Le syndicat des scénaristes américains, la Writers Guild of America (WGA), a officiellement déposé une action en justice ce mardi pour bloquer le projet d’acquisition de Warner Bros. Discovery par Paramount Skydance. Cette opération, évaluée à 110 milliards de dollars, fait désormais face à une opposition croissante, alors qu’une coalition de 12 États américains, menée par la Californie, avait déjà entamé des poursuites judiciaires le lundi précédent pour tenter d’empêcher la fusion.
Un impact redouté sur l’emploi et la création
La WGA, qui représente les intérêts des auteurs de l’industrie cinématographique et télévisuelle, soutient que cette concentration massive violerait la législation antitrust fédérale. Selon le syndicat, la fusion réduirait drastiquement le nombre d’acheteurs de scénarios à Hollywood. Dans sa plainte, la WGA affirme que « la proposition de fusion entre la Paramount et la Warner Bros. menace la santé économique et créative de l’industrie du divertissement américaine ». Le syndicat craint que l’entité issue de cette fusion ne dispose de l’incitation et de la capacité nécessaires pour comprimer les salaires des scénaristes, dégrader les conditions contractuelles et réduire le volume global de production. En somme, les membres du syndicat anticipent moins d’opportunités de travail et une baisse de la diversité des programmes proposés au public.

La bataille juridique des États contre la fusion
L’action de la WGA s’ajoute à celle déposée par 11 procureurs généraux démocrates, sous la direction du procureur général de Californie, Rob Bonta. Ces États ont saisi un tribunal fédéral à Oakland, invoquant la loi Clayton pour contester une opération qu’ils jugent anticoncurrentielle. La coalition soutient que la nouvelle entité contrôlerait environ 27 % de la distribution cinématographique aux États-Unis et près de 30 % des grandes sorties en salles. Leur argumentaire souligne qu’une telle concentration affaiblirait le pouvoir de négociation des exposants et des opérateurs de télévision, risquant d’entraîner une hausse des prix et une baisse de l’innovation. En réponse, Paramount a tenté d’apaiser les inquiétudes en s’engageant à produire au moins 30 films par an, avec une fenêtre d’exclusivité en salles de 45 jours, une offre qui a jusqu’ici été rejetée par les autorités locales.

Questions sur les liens politiques et la concentration médiatique
Le processus de fusion est également scruté pour ses implications politiques. Bien que le ministère de la Justice des États-Unis ait annoncé en juin qu’il ne s’opposerait pas à la transaction, les États plaignants contestent cette décision. Ils suggèrent que la proximité entre la famille Ellison, propriétaire de Paramount Skydance, et le président Donald Trump pourrait avoir influencé l’analyse fédérale. L’inquiétude porte également sur la concentration des médias. La fusion regrouperait sous une même bannière des actifs majeurs tels que :
- Les studios Paramount Pictures et Warner Bros.
- Les réseaux d’information CNN et CBS News.
- Les plateformes de streaming Paramount+ et HBO Max.
- Des chaînes telles que MTV, Nickelodeon, Discovery et HBO.
Les critiques craignent que le regroupement de CNN et CBS News au sein d’un même conglomérat n’accroisse les risques d’interférences politiques ou éditoriales dans le traitement de l’actualité.
Vers une délocalisation de Paramount ?
Parallèlement aux pressions judiciaires, l’entreprise fait l’objet de sollicitations extérieures. Le Tennessee a officiellement invité la Paramount à transférer son siège social vers son territoire. Dans une lettre datée du 2 juillet, le vice-gouverneur du Tennessee, Stuart McWhorter, a vanté un climat des affaires favorable, alors que la Californie affiche une volonté ferme de bloquer l’accord. Bien qu’un porte-parole de Paramount n’ait pas commenté le transfert potentiel, des conseillers proches de la direction ont indiqué que toutes les options étaient sur la table, ce qui pourrait représenter un coup dur pour l’industrie cinématographique californienne. À l’heure actuelle, les trâmites légaux aux États-Unis sont suivis de près par les autorités réglementaires du Royaume-Uni et de l’Union européenne, qui n’ont pas encore approuvé le rapprochement.

Find more reporting in our Économie section.
À ne pas manquer
