YouTube a dépassé Netflix en temps moyen de visionnage quotidien par utilisateur à l’échelle mondiale, selon une analyse de l’agence Digital i publiée le 3 juin 2026. Avec 99,1 minutes par compte en 2025 contre 93,4 pour Netflix, la plateforme de Google marque un tournant dans la guerre des écrans, tandis que son ancrage sur les téléviseurs explose (+7 points de part de marché en un an).
Un basculement historique : les chiffres qui font la différence
Les données de Digital i, couvrant 20 marchés internationaux, révèlent une inversion des tendances : là où Netflix dominait avec 100,5 minutes par compte en 2024, YouTube a comblé l’écart (+11,9 minutes en un an), tandis que le géant du streaming perdait 7,1 minutes. Le Royaume-Uni reste une exception où Netflix conserve une avance étroite (88,2 contre 84,8 minutes), mais la dynamique globale est sans appel. « YouTube n’est plus une plateforme de chats et de tutos », avait prévenu en 2025 Ted Sarandos, co-PDG de Netflix, soulignant la transformation de la plateforme en « TV à part entière ». Une déclaration qui résume l’ampleur du phénomène : YouTube ne se contente plus d’être un complément aux écrans traditionnels, il les remplace.
Derrière ces chiffres se cache une révolution des habitudes : la part du visionnage YouTube sur téléviseurs a bondi de 7 points entre janvier 2024 et décembre 2025 (passant de 28% à 35%), tandis que le mobile recule (35% à 31%). Une bascule stratégique pour Alphabet, qui mise sur les grands écrans pour attirer les audiences captives – un public que Netflix a longtemps verrouillé avec ses abonnements premium. La plateforme a même dépassé les 17,3 millions de téléspectateurs simultanés lors de sa première diffusion NFL en 2025, un record pour un live-stream, selon The Guardian. Une performance qui a forcé Netflix à accélérer son propre virage sportif, comme en témoigne son partenariat avec le podcast *The Rest Is Football* pour des éditions quotidiennes pendant la Coupe du Monde.
Netflix, géant malgré lui sur YouTube
Ironie du sort : Netflix est devenu le premier contributeur à la croissance de YouTube. Son canal officiel, qui diffuse des séries comme *Our Planet* (narrée par David Attenborough), a atteint 78,2 millions de comptes uniques en 2025 – un record absolu sur la plateforme. Une stratégie de « défense passive » qui permet à Netflix de toucher des audiences que ses abonnés ne voient pas (ou plus), tout en alimentant l’algorithme YouTube avec du contenu premium. Une tactique payante : selon Digital i, les chaînes de médias traditionnels – comme *Saturday Night Live* (55,8 millions de vues) ou Universal Pictures (54,6 millions) – ont « craqué le code de la portée YouTube », comme l’explique Matt Ross, directeur de l’analyse chez Digital i.
« YouTube’s évolution d’un service vidéo social en plateforme mondiale d’attention est l’un des bouleversements médiatiques de la décennie. »
Pourtant, YouTube reste un géant sans contenu original. Contrairement à Netflix ou à la BBC, la plateforme ne commissionne pas de séries : ses tentatives passées (YouTube Red, YouTube Originals) ont échoué. Sa force réside dans son écosystème : des créateurs indépendants, des marques, et désormais des diffuseurs traditionnels qui y déversent leurs archives. Une stratégie low-cost qui explique pourquoi YouTube peut se permettre de diffuser les Oscars en exclusivité depuis 2025 – un coup marketing qui a relancé son image « premium ».
Qui regarde YouTube en 2026 ? Les surprises démographiques
Les données de Digital i révèlent des tendances inattendues. Si la génération Z reste la plus engagée (111 minutes par jour), c’est parmi les 55-64 ans que la croissance a été la plus forte (+15% en un an). Une catégorie démographique que Netflix a longtemps négligée, préférant cibler les 18-34 ans. Les femmes, toutes tranches d’âge confondues, ont aussi augmenté leur temps d’écoute – un signe que YouTube séduit au-delà de son public historique (jeunes hommes).
| Pays | Temps quotidien moyen (2025) | Croissance vs 2024 |
|---|---|---|
| Corée du Sud | 161,5 minutes | +12% |
| France | 123,7 minutes | +33% |
| États-Unis | 102,4 minutes | +8% |
| Royaume-Uni | 84,8 minutes | +5% |
La France se distingue avec une croissance de 33% – un rythme deux fois supérieur à la moyenne mondiale. Un succès qui s’explique par l’adoption massive des chaînes YouTube sur les box internet (Orange, SFR) et la popularité des influenceurs locaux. En Corée du Sud, où le temps moyen dépasse les 160 minutes, YouTube est devenu une plateforme de divertissement aussi centrale que Netflix ou Disney+.
La guerre des écrans : que gagne (et perd) chaque camp ?
Pour YouTube, ce basculement est une victoire stratégique. En combinant l’attrait viral de ses créateurs avec la légitimité des contenus traditionnels (sport, cinéma, événements live), la plateforme a réussi à attirer des audiences que Netflix ne peut plus se permettre d’ignorer. Son avantage ? Un modèle économique basé sur la publicité, qui ne nécessite pas d’abonnements payants – un atout majeur dans un contexte de ralentissement de la croissance des SVOD.

Netflix, lui, est dans une position plus délicate. La plateforme a tout à perdre si ses utilisateurs migrent définitivement vers YouTube : moins d’abonnés = moins de revenus récurrents. D’où sa contre-offensive sur deux fronts :
- Le sport : avec des partenariats comme celui avec *The Rest Is Football*, Netflix tente de capter l’audience masculine, traditionnellement moins fidèle.
- Le contenu interactif : ses podcasts vidéo et ses lives (comme les débats politiques) visent à recréer un sentiment de communauté, là où YouTube reste une expérience solitaire.
« YouTube n’est plus une plateforme de chats et de tutos. YouTube est la TV. »
— Ted Sarandos, co-PDG de Netflix (déclaration rapportée par The Guardian et <a href="https://www.irishexaminer.com/news/arid-41856399.
Et après ? Trois scénarios pour l’avenir des écrans
Le dépassement de Netflix par YouTube n’est pas une fin en soi, mais un symptôme d’un écosystème médiatique en pleine mutation. Trois scénarios se dessinent pour les 12 prochains mois :
- La consolidation : YouTube pourrait racheter des actifs de production (comme Amazon a acheté MGM) pour combler son retard en contenu original, tout en maintenant son modèle publicitaire.
- La fragmentation : Les utilisateurs basculent vers des plateformes niche (Twitch pour le gaming, TikTok pour les courts formats), forçant Netflix et YouTube à se spécialiser.
- La régulation : Les gouvernements pourraient imposer des quotas de contenu européen ou local sur YouTube, comme le fait déjà l’UE pour les plateformes de streaming.
Une chose est sûre : les stratégies des deux géants vont continuer de s’influencer mutuellement. Netflix pourrait accélérer ses investissements dans le live (sport, événements) pour concurrencer YouTube, tandis que cette dernière devra trouver un équilibre entre son modèle publicitaire et la demande croissante pour du contenu exclusif. Dans un secteur où la croissance des abonnements ralentit, la capacité à monétiser l’attention – et pas seulement les heures de visionnage – deviendra le nouveau graal.
