Le footballeur Jamal Musiala a révélé souffrir d’absences. Selon le neurologiste Rainer Surges, ces brèves interruptions du flux de conscience caractérisent une forme d’épilepsie qui touche des centaines de milliers de personnes en Allemagne. L’affection perturbe l’activité cérébrale de manière abrupte, mais réagit très bien aux traitements médicamenteux appropriés.
Pour comprendre ce diagnostic, le journal Welt a interrogé le professeur Rainer Surges, directeur de la clinique d’épileptologie au centre hospitalier universitaire de Bonn (Universitätsklinikum Bonn).
Qu’est-ce qu’une absence dans le cerveau de Jamal Musiala et des patients ?
Les absences constituent un type particulier de crise d’épilepsie. D’après les explications du professeur Rainer Surges dans Welt, ces épisodes se traduisent par une perturbation soudaine du fonctionnement cérébral, caractérisée par un déclenchement simultané et anormalement intense de l’activité des cellules nerveuses dans les deux hémisphères du cerveau.
Le professeur Rainer Surges, directeur de la clinique d’épileptologie au centre hospitalier universitaire de Bonn, explique qu’il est typique des absences que les personnes concernées soient coupées de leur environnement pendant quelques secondes, que leur conscience soit perturbée, qu’elles ne perçoivent pas leur entourage et ne puissent généralement pas y réagir correctement, restant figées dans une position ou dans l’action qu’elles sont en train d’effectuer, parfois en mâchouillant légèrement ou en tripotant un peu avec leurs mains, tout en précisant que la particularité de ces dysfonctionnements réside dans le fait qu’ils s’installent très brusquement et prennent fin spontanément après quelques secondes ou jusqu’à une demi-minute.
Durant ces épisodes, les personnes touchées se retrouvent coupées de leur environnement pendant quelques secondes. Leur conscience est altérée, au point qu’elles figent dans leur posture ou dans l’action en cours, s’accompagnant parfois de légers mouvements des mains ou de mastication. L’épisode se dissipe de lui-même en l’espace de quelques secondes ou d’une demi-minute au maximum. Les patients décrivent généralement cet état comme un bref trou noir ou une simple lacune temporelle, retrouvant un état parfaitement normal en un temps record.
La prévalence et les différents types d’épilepsie absence en Allemagne
Les estimations disponibles pour les pays européens évaluent cette condition entre 0,6 et 1 pour cent de la population, selon le professeur Rainer Surges. En appliquant une base prudente de 0,6 à 0,7 pour cent pour l’Allemagne, environ 600.000 personnes sont concernées. Par ailleurs, près de 15 à 20 pour cent des personnes épileptiques souffrent d’une épilepsie généralisée génétique, catégorie qui englobe les épilepsies absences.
Cette pathologie présente des âges d’apparition très variables. Chez les enfants de quatre à dix ans, on parle d’absence infantile. La forme juvénile se manifeste quant à elle entre le treizième et le vingtième anniversaire. Toutefois, le spécialiste note qu’il observe une à deux fois par an des adultes de cinquante ans ou plus chez qui les symptômes apparaissent pour la première fois.
Pronostic et traitement médicamenteux des crises
Le pronostic dépend en grande partie de l’âge d’apparition. Si la forme infantile peut disparaître d’elle-même avec le temps, la variante juvénile persiste généralement. L’efficacité de la prise en charge médicale reste toutefois le facteur déterminant.
La pharmacothérapie constitue la base de la stratégie thérapeutique. D’après le professeur Rainer Surges, les comprimés permettent d’obtenir des résultats très satisfaisants : environ 80 pour cent des patients parviennent à un état d’absence de crises grâce à ces médicaments.
Le professeur Rainer Surges, directeur de la clinique d’épileptologie au centre hospitalier universitaire de Bonn, indique que l’on imagine généralement que les cellules nerveuses à l’origine de ces crises sont modérément inhibées, tout en soulignant qu’il faut naviguer avec des probabilités sans pouvoir promettre que le patient sera réellement libéré des crises et le restera, car il arrive que le médicament choisi ne convienne finalement pas à la personne ou que la dose quotidienne soit trop faible, ce qui oblige parfois à procéder à quelques essais.
Symptômes et distinction entre les formes de la maladie
La fréquence des manifestations varie considérablement selon l’âge des patients. Chez les enfants non traités, ces interruptions surviennent de façon quotidienne, parfois jusqu’à cinquante fois ou plus par jour. D’une durée très brève de cinq à dix secondes, cette répétition alerte rapidement l’entourage, éliminant l’hypothèse d’une simple rêverie.
Dans le cadre de l’absence juvénile ou tardive, la fréquence journalière se révèle bien plus faible, survenant au maximum une fois par jour, voire moins. En revanche, le profil juvénile comporte un risque accru d’évolution vers d’autres types de crises plus spectaculaires.
Le professeur Rainer Surges souligne que dans neuf cas sur dix, les patients atteints d’une forme juvénile développent ultérieurement des crises généralisées tonico-cloniques, caractérisées par une perte de conscience, une rigidité corporelle et des mouvements saccadés rythmés, accompagnés de bave.
Origines génétiques et recommandations pour la vie quotidienne
Sur le plan biologique, les épilepsies absences trouvent leur source dans des modifications de l’ADN. Les personnes concernées héritent de copies génétiques spécifiques de la part de leurs parents. Lorsque ces particularités génétiques se conjuguent, elles augmentent l’excitabilité des cellules cérébrales et déclenchent le trouble.
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