politique stricte d’interception visant les navires suspectés de relations avec l’Iran, marquant le douzième bâtiment pris à partie depuis le renforcement des mesures de blocus.

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