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Greenland : ressources, guerre et ordre mondial

La course aux ressources, hier et aujourd’hui : comment la quête américaine de matières premières a façonné le monde

Narsarsuaq, Groenland – Avant même que les États-Unis n’entrent officiellement dans la Seconde Guerre mondiale, une course discrète s’engageait pour sécuriser l’approvisionnement en matières premières vitales. L’histoire d’une mine de cryolite au Groenland, et des manœuvres diplomatiques audacieuses de Franklin D. Roosevelt pour la contrôler, révèle un schéma qui se répète aujourd’hui dans la quête mondiale de minéraux critiques.

Au début des années 1940, l’Europe était en proie au chaos. L’invasion de la Norvège et du Danemark par les nazis menaçait de couper les États-Unis de sources essentielles de matériaux stratégiques, notamment le caoutchouc, l’aluminium et, crucialement, la cryolite. Ce dernier, un minéral rare utilisé dans la production d’aluminium, était indispensable à l’effort de guerre. Le Groenland, alors une colonie danoise, abritait une mine de cryolite particulièrement riche, à Ivittuut.

Roosevelt, conscient de l’urgence, a dû naviguer dans un environnement diplomatique complexe. Il devait éviter de provoquer les isolationnistes américains, rassurer les nations latino-américaines méfiantes vis-à-vis de l’impérialisme américain – certaines, comme le Mexique en 1938, ayant déjà nationalisé leurs ressources pétrolières – et surtout, ne pas donner à l’empire japonais, en pleine expansion en Asie, un prétexte pour s’emparer des riches gisements pétroliers des Indes orientales néerlandaises (l’actuelle Indonésie).

La solution de Roosevelt fut à la fois pragmatique et audacieuse. Il envoya discrètement des gardes-côtes américains, présentés comme des « volontaires », pour protéger la mine de cryolite. Parallèlement, il a commencé à repositionner le Groenland dans l’imaginaire collectif américain, le présentant comme faisant partie de l’hémisphère occidental, protégé par la Doctrine Monroe. Cette doctrine, initialement conçue pour dissuader les puissances européennes d’intervenir en Amérique latine, fut réinterprétée comme un appel à la solidarité hémisphérique et au développement.

L’accord final, signé en avril 1941 avec le gouvernement danois en exil, permit aux États-Unis de prendre le contrôle de la sécurité du Groenland et de sa mine. La construction de la base aérienne de Bluie West One à Narsarsuaq suivit rapidement, transformant l’île en un point stratégique vital pour les opérations militaires américaines.

Un précédent pour l’ère moderne ?

L’épisode groenlandais n’était pas isolé. Roosevelt a également conclu des accords avec le Royaume-Uni, notamment le fameux échange de destroyers contre bases, et le programme de prêt-bail, pour garantir l’accès aux ressources et aux bases militaires. Ces actions, selon l’historien Thomas Robertson de Macalester College, ont marqué le début d’une nouvelle ère de « guerre économique » et ont redéfini le système mondial de flux de ressources.

Aujourd’hui, la situation présente des similitudes frappantes. La transition vers une économie verte, la demande croissante de technologies propres et les tensions géopolitiques croissantes ont ravivé la course aux minéraux critiques – lithium, cobalt, nickel, terres rares – essentiels à la fabrication de batteries, d’éoliennes, de panneaux solaires et d’autres technologies clés.

Le Groenland est à nouveau au centre de l’attention. L’île abrite d’importantes réserves de ces minéraux, et plusieurs entreprises américaines et chinoises se disputent l’accès à ces ressources. En 2025, le fils de l’ancien président Donald Trump, Donald Trump Jr., s’est rendu au Groenland, suscitant des inquiétudes quant à une possible reprise des tactiques interventionnistes du passé.

[Insérer ici un tweet ou un post Instagram pertinent sur la course aux minéraux critiques au Groenland, par exemple un article de presse ou un commentaire d’un expert.]

La leçon de l’histoire groenlandaise est claire : la quête de ressources stratégiques peut avoir des conséquences profondes, tant sur le plan économique que géopolitique. Les actions de Roosevelt, bien que motivées par la nécessité de défendre les intérêts américains, ont également eu des répercussions sur les populations locales et l’environnement.

L’avenir de la coopération internationale en matière de ressources critiques dépendra de la capacité des États-Unis et des autres grandes puissances à adopter une approche plus équitable et durable, qui tienne compte des intérêts des pays producteurs et des communautés locales. La « guerre économique » du XXIe siècle ne doit pas se traduire par une nouvelle forme de colonialisme des ressources.

Sources :

  • Robertson, Thomas. “In World War II’s dog-eat-dog struggle for resources, a Greenland mine launched a new world order.” The Conversation, 2024.
  • US Department of State, Foreign Relations of the United States, 1940, Volume II.
  • US Department of State, Foreign Relations of the United States, 1941, Volume II.
  • Harvard University Press.
  • Cambridge University Press.
  • Northwestern University Libraries.
  • Getty Images.
  • The Conversation.

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