Le gouvernement allemand s’apprête à modifier en profondeur la structure capitalistique de KNDS, le géant franco-allemand de l’armement terrestre. Selon des documents gouvernementaux consultés par Reuters, Berlin a conclu un accord pour acquérir les 50 % du capital actuellement détenus par la famille Bode-Wegmann, holding Wegmann & Co.
Acquisition des 50 % du capital par Berlin
Cette opération, révélée initialement par le quotidien économique Handelsblatt, marque un tournant pour le groupe né en 2015 de la fusion entre le français Nexter et l’allemand KMW. Le groupe, qui fabrique notamment les chars Leopard 2 et le système Caesar, voit ainsi sa configuration évoluer, passant d’un actionnariat partagé entre l’État français, via Giat Industries, et la famille Bode-Wegmann, vers un contrôle étatique renforcé.
La fin du projet d’introduction en Bourse
Le rachat des parts de la famille Bode-Wegmann par l’État allemand s’inscrit dans un contexte où le projet d’introduction en Bourse de KNDS a été reporté sine die. À cette période, Paris et Berlin s’étaient accordés sur un schéma prévoyant que chaque État détienne 40 % du capital, les 20 % restants devant être placés sur les marchés financiers. Le prix de la transaction actuelle sera calculé sur la base de la valeur des fonds propres de KNDS aux conditions actuelles du marché. Le document gouvernemental consulté par Reuters indique que Berlin paiera une somme nettement inférieure à celle qui avait été approuvée en juin pour seulement 40 % des parts
.

Valorisation de KNDS et holding Wegmann & Co
Il est à noter que la valorisation de KNDS a connu des fluctuations importantes, passant d’une estimation de 20 milliards d’euros fin 2025 à 12 milliards en juillet. Avant cet accord, des rumeurs relayées par l’agence Bloomberg en octobre suggéraient que la holding Wegmann & Co avait entamé des discussions avec le fonds d’investissement américain Warburg Pincus, qui souhaitait acquérir une part significative des actions destinées au marché.
Un pivot stratégique pour Berlin
Pour le gouvernement allemand, cette nationalisation répond à des impératifs de souveraineté technologique. L’objectif est d’empêcher l’entrée d’acteurs tiers au capital et d’éviter toute perte de contrôle sur des technologies critiques. Sur le plan politique, cette manœuvre permet à l’Allemagne d’atteindre une parité décisionnelle stricte avec la France au sein du groupe, évitant ainsi d’être mise en minorité lors des décisions stratégiques, précise le ministère des Finances dans une note transmise à la commission du Budget du Bundestag.
Programme de char de combat du futur MGCS
Cette restructuration intervient alors que KNDS est au cœur du programme de char de combat du futur, le MGCS. Parallèlement, l’innovation se poursuit avec, par exemple, le nouvel obusier LORAS, dévoilé lors du salon Eurosatory 2026, qui se distingue par l’absence de labellisation nationale spécifique sur son estampille.
Si le projet d’IPO est suspendu, il n’est pas définitivement abandonné. Berlin maintient en effet l’intention de réduire sa participation à 40 % à terme, une manœuvre qui nécessiterait une action parallèle de la France pour maintenir l’équilibre capitalistique, sous réserve que les conditions de marché redeviennent favorables.

Reportage réalisé par Holger Hansen et Alexander Huebner, avec la contribution de Florence Loeve, version française Elena Smirnova, édité par Benoit Van Overstraeten.
À ne pas manquer