Home DivertissementWuthering Heights : l’adaptation d’Emerald Fennell manque la tension sombre du roman

Wuthering Heights : l’adaptation d’Emerald Fennell manque la tension sombre du roman

L’adaptation de « Les Hauts de Hurlevent » d’Emerald Fennell : une passion édulcorée qui manque le point essentiel

Par [Votre Nom], Rédacteur en Chef, Section Divertissement, nouvelles-du-monde.com

L’attente autour de la nouvelle adaptation cinématographique de « Les Hauts de Hurlevent » d’Emily Brontë, signée Emerald Fennell, était palpable. Mais au-delà des promesses d’une esthétique sombre et sensuelle, le film se révèle être une réinterprétation qui, paradoxalement, dilue l’essence même du roman original. Fennell elle-même a clairement positionné son œuvre comme une « fantaisie » inspirée, plutôt qu’une adaptation fidèle, comme elle l’a expliqué dans une récente interview à W Magazine. Pourtant, c’est précisément dans cette volonté de s’éloigner de la noirceur originelle que le film échoue à capturer la complexité et la puissance du récit de Brontë.

« Les Hauts de Hurlevent » n’est pas une simple histoire d’amour passionné. C’est une exploration brutale de l’obsession, de la vengeance et de la cruauté humaine. Heathcliff et Catherine, les protagonistes emblématiques, sont des personnages profondément imparfaits, voire monstrueux, dont les actions sont motivées par un ego démesuré et un désir insatiable de contrôle. Ils sont à la fois fascinants et répugnants, et c’est cette contradiction qui rend le roman si captivant.

Fennell, en revanche, semble avoir voulu adoucir ces angles, transformant Heathcliff et Catherine en des amants magnifiques mais fondamentalement innocents, victimes de circonstances malheureuses. L’ouverture du film, avec une scène initialement interprétée comme un acte sexuel qui se révèle être une agonie mortelle, annonce un ton provocateur. La direction artistique, avec ses intérieurs ornés de cuir texturé et ses images suggestives, promet une exploration audacieuse de la sensualité et de la perversion. Mais cette promesse reste en suspens.

Le roman de Brontë ne pardonne pas l’attachement à ses personnages. Il force le lecteur à confronter la laideur de leurs motivations et les conséquences désastreuses de leurs actions. La tension narrative réside dans cette ambivalence : on est à la fois horrifié par leur comportement et fasciné par leur passion dévorante.

Or, l’adaptation de Fennell efface cette tension. Elle neutre les monstres, les transformant en victimes. Le film semble suggérer que tous les malheurs qui les frappent sont le résultat de forces extérieures, et non de leurs propres choix. C’est une simplification qui dénature l’œuvre originale et la prive de sa profondeur psychologique.

Un aspect particulièrement décevant de l’adaptation est la réinterprétation du personnage de Nelly Dean, la gouvernante et narratrice du roman. Dans le livre, Nelly est une figure ambiguë, dont la fiabilité est remise en question par certains lecteurs. Elle est à la fois témoin et actrice des événements, et son récit est teinté de ses propres préjugés et de ses propres motivations.

Fennell, cependant, transforme Nelly en une antagoniste malveillante, responsable de la plupart des tragédies qui surviennent. Cette décision est d’autant plus problématique qu’elle est accompagnée d’un choix de casting qui semble insister sur la différence ethnique entre Nelly et les autres personnages, ajoutant une dimension potentiellement problématique à la narration.

Cette approche rappelle, de manière troublante, le ton moralisateur de certains films contemporains qui cherchent à justifier les actions de personnages immoraux en les présentant comme des victimes de circonstances. On pense notamment à Saltburn, le précédent film de Fennell, qui a suscité des critiques similaires pour sa tendance à excuser les comportements les plus répréhensibles.

L’œuvre de Brontë, publiée en 1847, a toujours été une source d’inspiration pour les artistes et les cinéastes. Mais ce qui la rend si durable, c’est sa capacité à nous confronter à nos propres ténèbres intérieures. En édulcorant la noirceur de « Les Hauts de Hurlevent », Fennell prive son adaptation de cette puissance et la transforme en une simple romance gothique, dépourvue de la complexité et de la profondeur qui font la grandeur du roman original.

La question de l’héritage littéraire de Brontë est également pertinente. L’auteure est décédée prématurément à l’âge de 30 ans, laissant derrière elle un seul roman achevé. La rumeur persistante selon laquelle elle travaillait sur un second roman, potentiellement détruit par sa sœur Charlotte pour protéger sa réputation, souligne la fragilité de son œuvre et l’importance de préserver son intégrité. (Voir l’article de JSTOR sur le sujet : https://daily.jstor.org/emily-brontes-lost-second-novel/).

En fin de compte, l’adaptation de Fennell est une occasion manquée de revisiter un classique de la littérature anglaise. Elle offre un spectacle visuellement attrayant, mais elle manque cruellement de substance et de profondeur. Elle ne parvient pas à capturer l’essence même de « Les Hauts de Hurlevent » : la passion dévorante, la cruauté implacable et la complexité morale qui font de ce roman une œuvre intemporelle.

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