L’Union européenne fait face à une impasse interne concernant l’adoption du 21e paquet de sanctions contre la Russie, plusieurs États membres exigeant des exemptions pour protéger leurs intérêts économiques nationaux. Cette situation, qualifiée de « crise grave » par des diplomates impliqués dans les négociations, bloque le processus décisionnel qui requiert l’unanimité de tous les pays membres.
Une multiplication des demandes d’exemption
Le consensus européen, autrefois solide, s’effrite sous la pression croissante des secteurs industriels nationaux. Selon des sources diplomatiques citées par le Financial Times, les gouvernements sont de moins en moins enclins à accepter des mesures susceptibles de nuire à leurs entreprises. « Derrière les portes closes, l’impératif moral agit de moins en moins », a confié un diplomate, soulignant un fossé grandissant entre la rhétorique publique de solidarité envers l’Ukraine et la réalité des décisions en salle de négociation. Les points de blocage sont variés et concernent des secteurs stratégiques : * Grèce : Le gouvernement s’oppose à l’interdiction de transporter du gaz naturel liquéfié (GNL) russe vers des pays tiers. Athènes craint que cette mesure ne nuise à ses entreprises de transport maritime, notamment la société Dynagas, et ne profite à des concurrents non européens. * Allemagne et Portugal : Ces deux pays exigent une exemption concernant l’importation de poissons russes afin de préserver leur industrie de transformation halieutique. * Autriche : Vienne demande le dégel de 2 milliards d’euros d’actifs russes pour compenser les pertes subies par la banque Raiffeisen. * France et Italie : Ces pays cherchent à assouplir les restrictions liées à la délivrance de visas européens aux militaires russes impliqués dans le conflit.

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L’enjeu de la compétitivité européenne
Pour les autorités grecques, le débat dépasse la simple question des sanctions. Un responsable a déclaré que l’Europe ne devrait pas, par le biais de sa propre politique, perdre des parts de marché au profit d’acteurs extérieurs à l’Union. Selon cette vision, les mesures restrictives doivent être « soigneusement équilibrées » pour maximiser la pression sur Moscou sans affaiblir la compétitivité des entreprises européennes ou créer des avantages stratégiques pour des pays tiers. Ce constat est partagé par d’autres États membres, ce qui rend les négociations particulièrement ardues. Le Comité des représentants permanents (Coreper) n’a pas réussi à valider le 21e paquet lors de sa réunion du 15 juillet. En attendant une résolution, le plafond du prix du pétrole russe a été maintenu à son niveau actuel de 44,10 dollars le baril jusqu’au 23 juillet, date à laquelle les discussions doivent reprendre.
Risques pour la stratégie de soutien à l’Ukraine
Les diplomates avertissent que cette tendance à demander des « exceptions et des échappatoires » pourrait transformer chaque nouveau train de mesures en une « boîte vide ». Si cette dynamique persiste, elle menace la stratégie de soutien à l’Ukraine sur quatre ans, alors que certains gouvernements semblent ne plus percevoir la Russie comme une menace directe pour leur propre sécurité. Parallèlement, l’Union européenne a récemment franchi une étape symbolique en sanctionnant, pour la première fois, des entités liées à une attaque spécifique contre Kiev survenue début juillet. Toutefois, la difficulté à finaliser ce 21e paquet illustre la fragilité de l’unité européenne face à l’usure économique. La capacité de l’UE à maintenir une pression constante sur Moscou dépend désormais de sa faculté à surmonter ces divergences nationales, alors que le temps presse pour renforcer les restrictions sur le secteur énergétique russe, une demande portée par l’Ukraine.

This follows our earlier report, STMicroelectronics et la transition optique contre la crise énergétique IA.
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