Les cours de l’or ont chuté brutalement cette semaine sur les marchés locaux et internationaux, atteignant leur plus bas niveau en deux ans et demi. Après avoir perdu 4,7 % en une semaine, l’once d’or s’échangeait à 4 327 dollars vendredi, selon Akhbar Al-Khaleej et Youm7. Cette chute s’explique par une combinaison de facteurs macroéconomiques et géopolitiques, avec des répercussions directes sur les marchés locaux où le dinar et le dollar dominent les transactions. À Dubaï et dans le Golfe, le gramme d’or 21 carats s’échangeait à 46 dinars et 200 fils, soit une baisse significative par rapport aux semaines précédentes.
Un effondrement technique accéléré par les données américaines
Le déclencheur principal de cette chute réside dans les données du marché du travail américain, publiées la semaine dernière. Ces chiffres ont renforcé les attentes selon lesquelles la Réserve fédérale américaine (Fed) pourrait maintenir — voire augmenter — ses taux directeurs pour contrer l’inflation persistante. Selon Akhbar Al-Khaleej, les marchés anticipent désormais un possible ralentissement des hausses de taux dès juillet, mais les analystes restent prudents : « من المحتمل أن نصل إلى نهاية رفع مجلس الاحتياطي الفيدرالي أسعار الفائدة في الاجتماع القادم للجنة السوق المفتوحة الفيدرالي (يوم 26 يوليو) », a déclaré Badin Mor, chef de la stratégie carbone et des matières premières chez la Banque nationale d’Australie, cité par Sky News Arabia. Cette déclaration souligne un tournant : la Fed pourrait cesser ses hausses de taux dès le 26 juillet, une nouvelle qui a immédiatement pesé sur l’or, actif non rémunérateur.

« من المحتمل أن نصل إلى نهاية رفع مجلس الاحتياطي الفيدرالي أسعار الفائدة في الاجتماع القادم للجنة السوق المفتوحة الفيدرالي (يوم 26 يوليو) »
L’or, souvent considéré comme un actif refuge, souffre paradoxalement lorsque les taux d’intérêt montent : les investisseurs préfèrent les obligations d’État ou les comptes rémunérés plutôt que de détenir un métal qui ne génère aucun revenu. Avec un taux directeur américain proche de 5,5 % en 2023 (selon les projections de Sky News Arabia), le coût d’opportunité de détenir de l’or devient prohibitif. Les analystes techniques confirment cette pression : l’once a brisé son support à 4 380 dollars (moyenne mobile sur 200 jours), un signal clair pour les traders, selon Youm7.
Géopolitique : la guerre en Iran et le blocus du détroit d’Ormuz aggravent la volatilité
Si les taux d’intérêt expliquent une partie de la chute, les tensions géopolitiques jouent un rôle tout aussi crucial. Les échecs des négociations pour mettre fin à l’intervention militaire iranienne au Liban, ainsi que l’absence d’accord entre Washington et Téhéran, ont alimenté les craintes d’une escalade régionale. Selon Akhbar Al-Khaleej, ces développements ont renforcé les anticipations d’un maintien des sanctions pétrolières et d’une perturbation des flux énergétiques via le détroit d’Ormuz. Résultat : les marchés anticipent une inflation persistante, ce qui pousse la Fed à rester ferme sur les taux.

Or, dans un contexte d’incertitude géopolitique, l’or est généralement recherché comme valeur refuge. Pourtant, cette fois, le métal précieux a été pénalisé par la combinaison de deux facteurs opposés :
- La force du dollar : une monnaie forte rend l’or plus cher pour les investisseurs étrangers (l’once a atteint 1 988 dollars en mai, selon Sky News Arabia), ce qui limite sa demande.
- L’absence de signal clair de détente : contrairement aux crises passées (comme en 2022 lors de l’invasion de l’Ukraine), où l’or avait bondi, les marchés ne perçoivent pas encore l’or comme un abri sûr face à une guerre régionale contenue mais prolongée.
Les marchés locaux suivent la tendance mondiale : le dinar et le dollar sous pression
Au niveau local, les prix de l’or reflètent cette tendance mondiale, avec des variations selon les devises. À Dubaï et dans les pays du Golfe, où le dinar et le dollar dominent les transactions, les cours ont chuté de manière synchronisée :
- Or 21 carats : 46 dinars et 200 fils (contre environ 50 dinars il y a un mois).
- Or 22 carats : 48 dinars et 400 fils.
- Or 24 carats : 52 dinars et 800 fils.
- Once d’or : 4 328 dollars (contre 4 520 dollars au début de la semaine).
Que se passe-t-il maintenant ? Trois scénarios pour les prochaines semaines
La question qui se pose désormais est de savoir si cette chute marque un point bas durable ou un simple ajustement technique. Trois scénarios se dessinent, selon les analystes et les données disponibles :

- Scénario 1 : La Fed confirme un ralentissement des hausses de taux (26 juillet) Si la Fed annonce une pause ou un ralentissement des hausses lors de sa réunion du 26 juillet, comme le suggère Badin Mor, l’or pourrait rebondir rapidement. Les investisseurs pourraient alors revenir massivement sur le métal précieux, surtout si les tensions géopolitiques s’intensifient.
- Scénario 2 : Les données économiques américaines restent solides Si les prochains indicateurs (emploi, inflation) confirment une économie américaine résiliente, la Fed pourrait maintenir ses taux élevés, ce qui peserait sur l’or à moyen terme. Dans ce cas, les cours pourraient continuer à stagner ou baisser légèrement.
- Scénario 3 : Escalade géopolitique imprévue Une détérioration brutale des relations Iran-États-Unis ou une crise au détroit d’Ormuz pourrait inverser la tendance et relancer la demande en or. Cependant, aucun signe clair ne pointe vers cette éventualité pour l’instant.
Pour les investisseurs locaux, la situation est particulièrement délicate. Dans les pays du Golfe, où l’or est souvent acheté en dinar ou en dollar, la baisse des cours pourrait stimuler la demande (les acheteurs profitent des prix bas), mais elle reflète aussi une incertitude économique plus large. À court terme, les traders surveilleront de près :
- Les décisions de la Fed (26 juillet).
- Les négociations Iran-États-Unis (risque de nouvelle escalade).
- Les mouvements du dollar (une monnaie plus faible soutiendrait l’or).
Pourquoi cette chute est-elle historique ? Un retour sur les précédents effondrements
Cette baisse de 4,7 % en une semaine est l’une des plus marquées depuis 2023, mais elle n’est pas sans précédent. En 1987 et 1988, l’or avait également subi des chutes brutales (jusqu’à 30 % en quelques mois) sous l’effet de hausses de taux agressives et de bulles spéculatives. Cependant, le contexte actuel diffère par deux aspects clés :
- La géopolitique : En 1987, la crise était liée à des tensions Est-Ouest (guerre froide). Aujourd’hui, c’est le risque d’un conflit régional contenu mais prolongé qui domine.
- La réaction des banques centrales : La Fed a déjà haussé les taux de manière préventive, alors qu’en 1987, elle avait réagi après la crise.
Pour les investisseurs, la leçon est claire : l’or n’est plus un actif systématiquement refuge. Sa performance dépend désormais autant des taux d’intérêt que des risques géopolitiques. Dans un contexte où la Fed pourrait ralentir ses hausses tout en maintenant des taux élevés, les prochaines semaines seront cruciales pour déterminer si cette chute est un signal d’achat ou un avertissement de prudence.
