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Guerre Iran-Israël : Blocage et tensions en Cisjordanie occupée

Cisaille sur la Cisjordanie : Guerre en Iran, restrictions israéliennes et vie suspendue pour les Palestiniens

RAMALLAH, Cisjordanie – Alors que le monde suit de près l’escalade des tensions entre Israël et l’Iran, la vie des Palestiniens en Cisjordanie se rétrécit sous le poids de restrictions croissantes et de violences accrues. Des routes bloquées, des checkpoints omniprésents et une montée des attaques de colons israéliens transforment le quotidien en un défi constant, exacerbé par une crise économique déjà précaire.

Samedi dernier, la circulation était au point mort près de Naplouse, alors que le soleil se couchait et que les habitants, en pleine période de Ramadan, se frayaient un chemin péniblement à travers un checkpoint israélien pour rentrer chez eux et rompre le jeûne. L’armée israélienne avait bouclé la ville, coupant tout lien avec le monde extérieur.

“C’est tellement imprévisible,” confie Shadya Saif, une enseignante de 40 ans, mère de trois enfants, rencontrée par The Intercept alors qu’elle retournait à Ramallah depuis Naplouse. La route, habituellement rapide, s’est transformée en un parcours du combattant, avec la fermeture de tous les checkpoints sauf un, obligeant tous les véhicules à passer par Shavei Shomron.

Ces fermetures inopinées ont semé le chaos. Beaucoup se rendaient à Ramallah pour rendre visite à leur famille pendant le Ramadan, espérant arriver à temps pour l’iftar, le repas qui marque la rupture du jeûne. D’autres avaient besoin de se rendre à Naplouse pour des soins médicaux indisponibles ailleurs. Shadya Saif avait pris le risque de voyager pour rendre visite à son oncle mourant, laissant sa fille atteinte de dystrophie musculaire avec lui, consciente des dangers liés au passage des checkpoints.

“J’avais peur de rester bloquée ici,” a-t-elle déclaré, assise dans un taxi “service”, le seul moyen de transport public largement disponible en Cisjordanie. Elle avait évité de visiter Naplouse depuis le 7 octobre 2023, date à laquelle l’armée israélienne avait installé ses désormais omniprésentes portes jaunes bloquant les accès à travers la Cisjordanie.

Les soldats israéliens ont minutieusement inspecté les pièces d’identité de chaque passager. Certains conducteurs, à bout de patience, ont commencé à rouler à contre-sens sur les ronds-points, mais la décision finale revenait aux forces israéliennes, qui autorisaient un seul véhicule à la fois à s’approcher du checkpoint. D’autres ont abandonné leur voiture pour poursuivre leur chemin à pied, tandis qu’une femme âgée priait à voix haute, implorant de pouvoir rejoindre sa famille en toute sécurité à Ein Yabrud.

La situation économique est également désastreuse. Le chômage en Cisjordanie oscille autour de 40%, en hausse par rapport aux 13% enregistrés il y a deux ans, et le PIB a chuté de 13% depuis le 7 octobre. Faisal Taha, chauffeur de taxi à Ramallah, témoigne de la souffrance : “Il n’y a pas d’argent, pas de travail. Nous sommes endettés et j’ai quatre bouches à nourrir. Que dois-je faire ? J’ai conduit mon taxi toute la journée et j’ai quarante shekels.”

L’aggravation de la situation coïncide avec le début des frappes américano-israéliennes contre l’Iran. Les habitants de Ramallah craignaient des fermetures de routes et des pénuries de nourriture et de carburant, similaires à celles observées lors de la guerre de Douze Jours l’année dernière.

Aviv Tatarsky, qui dirige un collectif israélien de présence protectrice, souligne que ces restrictions n’ont aucun lien avec les actions des Palestiniens en Cisjordanie. “C’est une décision israélienne, et la vie s’arrête,” affirme-t-il.

Dror Etkes, fondateur de Kerem Navot, une ONG israélienne qui surveille la construction de colonies en Cisjordanie, n’est pas surpris par ces mesures. “Ils utilisent toujours des actes de violence pour en perpétuer d’autres,” explique-t-il.

Parallèlement aux restrictions de mouvement, les attaques de colons israéliens contre les Palestiniens se sont intensifiées, notamment dans la zone C, sous contrôle civil et militaire israélien. Des messages circulant dans les groupes WhatsApp des colons appellent à la violence contre les Palestiniens en représailles aux frappes israéliennes en Iran.

Selon WAFA, l’agence de presse de l’Autorité palestinienne, les attaques de colons ont augmenté de 25% depuis le début du conflit. Six Palestiniens ont été tués par des colons depuis le début de la guerre avec l’Iran, dont trois dans un seul incident à Khirbet Abu Falah, à l’est de Ramallah.

Alors que l’attention du monde reste fixée sur l’Iran, les militants dénoncent un sentiment d’impunité croissant pour les colons israéliens. “Ils seront traités comme des héros par leurs partisans, par leur société,” déplore Etkes. “Et le gouvernement ne fera rien.”

Orly Noy, rédactrice en chef de Local Call et présidente du conseil d’administration de B’Tselem, observe que la guerre est un facteur d’unité au sein de la société israélienne. “Mais il y a une chose qui unifie toujours, et je parle de la partie juive de la société, bien sûr, et c’est la guerre.” Elle ajoute que le Premier ministre Netanyahu est prêt à tout pour rester au pouvoir et a habilement utilisé la menace iranienne pour justifier ses actions.

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