L’administration américaine vise à limiter les prestations aux anciens combattants grâce à l’intelligence artificielle
WASHINGTON – L’administration américaine a récemment dévoilé un plan controversé visant à utiliser l’intelligence artificielle (IA) pour détecter la fraude dans les demandes de prestations des anciens combattants, suscitant l’inquiétude des défenseurs des droits des anciens combattants et des organisations de services. Ce plan intervient après un premier essai, rapidement abandonné, de modifier la manière dont l’administration évalue les taux d’invalidité en tenant compte des effets des médicaments.
Le Département des Anciens Combattants (VA) souhaite désormais analyser les formulaires de demande de prestations, appelés Disability Benefit’s Questionnaires (DBQ), à l’aide de modèles de langage de grande taille (LLM). L’objectif affiché est de repérer les incohérences ou les anomalies qui pourraient indiquer une fraude. Selon le VA, le taux de fraude est inférieur à un centième de pour cent.
Cependant, les critiques craignent que cette approche ne conduise à une augmentation injustifiée du contrôle des demandes légitimes et à une charge administrative accrue pour les anciens combattants. Un algorithme peut signaler une demande comme suspecte pour des raisons légitimes – un médecin situé à plus de 100 miles, un langage médical standard, des informations manquantes dues à une erreur administrative – mais cela oblige l’ancien combattant à se défendre contre une accusation implicite, nécessitant de nouvelles évaluations, de nouveaux délais et une nouvelle bureaucratie.
« Un algorithme ne comprend pas la situation unique d’un ancien combattant », explique un expert qui a contribué à l’élaboration de la politique d’IA du VA, tout en soulignant que les LLM, contrairement aux humains, ne renoncent pas à la recherche de fraude, même si elle n’existe pas, et peuvent même en inventer, un phénomène connu sous le nom de « hallucinations » de l’IA.
Ce plan s’inscrit dans une tendance plus large à limiter les prestations aux anciens combattants. Des initiatives antérieures, notamment des tentatives de modifier la législation et des déclarations accusant la fraude, ont échoué. L’administration actuelle semble désormais miser sur l’automatisation et l’IA pour atteindre cet objectif.
Cette approche suscite des inquiétudes quant à la manière dont les anciens combattants sont traités par le système. Les prestations ne sont pas une récompense pour l’incapacité de travailler, mais une reconnaissance des dommages causés par le service militaire. Si un ancien combattant prend des médicaments pour gérer ses symptômes ou continue de travailler malgré la douleur ou les traumatismes, cela ne devrait pas entraîner une réduction de ses prestations.
L’utilisation de l’IA pour la détection de la fraude pourrait créer une culture de la peur, incitant les anciens combattants à abandonner leurs demandes plutôt que de se battre contre un système automatisé.
Cette situation rappelle les critiques formulées à l’encontre de l’administration Trump, qui avait licencié des dizaines de milliers d’anciens combattants du service fédéral et tenté de modifier le système de prestations. Les détracteurs affirment que l’objectif ultime est de réduire le nombre d’anciens combattants recevant des prestations et de les orienter vers le secteur privé.
Les anciens combattants ont gagné leurs prestations par leur service, leurs blessures et leurs sacrifices. Si l’administration américaine ne souhaite pas prendre soin d’eux, elle devrait s’abstenir de créer de nouveaux conflits.
