Home ÉconomieInvestissement passif : la spéculation s’intensifie

Investissement passif : la spéculation s’intensifie

L’investissement passif, un terrain de jeu pour la spéculation ?

Par Antoine Dubois, Chef de la section Économie

Les frontières s’estompent entre l’investissement prudent et la spéculation audacieuse. Un phénomène qui, depuis la pandémie, s’est étendu bien au-delà des marchés financiers traditionnels, touchant désormais le sport, les paris en ligne, et, de manière plus surprenante, l’investissement passif.

L’essor des plateformes de prédiction comme Kalshi et Polymarket, en pleine croissance depuis 2025, illustre cette soif de prise de risque. Mais c’est dans le monde de l’investissement que cette tendance se manifeste le plus clairement. Le niveau d’endettement sur marge atteint des sommets historiques, tandis que les options sur actions à échéance immédiate (0DTE) représentent désormais la moitié des volumes d’échange.

Ce comportement agressif se traduit également par une multiplication des ETF à effet de levier, particulièrement dans le secteur technologique. Selon The Kobeissi Letter, on dénombre actuellement 108 ETF à effet de levier axés sur la technologie, contre seulement 47 dans le secteur financier. Un déséquilibre frappant qui témoigne d’une recherche de gains rapides, souvent au détriment de la prudence.

Un paradoxe bogleien

L’ironie est que cette fièvre spéculative se manifeste au sein même des instruments conçus pour la discipline et la patience : les ETF. John Bogle, le « père de l’investissement indiciel » et fondateur de Vanguard, avait d’ailleurs anticipé ce risque. Il craignait que la liquidité intraday des ETF n’incite les investisseurs à adopter des comportements actifs, contredisant ainsi la philosophie même de l’investissement passif.

Lancé en 1976, le premier fonds indiciel de Vanguard, initialement moqué comme « la folie de Bogle », en est aujourd’hui la preuve du contraire. La société gère désormais plus de 12 000 milliards de dollars d’actifs, témoignant du succès de sa stratégie d’investissement à long terme et à faible coût.

Pourtant, les investisseurs ne se contentent plus d’acheter des ETF indiciels et de les conserver. Ils multiplient les rotations sectorielles et factorielles, passant d’un ETF à l’autre en fonction des tendances du moment. Un comportement qui s’apparente davantage à de la gestion active qu’à de l’investissement passif.

Les ETF thématiques : une nouvelle forme de momentum trading

Cette tendance est exacerbée par l’explosion des ETF thématiques, axés sur des sujets porteurs comme l’intelligence artificielle, les énergies propres ou les métaux précieux. Ces fonds attirent des flux massifs lorsque le sujet est à la mode, mais subissent des retraits tout aussi importants lorsque l’enthousiasme retombe. Un phénomène de « momentum trading » déguisé en investissement passif.

Analyser les rotations pour en tirer profit

Face à cette situation, certains analystes proposent d’utiliser des outils techniques pour identifier et exploiter ces rotations sectorielles et factorielles. L’analyse de la performance relative des différents ETF peut ainsi révéler des schémas prévisibles, permettant de saisir des opportunités de marché.

Mais au-delà de l’analyse technique, il est crucial de comprendre les moteurs de ces rotations. S’agit-il de changements fondamentaux dans l’économie ou simplement de spéculation basée sur des narratifs médiatiques ? Distinguer les deux est essentiel pour éviter de se laisser entraîner dans des bulles spéculatives.

En définitive, l’investissement passif, conçu pour la patience et la discipline, est devenu un terrain de jeu pour la spéculation. Comprendre cette dynamique est le premier pas vers une approche plus éclairée et plus rentable.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.