Iran ouvre la voie à des négociations avec les États-Unis sur le nucléaire, alors que les tensions montent
ISTANBUL – L’Iran a signalé mardi qu’il était prêt à reprendre les négociations avec les États-Unis sur son programme nucléaire, une évolution qui intervient alors que Washington renforce sa présence militaire dans la région et que les inquiétudes concernant une escalade des conflits s’intensifient. Le président iranien Masoud Pezeshkian a ordonné à son ministre des Affaires étrangères d’« engager des négociations équitables et justes » avec les États-Unis, selon un communiqué publié sur les réseaux sociaux.
Les pourparlers, qui devraient avoir lieu vendredi en Turquie, marqueront une rare occasion de dialogue direct entre les deux pays, qui entretiennent des relations tendues depuis des décennies. Les négociations interviennent également alors que l’administration Biden cherche à empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire, une perspective que les États-Unis et leurs alliés considèrent comme une menace existentielle.
« Le Moyen-Orient n’a pas besoin d’une nouvelle confrontation entre les États-Unis et l’Iran », a déclaré Anwar Gargash, conseiller diplomatique du président émirati, lors d’un panel au World Governments Summit à Dubaï. « J’aimerais voir des négociations directes américano-iraniennes menant à des accords que nous n’avons pas ces problèmes tous les deux jours. »
L’annonce de l’Iran intervient après que l’ancien président américain Donald Trump a menacé de « mauvaises choses » si aucun accord n’était conclu avec Téhéran. Pezeshkian a souligné que les négociations ne pourraient avoir lieu que dans une atmosphère exempte de menaces et d’attentes déraisonnables.
Les tensions entre les États-Unis et l’Iran ont augmenté ces dernières années, en particulier après le retrait unilatéral de Trump de l’accord nucléaire iranien en 2018 et la réimposition de sanctions sévères. L’Iran a progressivement réduit ses engagements en vertu de l’accord, augmentant son enrichissement d’uranium et limitant l’accès des inspecteurs internationaux à ses installations nucléaires.
Selon des données de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), les stocks d’uranium enrichi de l’Iran ont dépassé de loin les limites fixées par l’accord de 2015. L’AIEA a exprimé son inquiétude quant au manque de transparence de l’Iran et à son incapacité à répondre aux questions sur les activités nucléaires passées et présentes.
Les États-Unis et leurs alliés ont accusé l’Iran de déstabiliser la région en soutenant des groupes militants et en développant des missiles balistiques. L’Iran nie ces accusations et affirme que son programme nucléaire est à des fins pacifiques.
L’issue des négociations en Turquie est incertaine. Les deux parties ont exprimé leur volonté de parvenir à un accord, mais des obstacles importants subsistent. Les États-Unis insistent pour que l’Iran revienne à ses engagements en vertu de l’accord nucléaire et accepte des contrôles plus stricts. L’Iran exige la levée de toutes les sanctions américaines et des garanties que les États-Unis ne se retireront pas à nouveau de l’accord à l’avenir.
Parallèlement aux pourparlers nucléaires, l’Iran est confronté à des défis internes, notamment des protestations publiques et des difficultés économiques. Récemment, des militants et des cinéastes iraniens ont été arrêtés, ce qui a suscité des inquiétudes quant à la répression croissante du gouvernement.
La situation est suivie de près par la communauté internationale, qui craint que le conflit ne s’intensifie davantage et n’ait des conséquences désastreuses pour la région. La Jordanie a assuré à l’Iran qu’elle ne permettrait pas à son territoire ou à son espace aérien d’être utilisé pour lancer des attaques contre la République islamique, selon des responsables jordaniens.
(France 24 avec AFP, AP et Reuters)
